Voyage vers la fac …

A vos marques. Prêt ? Feu, go, partez !

J’appuie sur la pédale. Les cliquetis de la chaine, bien qu’un peu assourdis par la poussière estivale, traversent de nouveau les rues. Mon sac est encore léger, peu encombré des paperasses gribouillées de schémas d’anatomie tracés à la va-vite, des cycles métaboliques de l’urée à la glycolyse, d’obscures formules de biophysique, encore, au sens bien mystérieux. L’année commence, la course aussi, et je dévale les pentes ou m’essouffle à les remonter.

Je repense à ces premiers jours, encore hier, mais plus pour longtemps. L’effervescence du mois de Septembre, ces tonnes de papier à remplir, l’époque des « Certifàlacon », le surmenage des administratifs. Les étudiants qui arrivent en retard parce qu’ils se racontent leur vacances, leurs galères avec l’inscription, les rattrapages pour certains. Les amphis assez chargés, comme si certains avaient pris des bonnes résolutions. Promis, j’irais à tous les cours pour ne pas me lever à 11h du mat’ et perdre toute une matinée pour bosser ! Des résolutions qui tiennent aussi longtemps que celles du premier de l’an. Une semaine et demie plus tard, l’amphi retrouvait son degré de fréquentation habituelle de 15 pèlerins pour les 140 et quelques élèves de la promotion.

En prenant un virage, je dépasse doucement une vieille dame dont les rides ont imprimé sur son visage un éternel sourire. Elle s’est écartée en m’entendant annoncer mon passage, je la remercie. Ses joues se soulèvent un peu plus. J’avance un peu songeur. Le temps passe, pour tous. Déjà, ceux que je fréquentais comme des étudiants en médecine lambda deviennent un peu plus sages : ils choisissent leurs premiers stages, réfléchissent aux ECN. iECN par ailleurs, sur tablette, avec des vidéos et tout et tout.

Et là, je freine. Le feu passe au rouge. Je réalise. L’an prochain, c’est mon tour. A moi les gardes, les stages, toute l’année, tous les jours. Les patients à voir. Les interrogatoires à réaliser. Désormais au-delà de l’exercice, c’est un morceau de mon potentiel futur travail, de près ou de loin. Les premières bases indispensables. Les premières responsabilités se tracent. Le feu passe au vert. J’ai peur. Je ne veux pas redémarrer tout de suite. Mais je vais être en retard. Je n’aime pas être en retard. La ponctualité, c’est important. C’est assumer ses choix, ses devoirs et ses responsabilités, quelque part. Alors j’inspire. Je pose mon pied sur la pédale. Je prends un peu d’élan avec l’autre jambe. Et je me lance. Le soleil n’est pas trop éblouissant, même si je ne peux pas encore regarder droit devant moi, droit vers l’inconnu. Alors je profite du vent que j’ai dans le dos pour avancer. Tranquillement, mais résolument.

En rentrant, l’autre jour, une voiture s’était encastrée dans un arbre. Les pompiers étaient sur place. Un genre de type au fond de moi s’est réveillé. Un peu comme la Ginette de Jaddo. Du genre à vouloir aller voir ce qui se passe, et déclarer « Je suis étudiant en médecine, je peux vous aider ? ». Du genre à se vouloir être utile. Du genre un peu chiant, aussi, parfois, parce qu’il veut que tout soit parfait et être le meilleur. Du genre à dire que c’est de ma faute quand il se plante, mais à lever le poing en l’air quand il donne la bonne réponse à une question difficile. La cohabitation n’est pas toujours évidente, mais j’ai encore le dernier mot. C’est en passant devant cette voiture (rien de grave à priori) que je me suis dit qu’un jour viendrait où je devrais peut-être recevoir la victime à l’hôpital. Et je me suis dit que je devrais bosser ma Neuro plutôt que d’avoir la tête dans les nuages. Ou peut-être que c’était une pensée de l’autre type …

J’arrive à la fac, freine en douceur, attache mon vélo. Je suis à l’heure. Devant le bâtiment, des nouveaux externes, bientôt, arpenterons les couloirs de l’hôpital pour apprendre un peu de ce qu’il faut savoir pour devenir un soignant. Moi, je vais en cours de statistiques, et je songe à ces cours de psychologie, de relation soignant-soignant et soignant-soigné et tous ceux que l’on n’a pas. J’apprends que le prof de stat est un psychiatre. Je ronge mon frein. Donne-nous des cours utiles, à la place des leçons de biophysiques sur les microscopes et spectrophotomètre, je t’en supplie ! Et ça, je ne sais pas si c’était l’autre type ou moi. Ou les deux.

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2 réflexions au sujet de « Voyage vers la fac … »

  1. Même réflexion sur l’utilité de la biophysique en L3…j’ai pas eu le culot ou l’insolence de le demander au prof. Ce qu’il manque aussi, c’est un enseignement type sociologie, histoire que l’on comprenne la société qui nous entoure.
    J’ai hélas l’impression que la relation soignant-soigné est mise de côté car elle met à nu la sensibilité de nos professeurs; je pense qu’aucun d’entre eux n’aura l’humilité ? le courage ? de nous faire partager sa vie de médecin, à travers ses rencontres et ses états d’âmes.
    Le seul crédo dans ma fac ? Faire de nous de bons externes capables de réussir l’iECN. J’ai jamais entendu un seul de mes profs nous dire « J’espère qu’au delà du concours, vous deviendrez de bons praticiens. C’est à cela que vous devez aspirez en travaillant vos cours ». Que nenni, on nous bassine avec les ECN qui n’arrivent pourtant que dans 4 ans; ne comprennent-ils pas que ce laps de temps est d’un flou absolu ?

    • Merci ! Ce genre de commentaires m’autorise à penser qu’il y a quand même beaucoup d’étudiants en médecine qui ne demandent pas juste qu’on leur apprenne à être de bons « garagistes du corps humain ». Et ça m’apaise, vraiment. Un grand merci donc.

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