L’étudiant en médecine et l’amour

« L’amour c’est comme une cigarette ». Je ne fume pas, mais je vois bien le genre. Une bouffée, quand on ne connait pas, c’est étrange et nouveau. Un peu dégueulasse, quelque part, mais comme tout le monde le fait, on y  va. Le briquet qui l’allume, le papier qui se consume, la saveur indescriptible. Tandis que par nos alvéoles, le poison se fraye un chemin dans notre corps illusionné. L’amour rend aveugle, dit-on. Et s’il n’était pas plutôt un genre de troisième œil. Une vision partagée. Un télescope à double observateur, mais un seul objectif.

L’amour est comme une palette. Elle porte quelques teintes, avec lesquelles toutes sortes de couleurs et de peinture se produisent. C’est un peu magique, un peu scientifique, un peu mystérieux. Ca plait à tout le monde. C’est biologique. Pas toujours très cher. Ça dure une nuit chez les uns, trois ans chez les autres, ou plus encore. Ca fait bouger des montagnes, ou ça remplit des placards. Ca fait autant rire que pleurer. Ça nous fait autant construire que tout détruire. C’est comme un genre de marteau : ni bien, ni mal. C’est l’utilisation qu’on en fait qui le détermine. L’homo sapiens voulait construire un abri pour coucher avec son partenaire sans être embêté par la pluie. Alors il a pris un marteau. L’homo sapiens voulait casser la gueule de celui qui couchait avec son partenaire dans son dos. Alors il a pris un marteau.

Les séries, les romans, les grands films … tout déborde d’amour. Sous toutes ses formes, toutes ses couleurs. De l’amant caché à l’amour éternel, en passant par l’amour solution magique à l’amour alibi mortel. Après quelques temps, on pense tout comprendre. A Miami ou à Paris, qu’importe, c’est souvent la même mécanique, une certaine logique. Mais la vie, la vraie, c’est parfois différent. La vie, la vraie, celle qui nous fait acteur et non plus spectateur un peu trop compatissant. La vie, la vraie, celle qui est complexe et où tout n’est pas tout rose, tout blanc ou tout noir.

Quand le désir s’envole, quand les attentes flétrissent d’attendre. Quand les promesses ne sont plus assez fortes. Quand le cœur s’essouffle à battre dans le vide. Que fait-on ? Quand la raison s’épuise à saisir le sens d’une logique irrationnelle où rien ne commence, ni ne s’arrête, où rien ne s’explique et rien ne découle, où rien n’est cause ou encore conséquence ? Quand la tête carbure pour protéger le cœur. Quand l’esprit s’enlise dans l’incompréhension. Quand la douleur nous ronge nos plus frêles espoirs …

L’étudiant en médecine, c’est un enfant quasi-éternel. Une grande fille ou un grand garçon, qui voit de ses yeux presque naïfs des gens qui souffrent. Au cœur des problèmes des autres. Ces autres qui pleurent leur famille, ces autres qui pleurent l’attente de la mort, ces autres qui nous rappellent les autres que nous sommes tous. L’étudiant en médecine, c’est au moins dix ans d’études. Dix ans de découverte, de plongeons dans la douleur humaine. Dix ans de sentiments étranges, du dégout aux grandes joies, du chagrin mortel au plus grand émerveillement. Dix ans en tant qu’étudiant, dix ans pas très libres, dix ans pour esquiver, se blinder, se protéger et parfois, s’ouvrir aux êtres humains. Entrer un peu dans leur vie. Ne pas se perdre dans leurs espoirs, leurs douleur, leurs attentes.

Et la vie des étudiants en médecine ? La sphère privée, celle qu’ils envahissent avec leurs gros souliers, tous les jours. Celle qu’ils essayent de construire, à leur rythme si particulier de grands enfants un peu fragiles, qui construisent des murailles de froideur et d’indifférences pour ne pas se briser. Celle qu’ils essayent de bâtir avec l’être aimé. Elle n’est pas aussi différente que la vie des autres. Mais elle a ses particularités, comme toute vie.

Oui, mes études prennent une place importante dans mes priorités. Parce que soigner, je crois en avoir vraiment envie. Venir en aide à quelqu’un. Je ne sais pas si je peux parler de vocation (il parait que les jeunes médecins n’en ont plus…). Mais quelque chose me pousse à exceller sur tous les plans, et surtout, surtout, sur le plan humain. Mais l’excellence, à défaut d’avoir la perfection, prend du temps. Du temps sur notre vie. Sur celle des patients, qu’il faut voir, écouter et avec qui parler. Sur celle du soignant, qui doit voir, entendre, et parler. A quel prix ?

A quel prix ?

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5 réflexions au sujet de « L’étudiant en médecine et l’amour »

  1. Si tu ne veux pas te noyer dans tes études, je pense que le meilleur moyen est de continuer à avoir tes loisirs à toi, malgré la quantité de cours. On ne peut pas vivre uniquement pour la fac et ses études même si elles sont très exigeantes. Ton article tombe à pic en fait parce que je pensais à ça hier. Je me suis rendue compte que j’adorais ce qu’on faisait en cours, mais que je n’étais pas épanouie. Parce que je ne faisais rien pour MOI à côté ! C’est déprimant cette sensation de ne pas avoir de vie. (Même si je ne suis absolument pas un bourreau de travail)
    C’est rigolo mais les personnes qui ne viennent jamais en cours et qui en profitent pour faire de la musique, de l’associatif, travailler etc. j’ai tendance à les voir du mauvais œil. Comme s’ils s’écartaient du rang. Alors que moi, je sais que si je ne viens pas: je m’ennuie !

    J’ai un ami qui a peur de se terrer en médecine, de perdre ce qui fait de lui un « gars normal » (je cite). Il craint d’avoir une femme médecin, de n’avoir que des amis médecins, de ne parler que de médecine. Du coup, il s’est mis à rejeter un peu tout ce qui a attrait au monde carabin: fêtes, lieux associatifs, cafétéria de la fac, bu de la fac…

    A propos d’amour il me demande si je cherche un « mec de la fac » ou un « mec de dehors » ? Je pense que cela illustre bien tout ça.

    Je trouve que tu as déjà énormément de recul sur toi et tes études, ça t’aidera sûrement à faire les bons choix. C’est très réconfortant de lire les mots « motivation », « envie » et « aide » sur ton blog.
    Le seul regret de cet article c’est que tu restes très mystérieux sur ton vécu de l’amour ( ben oui je suis curieuse hein et c’est quoi ces articles protégés d’abord 😉 ).

    • En réalité, je suis capable d’être parfaitement épanoui en allant en cours, en travaillant, et en assurant la ribambelle de fonctions associatives dont j’ai accepté la responsabilité. Mais c’est vrai que le côté un peu « sectaire » si je puis dire de la médecine, avec nos amis médecins, nos partenaires médecins, nos professeurs médecins, nos discussions de médecins etc… On pourrait presque se sentir enfermés.
      J’admets que cet article, ainsi que le précédent, protégé, sont en grande partie une décharge émotionnelle d’un événement douloureux que je traverse. Mon vécu de l’amour est un peu délicat à aborder pour le moment…
      Je te remercie pour l’attention que tu as porté à cet écrit, ainsi que tes remarques. C’est assez encourageant pour moi, surtout actuellement. Et ça fait réfléchir 🙂 Merci.

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