Embryologie de la vocation : premiers pas comme aide-soignant à l’hôpital

           A l’aube de l’existence

Je me souviens qu’enfant, alors que j’étais à des années-lumière de m’imaginer faire médecine un jour, les hôpitaux m’effrayaient un peu. Il y avait dans ces grandes bâtisses une sorte d’aura, d’ambiance lourde et pesante. Comme si un être tout puissant, invisible, mais menaçant, y régnait. C’était un peu la même chose dans une église. Une force mystérieuse qui m’obligeait à me tenir à carreaux. Quel que soit la religion par ailleurs. Quoi qu’il en soit, cette présence mystique me rendait presque mal à l’aise. De plus, savoir qu’il arrivait que des gens meurent en ces lieux ne les rendaient en rien plus attrayant. Ceci dit, je dois remercier la série Urgences que j’aime pourtant beaucoup aujourd’hui, qui me faisait particulièrement peur à l’époque. Il faut dire que, comme tout gamin un peu trop curieux, apprendre qu’on ne sait pas vraiment ce qui se passe quand on meurt, ça choque.

Ah … la mort. Elle m’évoque quelques vers de Baudelaire, vers que je trouve magnifiques :

« O douleur ! O douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croit et se fortifie ! »

Tout le problème est là. La vie humaine est éphémère. Et le temps passe.

Mais alors … pourquoi médecine ? Ah … on est lancé sur le terrain des questions existentielles ? L’argumentaire nécessiterait plus qu’un simple article de blog pour être exhaustif. Je ne connais peut-être pas moi-même la réponse complète à cette question. Pour une fois, laissons le temps faire murir la réflexion. Cela étant, c’est une question intéressante : Pourquoi fait-on médecine ?

          Juillet

C’est définitif, je viens d’échouer à ma première tentative pour réussir la PACES ou Première Année Commune des Etudes de Santé. 14 places me séparent du dernier pris en médecine. Je fais le point. Ai-je envie de recommencer ? Ne puis-je pas simplement abandonner cet avenir chimérique pour me consacrer à quelque chose de plus certain, plus proche de mes centres d’intérêts : la philosophie, la psychologie, le droit … n’importe quoi ? J’étais presque sur le point d’arrêter. Et puis … je me suis réinscrit. Qui vivra verra …

En attendant, il fallait bien faire quelque chose de ses vacances. Ayant terminé le concours en Mai, ça me laissait un long moment pour me reposer. Puis, naturellement, l’étudiant en quête de moyens finit par se dire : « Tiens, et si je travaillais ? ». Fastfood ? Inenvisageable. J’avais tout de même envie de faire quelque chose qui me plaisait un minimum. Travailler en librairie par exemple ? Oui mais où ? De fil en aiguille, j’ai postulé à l’hôpital du coin. Accessoirement, l’hôpital où, peut-être, un jour, je pourrais suivre mes cours de médecine … si je réussissais.

Après de multiples batailles avec l’administration que je n’exposerais pas du fait de leur complexité et du faible intérêt de ces histoires, je me suis retrouvé avec un poste d’Aide-soignant de nuit en Endocrinologie (enfin, en tant que remplaçant de fortune). Fier, je l’étais, aux yeux des autres. Inquiet, je l’étais, face à moi-même.

Quand on décroche un poste dans le domaine du social, de la santé, de l’aide à la personne, je trouve qu’on ressent soudain le poids de la responsabilité. « Et si je le faisais mal ? », « Et si je blessais quelqu’un ? », « Et si je n’en étais pas capable ? » … C’est donc en essayant vainement de me renseigner un peu sur le rôle et les protocoles de l’aide-soignant que je vis défiler mon mois de Juillet …

          Quand tout ne fait que commencer

Au bout d’une semaine, je savais à peu de chose près ce qu’on attendait de moi. J’étais quelqu’un de volontaire, dans le sens où je ne cessais de dire « Surtout n’hésitez pas à me dire ce que je dois faire : c’est la première fois que je bosse ici ». Je suis tombé sur une équipe particulièrement sympathique. Mon seul regret fut de n’avoir jamais vraiment eut un check-up complet de ce que je devais faire, faute de quoi, une dizaine de jours avant la fin de mon poste, une aide-soignante du matin est venue me trouver pour me reprocher de ne pas préparer quelque chose pour l’équipe du matin, et ce systématiquement, toutes les nuits où je travaillais. Sitôt dit, sitôt fait, après une multitude d’excuses, j’ai fait mes dix derniers jours en prenant sa demande en compte. Mais j’ai culpabilisé pour les vingt jours précédents où je ne l’avais pas fait …

Parlons maintenant de ce qui vous intéresse : les cas. Très souvent des contrôles de diabètes avec éducation thérapeutique : apprendre au malade le fonctionnement de sa maladie, le familiariser avec les procédés de lecture de sa glycémie, l’aider à maintenir cette dernière dans les normes … C’est parfois malheureux de voir des jeunes d’une vingtaine d’année atteint de cette pathologie et semblant parfois même ne pas avoir conscience de sa potentielle gravité. Certes, le diabète ne « s’attrape » pas, néanmoins, on sait tous comment certains types peuvent se déclencher … Plus originaux, la maladie et le syndrome de Cushing (hypersécrétion des surrénales pour faire simple), une acromégalie (grosso modo : hypersécrétion de l’hormone de croissance se caractérisant par une atteinte physique que je vous laisse imaginer), un cas multi-pathologique complexe, un cas de chirurgie autour de l’hypophyse, et d’autres. Je reste volontairement vague sur les pathologies et les symptômes pour l’instant, faute d’avoir des connaissances solides et sûres à vous transmettre … pour l’instant.

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