Demain, à l’hôpital …

Quand j’y pense … en fait, je n’ai pas envie d’y penser. Pourtant …
Mettre la blouse ; un petit plaisir.
Arpenter les couloirs de l’hôpital ; tantôt ce petit sourire discret au bord des lèvres, tantôt cet air perdu si visible que les infirmières n’ont pas besoin d’user de leur sixième sens pour savoir que c’est le « nouveau stagiaire ».
Passer devant les portes où derrière se cachent ces êtres souffrants ; ô mortelle angoisse, crainte de paraître maladroit, absolue sensation d’imperfection.

Le mot est lâché. Imperfection. Comment être parfait quand on ignore tout ? La médecine, certains la voie comme un puzzle interminable (ici), d’autres comme un art qui consiste à attendre que la nature fasse ou que le chirurgien (tré)passe (). Et moi ? Je suis peut-être encore trop ignorant pour oser la définir. La première image qui me vient en tête aujourd’hui, c’est cette fameuse poignée de main. Une main qui se pose sur une autre. Un échange de regard. Un silence. Et peut-être, parfois, des larmes, un soupir ou un sourire. Le sourire de celui qui sait. Qui sait que les moments à venir seront durs. Qu’il va peut-être falloir passer sur le billard. Qu’il va peut-être falloir flirter avec la mort. Qu’il va peut-être falloir être patient et laisser le temps agir, avec ou sans médicaments, avec ou sans certitudes, avec ou sans espoirs … mais pas tout seul. Au moins, avec ces blouses là, celles qui prennent le temps de s’assoir, d’entendre et d’écouter. Celles qui prennent le temps de répondre. Celles qui savent soigner.

Mais peut-être est-ce complètement idyllique ? Peut-être que cette pratique de la médecine n’existe pas ? Peut-être que je ne pourrai jamais être comme ça ? Qui suis-je, à l’aube de cette carrière que j’embrasse à peine, pour pouvoir la définir ?

J’ai simplement peur de ne pas être compétent. Il n’est guère trop question de ces milliards de notions qu’il me faut et me faudra bien apprendre. De l’histoire du cœur dès le début de la vie à la physiologie du souffle en passant par l’électrochimie des synapses, les rouages des articulations, l’organigramme des vaisseaux au travers des tissus, les dédales des tripes et les recoins les plus secrets des ganglions les plus cryptiques. Qu’il faille se bouffer des tonnes et des tonnes d’items pour l’ECN, des signes aux noms à rallonge de leurs découvreurs ornés de ces descriptions poétiques de regards en couchers de soleil jusqu’aux fréquences précises de l’épidémiologie des maladies rares et exotiques en fonctions des pays … qu’importe. Nul artisan digne de ce nom n’est artiste sans matière ou matériel et surtout sans savoir-faire. Oui, qu’importe les ouvrages à potasser. Qu’en est-il maintenant de tout ce qu’on ne nous apprend pas ? De la façon d’entrer dans la chambre. De la façon dont la, le, les regarder sans la, le, les violer d’un simple coup d’œil ? De la manière d’agir en leur présence, sur leur corps et parfois jusqu’au plus profond de leur âme ? De l’art de faire de cette connaissance qui nous rend si puissants, un usage juste, bienveillant et bienfaisant ? Nul soignant digne de ce nom n’est guérisseur sans savoirs, ni savoir-faire.

Et je crains à ce jour de n’avoir encore ni les uns, ni les autres.

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