« Je n’en peux plus … »

Comme une rivière.

D’après l’infirmière, c’était la troisième fois de la journée. Plutôt de la nuit, puisque c’était lorsque l’astre d’or se perdait de l’autre côté de la Terre que j’étais là. Petit aide-soignant même pas formé, qui écoutait ce qu’on lui disait et faisait ce qu’on lui demandait. Qui courrait quand les patients sonnaient. Qui tremblait, dissimulé dans un coin d’ombre de la pièce, quand un autre souffrait. En murmurant « Le médecin arrive, tenez-bon … ».

La porte s’ouvrit sans mal. La pièce était vide, les couvertures du lit en désordre. Les ténèbres de la nuit derrière la vitre. Pas une étoile. Une immense bâtisse, une vue directe sur une aile de l’hôpital. Mais l’heure n’était pas au silence béat devant un tableau aussi contestable. De l’autre côté d’une autre porte, une voie, demi-brisée, tressautait. Inintelligible.

« Madame, ça ne va pas ? Que se passe-t-il ? »

Pas de réponse. Un sanglot, ou un pleur, à moitié étouffé. Un soupir, long, épuisé, presque honteux. J’attendais. Je comprenais. J’essayais de rassembler les éléments. Patiente caucasienne, d’âge moyen, venait pour suspicion de récidive d’une maladie endocrinienne après une opération. Soumise à un test, consistant, dans les grandes lignes, à affaiblir son organisme pour déterminer à partir de sa réponse hormonale s’il était nécessaire d’opérer à nouveau, la pauvre dame voyait s’éteindre le troisième jour d’un régime inflexible. Deux fois déjà, elle s’était à moitié effondrée, allant au-delà du bord des larmes, tant le stress de passer à nouveau au bloc semblait la démolir.

« Je suis tombée … »

Battement de cœur. Je tentai de savoir si elle s’était blessée dans sa chute. Je n’avais qu’un silence déguisé par quelques hoquets étouffés en guise de réponse. Le loquet étant évidemment clos et accessible que de l’intérieur, je promettai de revenir et me dirigeai vers la cuisine d’appoint. Au passage, j’informai rapidement l’infirmière de la situation qui, le visage soudain tendu, s’en allait essayer de communiquer avec la patiente.

Un couteau à bout rond en main, j’improvisai un tour-de-main d’agent secret. Au bout de quelques minutes de bataille intense, le verrou se plia devant ma lame de fortune et la porte daigna s’ouvrir. Nous découvrîmes la patiente qui pleurait, entre les toilettes et le lavabo, assise à même le sol. Les couleurs fleuries de sa robe de chambre tranchaient avec la pâleur de son visage sous les néons blanchâtres qui se réfléchissaient au creux des gouttes cristallines roulant sur ses joues, les unes après les autres. Comme une rivière.

État des lieux. On l’aida à se relever. On lui fit regagner son lit. Elle s’installa, en parlant à moitié, s’inquiétant de son état, de ses constantes « pas très bonnes », de l’angoisse des glycémies, de son bilan entrées/sorties « pas extraordinaire », et de l’opération qui s’était peut-être mal passée. Elle déborda de questions autant que de larmes mais sans hurler, juste le désespoir qui stagne, perdure, s’installe et annihile jusqu’à la volonté de s’énerver, de s’emporter, d’hurler de peur ou de douleur.

C’est à cet instant qu’une fois de plus je réalisais que je n’avais rien à dire. Rien qui puisse la rassurer. Non pas que son état était alarmant. Mais je ne savais rien. Et je savais que je ne savais rien. Avé Socrate. Et la rage naquit. Un jour, me dis-je, un jour viendra où je pourrai calmer, avec quelques mots, quelques paroles et un rien de savoirs. Un jour viendra où je me sentirai utile pour les souffrants, les inquiets, les perdus et des malades jusqu’à leurs proches. L’infirmière fit ce qu’elle pu, mais je sentais dans les questions pointues de la patiente qu’il aurait fallu un peu plus pour définitivement dissiper ses craintes. Mon rôle à ce moment donné fut d’aller chercher une carafe d’eau.

Quand je revins, la patiente était seule. Tandis qu’elle buvait, je m’installai sur une chaise, un tout petit peu moins haute que le lit. Alors elle me regarda et me parla. De son opération passée. De sa crainte de devoir recommencer. De ses fameuses constantes. De sa maladie. Je ne pouvais qu’écouter et, étrangement, j’éprouvais de moins en moins de colère face à mon ignorance. Et, étrangement encore, je la voyait se détendre. Et, étrangement enfin, nous finîmes par échanger une plaisanterie ou deux.

