Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre I – La grande découverte

Jour 1 – Matin (7h-14h)

J’arrive vers 6h45 au GHR, le service des Grossesses à Haut Risque. Je vais vers l’endroit que j’ai visité hier. On m’avait dit de m’y rendre le lendemain à 7h. Alors j’y suis.

J’entre dans le poste de soin. L’équipe de nuit est là, préparant les transmissions. Je les salue, dois me racler la gorge, les salue à nouveau de façon plus audible et commence par m’excuser : n’ayant pas encore de blouse, je les prie de bien vouloir prévenir l’infirmière du matin si elle arrive que je suis arrivé, mais que je file me chercher une blouse à la lingerie. Elles acceptent avec plaisir. Je repars.

Plutôt optimiste, je me précipite vers le hall de l’hôpital. Une médecin m’interpelle, et finit par me montrer où trouver cette fameuse lingerie. Je la remercie chaleureusement et y cours. J’entre alors dans un bâtiment où je trouve un petit couloir vers l’objet de ma quête. Sitôt dit, sitôt fait, je retourne à mon service blouse en main.

Les infirmières du matin sont là, des aides-soignantes aussi. J’offre du chocolat à tout le monde. Puis les transmissions commencent, on m’a tendu une feuille. Je prends note. Difficilement tout d’abord, ayant du mal à me repérer dans les informations. Puis j’arrive à saisir l’essentiel … sur l’identité du patient. J’ai noté quelques diabètes, un mystérieux problème placentaire, des « IMG » dont j’éluciderais plus tard la signification. Rapide présentation avec les membres de l’équipe soignante. L’ambiance a l’air très bonne, les soignantes sont très sympathiques et le stage promet d’être très intéressant. Dans le lot, une élève en IFSI est là. Toute aussi gentille que les autres. Elle échange avec moi le même genre de regard, un brin perdu, un peu désarmé, mais avide d’apprendre et surtout de se rendre utile.

Je commence par suivre l’une des deux infirmières, me contentant d’observer ce que je connaissais déjà du fait d’un job d’été à l’hôpital. J’ai repéré quelques différences entre les deux établissements. Au bout du deuxième patient, suite à une discussion avec l’infirmière de mon initiative, j’essaye de me présenter aux patientes comme étant « Machin, l’étudiant en médecine ». J’aimerais proposer aux patientes de choisir si elles acceptent que je regarde/participe à leurs soins. Mais la timidité m’empêche d’aller plus loin que ma présentation qui me fait déjà me sentir plutôt ridicule. Pour l’instant.

Je suis par contre, avec l’infirmière, un moulin à questions. Tout me passionne : de l’hypertension d’un signe de pré-éclampsie au traitement associé, jusqu’à l’utilisation du tensiomètre en passant par l’organisation du service. Je passe d’une infirmière à l’autre, regrettant toujours de pouvoir passer à côté de ce que fera celle que je quitte pendant que je serai avec la seconde, tout en me disant que l’inverse me mettrait dans la même situation. Bref, j’assiste à la première pose de perfusion de l’élève en IFSI et prends bonne note des indications de l’infirmière. Je vois d’ailleurs la difficulté d’un « premier geste ». La patiente me fait souffrir. Je suis tellement empathique – trop sans doute – à tel point que j’amplifie tout ce que je crois qu’elle ressent. Elle a l’air d’avoir mal, de ne pas être très rassurée, et d’hésiter à faire arrêter l’acte de soin par l’élève pour réclamer l’infirmière. Je frôle le malaise vagal, qui, il me semble, passe inaperçu. J’ai quand même eu besoin de m’assoir « l’air de rien » sur une chaise et de regarder ailleurs. Il fait chaud, tout à tout. Très chaud. L’air semble lourd et pesant, comme si l’oxygène se faisait rare. Je n’ose pas m’approcher de la fenêtre entrouverte par laquelle semble passer un courant d’air salvateur. Un bourdonnement envahit mon esprit. Mon champ de vision semble amputé de sa périphérie. J’ai du mal à rester immobile, le besoin de faire les cent pas se fait sentir. Une douleur me comprime le haut du ventre, comme si un être invisible s’appuyait de toutes ses forces sur moi pour m’étouffer. Je vois le sang qui ne veut pas s’écouler de l’aiguille. Je vois la femme qui se crispe. J’interprète ses regards fuyants, ses cris retenus, ses jambes qui se plient, se déplient et se replient. J’ai envie de claquer des doigts et que la perfusion soit posée. J’ai envie de sortir de la pièce mais je ne veux pas avoir honte. Un souvenir me traverse l’esprit. Un pied dépourvu des derniers doigts, une infirmière qui en change le pansement, me demandant de le tenir. L’odeur épouvantable. La souffrance du patient. Mais je tiens bon : on a besoin de moi. On est bien assis sur cette chaise finalement. On reprend un peu son souffle. La patiente a l’air un peu mieux : la perfusion est presque achevée. Plus que deux ou trois détails à régler. Je sors avec un sourire. A moitié, il s’agit de politesse. Pour l’autre partie, c’est un soulagement. Je crois que la patiente aussi est soulagée. Et cela recommencera quelques heures plus tard lorsqu’il faudra perfuser de nouveau cette patiente, faute d’une veine qui aura « éclaté ». C’est l’infirmière qui s’en chargera. Infirmière qui d’ailleurs me fait un nœud aux tripes quand elle me prévient que la prochaine, c’est moi qui m’y colle. * Gloups *

