Regards de médecins « de demain » …

Objet de fascination. Dressé, comme un pic vers le ciel, ses multiples étages, ses vitres qui renvoient le soleil, l’hôpital se tient tout près de la faculté. C’est comme un monument religieux, le bâtiment principal porte le nom d’un des grands de l’histoire de la médecine, et tout au long de la journée, blouses blanches, pyjamas verts et mille autres gens passent et repassent au travers des portes coulissantes. Assis devant son livre à la bibliothèque universitaire, debout devant l’entrée de la faculté, appuyé tout contre une fenêtre, les regards des rêveurs se perdent vers l’immense bâtisse. Là, au cœur de cette gigantesque fourmilière humaine, se tient le plus grand des combats : la vie contre la mort. L’éternel affront. L’équilibre de la nature.

Ces yeux dans la nuit

Et les regards se font nombreux, divers, multiples. Jamais les mêmes. Peut-être y a-t-il autant de coups d’œil que d’étudiants. Peut-être il y a-t-il autant de significations que d’analystes. Peut-être y a-t-il autant de visions que de questions jetées par les yeux vers le ciel, et que certains ne voient que les rouages de leur cerveau fatigué au cœur de révisions intenses, plutôt que les bâtons des vivants s’entrechoquant avec les glaives de la Mort.

Je passais là, songeur, au milieu de ce temple,
Tu roulais là, perdue, posée sur un brancard,
Tiré par deux rieurs, ignorant ce regard,
Que tu posais sur moi, si loin, si près, si ample …

Beaucoup imaginent leur avenir, brillant puisse-t-il être, entre ces murs pas si blancs. D’autres, l’âme pas moins noble, voient plutôt le bonheur d’une chaise, d’un grand bureau et d’une porte, pour recevoir ce qui souffrent, et ceux qui ont besoin d’eux. On s’est tous surpris à rêver d’un avenir quelque part. Que l’on porta une blouse ou tout autre costume. Que l’on brandisse un stétho, sa main, ou une plume. On a tous voulu devenir, et chaque jour, on devient. On ne suit que le chemin que l’on se trace, comme il vient.

Mes pas suivaient tes roues, qui partaient au lointain.
Dehors, une ambulance était prête à partir.
Pourtant, sur ton visage attendait un désir,
Autre que ce départ, un dessein plus serein…

Des destins, des demains, des médecins. Quels médecins ? Des techniciens ? Des humains ? Des biens ? Ou des moins-que-rien ? Quel avenir ? Quels désirs ? Quels objectifs ? Un vide, parsemé de rêves, parsemé de trêves, parsemé d’angoisses. L’éternel revers de la pièce, la sombre face de la brillante pile. L’éternel lutte des hommes contre la douleur. L’éternel combat de la vie et de la Mort.

Sur moi, tes yeux sombres illuminaient mon âme,
Comme un fort projecteur, un monstre, une flamme,
Braqué sur mes failles, mes lacunes et faiblesses.

L’étudiant assis replonge dans son bouquin, s’abrutir de formules, de procédures et de par cœur. L’homme debout grille une cigarette, échange un rire ou reprend son chemin. L’être avachi devant la fenêtre se rappelle de l’heure et file où on l’attend. Le temps suspendu, l’espace d’un rêve, a fait son temps, termine la mesure, et appelle à d’autres temps. Des actes, des paroles, et des songes. La partition de la vie continue de se jouer, en même temps qu’elle se compose, changeant de tonalité, glissant quelques accords, une tierce à deux notes pour une valse à deux temps, puis peut-être trois, puis peut-être plus, revenir à deux, pour combien de temps ? Autour, des trilles, des thèmes, des forte piano, une pause ci-et-là, des accords plus grands. La symphonie d’une vie, tellement plus longue, tellement plus belle, tellement plus forte que la cadence parfaite qui y mettra fin … où relancera la suite de la musique !

Et devant tes iris, tant farouches mais faibles,
Mon cœur troublé, blessé, ou même misérable,
Formule avec force ses plus belles promesses.

Jamais oublier, ses rêves d’étudiant. Vouloir sauver le monde, la veuve, l’orphelin. Retracer les sourires sur les visages des souffrants. Briller de clairvoyance dans le diagnostic ou en prenant une main. Jamais ignorer la solitude du mourant. Jamais rester de marbre devant la douleur d’un patient. Toujours écouter, parfois soigner, quelque fois guérir. Toujours « empatir », même si parfois, c’est compatir. Toujours être là, mais aussi, savoir s’oublier. Se remettre en question. Se questionner. Se remettre à sa place, la leur, la nôtre…

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