Puis je pris congé, lui souhaitant la meilleure fin de nuit possible. A l’instant où j’allais franchir, pour la dernière fois avant le crépuscule prochain le seuil de sa porte, elle me dit :

« Vous savez, j’ai vraiment peur et … je n’en peux plus … ».

Elle eut un petit sourire fade, et une dernière larme vint mourir dans ses draps. Puis elle s’allongea et je quittai la pièce. Le lendemain soir, elle m’apprit que ses craintes s’étaient envolées et qu’elle quittait l’hôpital dès le lendemain. Sa joie débordant dans ses paroles. Comme une rivière.

Comment réussir la PACES (Première Année Commune aux Etudes de Santé, dite aussi PAES) ?

Dernier cours de physique-chimie, Terminale Scientifique, quelques semaines avant le BAC.

L’enseignant approchait tandis que les élèves rangeaient leurs affaires en vitesse. C’était la dernière fois qu’ils mettaient les pieds dans cette salle où, notamment, ils avaient passé de longues matinées, le Vendredi, à essayer de finir leur nuit sans trop se faire remarquer, entre 8h et 10h. Je n’étais pas des plus lents à fourrer pêle-mêle cahiers et stylos au fond de mon sac pour quitter les lieux. C’était cependant sans compter l’arrivée du professeur qui s’installa à ma gauche.
« J’ai appris, au conseil de classe du troisième trimestre, que tu voulais faire médecine ? »
Comment dire … ? Oui, ça posait problème ?
« En effet … »
Il cilla, et un petit sourire un brin moqueur vint tordre ses lèvres.
« Tu sais qu’il y a des maths en médecine ? »
Ah ah … Comment ça, moi, le pauvre étudiant soi-disant destiné à faire de la littérature et qui détestait les mathématiques au plus haut point (celles-ci d’ailleurs le lui rendait très bien en l’envoyant
illico presto chez l’infirmière pour cause de spasmophilie) faire médecine ? Non mais dans quel monde vivions-nous ? Depuis l’an dernier, on me répétait que si je le voulais, je pouvais toujours retourner en première, mais en première littéraire cette fois. Que ce n’était pas grave, qu’il valait mieux avoir un très bon bac L qu’un mauvais bac S. Et que pour faire comédien, psychologue, professeur de lettres ou écrivain, c’était quand même plus approprié. Oui mais … pour devenir médecin ?
« Il y en a, il faudra que je fasse avec … »
Le professeur eut un petit rire.
« Moi, je veux te parler franchement. Le conseil de classe dit que tu es un élève sérieux pour lequel on n’a pas trop de crainte concernant l’avenir. Tu auras peut-être ton bac sans trop de problèmes. Mais honnêtement, je ne pense pas que la médecine ça soit pour toi. C’est scientifique. Non, je pense que c’est pas très intelligent de te lancer là-dedans … Tu n’y arrivera pas ».

– – –

Comment détruire un projet, un rêve, une motivation voir une vocation en deux minutes. Je pense à celui ou celle qui, étant peut-être un(e) allergique aux mathématiques, à la physique ou à toute autre forme de calculs abstraits mais qui rêve de faire un métier comme celui de médecin, aurait pris pour saintes paroles le discours d’un enseignant avec si peu de tact. J’enrage quand je constate cette suprématie de la science, du « bac S qui ouvre toutes les portes », sur la littérature. Pythagore avant d’être mathématicien était philosophe. Descartes s’est essayé avec un certain succès à quelques écrits de même nature. Je cite Leibniz comme je pourrais en citer pendant des heures ou on s’arrête là ? Et puis, sans art, sans littérature pour servir de bases à de très bons films, d’excellentes séries ou même de jeux-vidéos, avouez quand même que la vie serait un peu morne …
« Cher professeur, pour votre gouverne : je ne saurais vous suggérer de bien vouloir garder vos commentaires sur le choix d’orientation d’un étudiant pour vous à l’avenir. Car loin de moi l’idée de remettre en questions vos talents divinatoires, prédictifs, quand bien même ils seraient basés sur quelques calculs mais … j’ai eu mon bac S avec mention « Bien ». Oui j’ai eu 7 en maths, et oui j’ai eu 19 en histoire. Et pire encore, j’ai eu médecine. Bien à vous, CQFD ».


