Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre XII – Perles et cannelés

Jour 12 – Matin (7h-14h)

Ils arrivèrent enfermée dans une boite en plastique d’un célèbre fournisseur de jambon bien connu des supermarchés. Sorte d’emballage « fraicheur » de fortune, ces petits mets titillant les papilles des plus grands aux plus petits gourmands restèrent sagement dans un sac, à côté de quelques stylos, d’une blouse, d’un badge et d’autres broutilles. Ils eurent tout le temps de se remémorer leur lente cuisson dans le four, issus d’ingrédients mélangés avec un haut degré de perfectionnisme, une agréable odeur envahissant peu à peu la cuisine. Et la courte nuit où ils acquirent leur secrète et renversante saveur.

L’infirmière avait dit, deux semaines auparavant, qu’elle adorait les cannelés. Quand elle les découvrit, tendus par un petit étudiant en médecine, elle ne put retenir un cri de surprise. « Un remerciement dédicacé » en quelque sorte. Les petits gâteaux passèrent de mains en mains, et, par politesse peut-être, aucun ni aucune n’en critiqua ni le goût, ni la texture, ni l’apparence.

Les petits cannelés résistèrent tant bien que mal pendant le staff. Autour d’eux, médecins, sages-femmes, infirmières et étudiants parlaient de grossesses, de diabète, d’IMG, de problèmes gestationnels voir même d’hyperthyroïdie dans le cadre de la maladie de Basedow. Au fur et à mesure que les mots savants jaillissaient de part et d’autre, entrecoupés du son retentissant des sonnettes plutôt régulières ce matin-là, leur nombre diminuait considérablement.

Ils n’étaient plus qu’une poignée lorsque tout l’attroupement se dissipa pour rendre visite aux malades. Le temps passa, et, quand une âme traversait le poste de soin, il arrivait qu’on décompte un disparu supplémentaire chez les petits cannelés qui craignaient, de plus en plus, pour la survie et la perduration de leur espèce. A côté d’eux, une boite de confiserie peinait à assurer son rôle de diversion.

Quand l’horloge sonna deux coups, les petits cannelés surprirent une conversation entre une infirmière et un élève en médecine. Celle-ci, qui adorait par ailleurs les petits gâteaux, confiait à l’étudiant qu’elle avait adoré travailler avec lui. Ce dernier répondait que c’était ô combien réciproque, et qu’elle avait été une formatrice hors-pair.
« – Ce qu’il y a d’extraordinaire chez toi, qu’on ne retrouve pas forcément chez tous les étudiants en médecine, c’est cette attention particulière que tu portes aux patients. Tu les écoutes. Franchement, si je peux te donner un conseil, gardes-le. Avec ça, tu feras un bon médecin j’en suis convaincue – Hum, qu’est-ce qu’ils sont bons tes cannelés ! – Excuse-moi. Donc on ne se revoit plus ? Il te reste une matinée quand même ? Alors, j’espère quand même te revoir dans ce service quand tu seras externe, ou même interne !
– Ou quand tu seras chef de clinique si tu veux, rajouta l’aide-soignante.
– Je n’y manquerais pas, quand je serais externe sans doute ! Riais-je. Merci encore, merci pour tout, et à bientôt donc !
– Bonne continuation, à bientôt ! »

 Si bien que, pour ne pas laisser de traces, le dernier cannelé s’évanouissait tandis que je faisais la promesse de garder ce qu’on m’avait conseillé de conserver. A tout jamais.

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