Premier interrogatoire : la promesse de la persévérance …

chance-trèfleJour après jour, les mythes s’effondrent. Des idées reçues explosent. L’avenir se teinte de couleurs plus joyeuses. Parfois.

On entend souvent, quand un pauvre lycéen se renseigne tant bien que mal sur les études de médecine, de bien nombreuses facéties. Ah vraiment, la médecine est réservée à l’élite intellectuelle ? Qu’est-ce que j’y fais alors ? Ah, la médecine, c’est une science ? J’espère que non, ou bien, je serai un très mauvais médecin. Les stages en médecine, personne ne s’occupe de toi, tu te fais engueuler à tout bout de champ et ta mission essentielle à la santé publique consiste à trier des dossiers pour les archives ? Non : parfois, il y a des services bien mieux que ça. Pas toujours. Mais ça arrive plus qu’on ne le croit …

Jusqu’à ce jour, je croyais un certain nombre de choses. Je pensais qu’en arrivant ce matin dans le service, esquivant le bloc opératoire de justesse car préférant l’autre versant de la médecine, j’ai essayé de me demander qui des internes ou des externes allait m’apprendre quelque chose. Parce qu’il est bien connu que les chefs de cliniques ont un peu autre chose à faire que de passer du temps avec les deuxième année pour leur petit stage de sémio « que-tout-le-monde-s’en-fou ». A peine embellis par la mythique blouse blanche (peut-être un peu trop grande mais c’est l’hôpital publique quand même), qu’une jeune femme dynamique se présenta à mon collègue et moi comme étant la chef de clinique, Superchef. Sourire, politesse, considération, tout y était. Où était le piège ?

Brève présentation du service. Distribution de documents à lire et étudier pour la prochaine fois. Séance d’une demi-heure dans son bureau pour entamer, enfin, les premiers pas dans l’art d’être médecin. Sans se dévêtir de son sourire. L’observation. Point de méprise, l’observation médicale, souvent dévolue aux externes et autres P2 que je suis (notez qu’on dit désormais DFGSM 2 mais que c’est un peu long, et que le terme D2 désigne l’étudiant en médecine en 4ème année), consiste à consigner l’ensemble des informations relatives au patient, à sa maladie, mais pas seulement : y figurent également, pour ne pas tout citer, ses antécédents, ses allergies, l’histoire de sa maladie, l’examen physique pratiqué, l’interrogatoire, les examens complémentaires, les traitements en cours, le diagnostic, etc. Tout ceci hiérarchisé selon un ordre globalement précis (bel oxymore ? Disons que cela varie en fonction des services/spécialités/enseignants mais qu’en général, un certain ordre est respecté).

Après ce formidable petit topo, j’entamai non sans crainte, ma première véritable expérience d’apprenti docteur : j’allais, avec mon collègue, interroger un patient. J’appréhendais plusieurs choses. En premier lieu, je me demandais comme le patient pouvait prendre le fait qu’on passe de nouveau sa vie au crible, insistant parfois sur des détails qu’on garde généralement pour soi dans la vie de tous les jours  car notamment passablement douloureux (« De quoi sont morts vos proches ? », « Avez-vous un ou plusieurs partenaires avec lequel ou lesquels vous entretenez des relations sexuelles ? », « S’agit-il d’hommes, de femmes, les deux ? », « Consommez-vous de la drogue ? A quelle dose ? Comment ? », « Avez-vous déjà fait une ou plusieurs fausses couches ? » pour n’énumérer que quelques exemples). Sachant que cette enquête presque policière avait déjà été effectuée, la faire refaire au principe de l’exercice et de l’apprentissage de deux jeunes étudiants me culpabilisais un peu. Ensuite, j’allais être confronté à un domaine particulièrement exaltant pour moi qui, peu intéressé par la chirurgie, me plaisais à comprendre l’Autre. Cependant, étais-je vraiment apte à questionner de la sorte ? Comment trouver le bon ton pour aborder des questions sensibles, sans heurter, sans perquisitionner l’intimité de l’être humain en face de soi, cet être qui souffre et qui attend du médecin qu’il le soulage, et non qu’il remue le couteau dans la plaie. Enfin, l’idée de déranger le patient, pour une raison ou pour une autre, n’était pas pour me plaire.

L’homme auquel nous eurent à faire était un patient agréable à souhait. Volontaire, il se prêta à l’exercice avec une surprenante bonne volonté. Si bien que, mon collègue et moi-même ayant recueilli de quoi satisfaire les besoins de notre observation, nous restâmes quelques minutes à plaisanter, s’intéresser à la vie de ce monsieur. En sortant, nous nous sommes retrouvés face à une cohorte de blouses blanches et nous avons pris la tangente pour leur laisser place nette.

Superchef fit son retour et passa une nouvelle demi-heure à nous entendre faire notre première observation orale. Elle corrigea bien de nos maladresses, souligna les lacunes, félicita nos remarques et nous encouragea à progresser. Elle nous demanda de lire les documents et de les apprendre pour la semaine prochaine puis nous souhaita une bonne journée.

En ce qui me concerne, je crois que je vais les apprendre, ces documents. L’histoire connu le Jeudi Noir. J’ai trouvé mon Jeudi Blanc.

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