PACES ou PAES pour Première Année Commune aux Études de Santé.

Une année redoutable, épuisante et difficile à tout point de vue. Néanmoins, j’aimerais profiter de cet article pour en dire deux ou trois mots. Casser des mythes. Briser des idées reçues qui continuent de faire rage parmi les lycéens. Cet article donne mon avis, très personnel, sur ces études. Il ne s’agit là que d’une des quasis sept milliard de vérités potentielles. Mais par pitié, considérez-là dans vos argumentaires, même pour la réfuter, si vous penser à la médecine comme une éventualité pour votre devenir …

  1. La médecine est réservée à une élite intellectuelle.
    Je ferais une sacré tâche dans leur rang. Non, non et non, il n’est pas nécessaire de dépasser Einstein en QI pour avoir une chance de réussir médecine et faire un bon médecin. Ce qu’il faut en priorité c’est une bonne dose d’humanisme, suffisamment pour pouvoir se dire « J’ai envie d’aider les hommes, de les guérir le plus possible, de les soulager au moins le plus souvent, et de les écouter toujours … Même si pour cela, je dois engranger une quantité de cours parfois tous plus inutiles les uns que les autres et dénués de la moindre humanité pendant toute une année, voire plus. ». Car la motivation sera votre plus grande arme, mais également l’alliée la plus difficile à convaincre de rester avec vous. Ne la perdez jamais.
  2. Seuls les bacs S mention « Très bien » peuvent espérer avoir médecine.
    Ce n’est pas pour le plaisir de me citer mais je suis un parfait contre-exemple. Je pourrais même vous parler d’un camarade qui, fort de sa mention très bien, est actuellement occupé à essayer une troisième fois de réussir le concours de la première année. Le bac n’a strictement rien à voir avec votre compétence dans l’enseignement supérieur. L’organisation, la motivation et, il faut l’avouer, la chance, sont les seules choses qui vous permettront ou non de réussir. Oubliez le lycée, retrouvez-vous. Sachez comment vous fonctionnez. Si vous êtes plutôt bon pour retenir ce que vous voyez, ce que vous entendez, ce que vous sentez. Si les maths vous filent des boutons, qu’à cela ne tienne ! Vous démultiplierez vos efforts pour faire la différence sur les sciences humaines, la biologie, la chimie et l’anatomie ! Il est vrai que dans les statistiques, beaucoup de gens ayant eu leur bac avec mention sont retenus. Après, sont-ils entrés en médecine parce qu’ils n’avaient pas peur, du coup, d’y aller ? Les bacs aux mentions inférieures ne sont-ils pas sous-représentés dans le lot d’étudiants qui préparent le concours ? Parlons chiffres, puisque dans ce bas monde, on ne demande que ça. Et bien sur l’ensemble des bacheliers généraux, près de la moitié est en filière scientifique. Parmi ces derniers, en 2011, 57,5% d’entre eux ont reçu une mention et notamment 10,5% le fameux « Très bien » (ici). Voilà qui fait un sacré nombre de mentions aptes à se retrouver dans l’amphi … D’un point de vue plus psychologique, du fait de ce genre de rumeurs, l’étudiant avec un bac mention passable aurait peut-être moins confiance en sa capacité à réussir. Et serait peut-être même moins tenté de s’inscrire.
  3. On ne peut réussir médecine qu’en redoublant au moins une fois.
    Tout dépend, encore une fois, de la triade organisation, motivation et chance. Mais quoi qu’il en soit, il ne faut surtout pas entrer en PACES et se dire que « de toute façon, je ne l’aurais jamais dès la première année ». Il faut profiter de la première tentative pour essayer de s’affranchir de la nécessité de recommencer. Et au pire, il sera toujours bon de profiter de cette première année pour (ré) apprendre à se connaître, acquérir une méthode de travail efficace et s’adapter à l’enseignement supérieur.
  4. Pour réussir médecine, il faut être bon en maths.
    Si vous avez bien lu le début de l’article, vous aurez compris pourquoi cette idée figure dans les mythes à démolir. Je pourrais pousser la blague (et la prétention) et vous dire qu’il faut être bon tout court. Je préfère vous avouer qu’une fois de plus, organisation, motivation et chance seront vos maîtres mots (je pars du principe que le travail est le produit de l’opération « Organisation x Motivation » et que la réussite répond à la loi « Réussite = (Organisation² x Motivation4) x Chance »). J’ajoute qu’il est quand même plus intéressant (si si !) de travailler de la physique quand on voit l’utilité qu’elle peut avoir dans notre pratique de futur médecin (même si parfois, certains chapitres sont effectivement là pour que les professeurs puissent se faire mousser un peu avec leurs magnifiques équations – C’est vrai, esthétiquement, c’est pas toujours moche, une équation !). Si je puis me permettre de vous renvoyer aux livres d’un certain Martin Winckler