La matinée qui s’annonçait calme finit en journée où toutes les chambres sont remplies. Je fais toujours des allers retours entre mes deux infirmières préférées (les deux présentes). Jusqu’à ce que Madame Truc-bidule-machin-chouette arrive. Parle pas très bien français, est un peu perdue, doit être admise dans le service, mais doit passer aux admissions avant tout. « Vous voulez bien l’accompagner ? ». Heu … moi ? Le petit DFGSM 2 (on n’a plus le droit de dire P2 techniquement) qui a passé en tout et pour tout 2-3h à arpenter un ou deux couloirs de l’hôpital ? Ok, pas de problème ! Si Madame Truc-bidule-machin-chouette veut bien me suivre… Je l’emmène tant bien que mal à bon port (mon sens de l’orientation n’y étant pour rien, je peux vous le garantir !). Sur le chemin, elle m’explique qu’elle a un RDV chez l’anesthésiste dans 20 min. Je l’assure que nous aurons le temps de nous occuper de cela après, que peut-être même l’anesthésiste passera la voir dans le service. Elle semble d’accord. Nous arrivons aux admissions. L’hôtesse me pose une question à laquelle je ne suis pas capable de répondre. Pensant qu’il y aurait quelques formulaires que la dame devrait remplir, je lui propose de m’attendre ici si elle le souhaite pour que je puisse la raccompagner au service. Elle semble d’accord, encore. Je repars dans les dédales de l’hôpital. J’obtiens la réponse à ma question, retourne aux admissions et là … catastrophe ! Plus de patiente ! Envolée, disparue ! L’hôtesse me dit qu’elle est partie à son RDV. S’ensuit une course folle à travers l’hôpital, moi cherchant la patiente, elle cherchant le service, d’autres patients cherchant un endroit en me confondant  avec un docteur, d’autre patients cherchant le service, moi cherchant le service, elle ayant disparue ! Le service est là ! Je m’y précipite et ne la vois pas dans la salle d’attente. Je m’adresse à la secrétaire, lui demandant si madame n’est pas passée. « Il me faut son prénom sinon je ne la retrouverais pas en cas d’homonymes » Enfer et damnation ! Non je n’ai pas son prénom ! Il n’y a quand même pas 532 Madame Truc-bidule-machin-chouette que diable ?! La secrétaire est inflexible. Je m’auto-flagelle. J’aurais quand même pu le retenir. Je repars dans une recherche désespérée à travers tout l’étage. Puis je remonte « le stétho entre les jambes » si je puis dire, à mon service d’affectation. L’infirmière me voit arriver « Ah ! Le service d’anesthésie a appelé, Mme Truc-bidule-machin-chouette y est allée finalement, ne t’inquiète pas ! ». Grblblblblblblblblbl ! [Traduction : « Ouf mon dieu j’ai cru que je l’avais perdue et je suis à moitié essoufflé et en train de décompresser tout le stress qui est monté au-delà du seuil de résistance à la crise d’angoisse imminente qui va pouvoir rejoindre le monde du non-être … »].

La suite de la matinée continue. Je fais la connaissance (de loin) de l’interne, fort sympathique et ses externes qui m’ont tout l’air d’étudiants en médecine tout bien comme il faut. La sage-femme est là elle aussi. S’ensuit le ballet des prescriptions d’appoint, la visite des patientes par les « médicaux », distribution des repas, prises de constantes des nouvelles patientes, etc… En posant une question à une infirmière, c’est l’interne qui me répond. Et je bois ses paroles comme un petit être insignifiant qui reçoit les paroles d’un dieu suprême. On pourrait presque croire que la PACES ne sert à rien et pourtant … quelques mots/notions me sont familiers dans son discours. Et j’aime ça.

La formation en soins infirmiers continue ! Au programme pour les dernières heures du jour, le remplacement d’une seringue pour une perfusion à l’aide d’un pousseur de seringue électrique. Rien de bien compliqué mais il s’agit de mon premier geste technique de la journée (hors prise de la tension, et transport de divers matériels). Je suis en panique à l’intérieur mais je garde mon calme, du moins en apparence. C’est pourtant rien comme geste, mais je m’applique consciencieusement et suis à la lettre les consignes de l’infirmière. Success ! Quoique, j’ai encore peur de m’être planté et que cela ait des répercussions quand j’y retournerai … * mode scénario catastrophe : on * « Tu as injecté de l’air dans la tubulure de la patiente et celle-ci a fait une embolie gazeuse dramatique … elle est décédée ! » … AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!![…].*  Mode scénario catastrophe : off *.

Conclusion : une excellente première matinée à l’hôpital. J’espère être un peu plus « dans mes chaussettes » la prochaine fois. Mais ce stage est loin d’être terminé et il reste encore tant de choses à voir et à apprendre. Et pour l’instant, c’est un excellent souvenir. Intense, éprouvant mais considérablement motivant.

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3 réflexions au sujet de « Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre I – La grande découverte »

  1. Très bien écrit, très prenant aussi. J’ai lu le texte de bout en bout, et c’est amusant de voir la plupart de mes peurs retranscrites aussi (de la part d’une petite P2 commençant son stage demain matin !)

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