  5. La pire de toute : Pour réussir médecine, il est indispensable de prendre une prépa. Alors là, j’enrage. NON NON ET NON ! C’EST FAUX, ARCHI-FAUX, STUPIDEMENT FAUX ! Le principal intérêt de ce système dont sont victimes pas loin de 75% des étudiants inscrits en première année de médecine est de vous voler votre argent. Ils vous vendent du rêve. Leur argument fort est de dire que plus de 75% des étudiants reçus avaient bénéficié de leurs services. Statistiques un peu faciles quand on part du principe que 75% de la promotion y était inscrite. Que donc, par la loi des échantillonnages, on retrouve une proportion semblable dans les reçus ! Mais ça, ils oublient un tout petit peu de vous le dire. Ensuite, il faut savoir que ces entreprises ont quand même un avantage : elles vous font connaître un peu vos camarades. Néanmoins, vous savez déjà que vous n’êtes pas en médecine pour vous faire des amis cette année, par conséquent, ce n’est pas indispensable, surtout si vous avez un ami ou deux qui tentent également le concours cette année. Travaillez en groupe, à deux ou trois, pas plus sinon ça se transforme en discussions infinies et la productivité est faible. Ça, c’est vraiment important, pour le moral entre autre. Certes, les boites privées vous encadrent, vous offre une reprise des cours avec des explications ce qui n’est pas trop mal pour les gens un peu dissipés (qui manquent donc d’organisation) ou qui ont besoin d’aide pour la transition lycée – fac. Cependant, la fac, au travers des séances de travaux dirigés qu’elle vous propose, vous permet aussi des rappels de cours par un autre enseignant, un certain encadrement (les travaux dirigés sont obligatoires en théorie) ainsi que la possibilité de poser vos questions. Il existe par ailleurs une alternative merveilleuse qu’on appelle souvent le TUTORAT. Comment décrire en quelques mots cette perle dans les études de santé ? Pour une somme modique (inférieure à 20€ l’année versus 3000€ pour les prépas privées) vous souscrivez à une association d’anciens élèves de PACES (souvent en deuxième ou troisième année) qui ont réussi leur concours et vous propose des séances de concours blancs, un soutien moral tout au long de l’année, parfois même une pré-rentrée pour vous remettre doucement dans le bain du travail, et surtout, il faut savoir que cette organisation travaille en étroite collaboration avec les enseignants de votre faculté. Oui, ceux qui vous donnent des cours et, plus important encore, ceux qui poseront les questions le jour du concours. Personnellement, quand on m’a donné le choix entre 3000€ et 20€, je ne suis pas du genre près de mes sous, mais je n’ai pas hésité très longtemps. Après, gardez à l’esprit que cela reste votre choix et que vous lisez la critique d’un étudiant complètement « anti-prépa-pour-la-PACES » qui les considère comme des « sales boites pompeuses d’argent qui creusent les inégalités d’accès à la profession médicale en abusant honteusement des inégalités pré-existantes entre les classes sociales et des revenus financiers des familles des étudiants qui tentent leur chance en PACES ». Entres autres.

Voilà. Je vous invite, futurs étudiants en PACES, actuels étudiants en PACES, parents ou proches d’étudiants en PACES, ou toute autre personne, à venir me faire part de vos éventuelles questions/remarques/suggestions concernant cette fameuse PACES en me laissant un petit commentaire sur ce post. N’ayez crainte d’exprimer votre désaccord, je sais que j’ai des avis très tranchés sur la question, mais ma réflexion ne demande qu’à évoluer. Enfin, voyez là les 5 grandes idées auxquelles je tenais à briser le cou sans plus attendre. Il y en a d’autre, faites m’en part, et j’actualiserai sans doute ce message. Je ne donne ici que mon avis, encore une fois. Je n’exposerais pas ma méthode de travail, car cela ne sert strictement à rien, chacun vivant à sa façon la PACES. Les grandes lignes ont été clairement dites : Organisation, Motivation et Chance. La vie, le hasard et le destin feront le reste.

N’oubliez pas : « Qui vivra verra ! ».