La peur d’aimer

La peur, c’est épouvantable. Ça vous attrape par l’estomac, ça s’accroche comme un affamé à une miche de pain, ça ne vous lâche plus. Le sang pulse dans vos artères, à croire qu’elles vont exploser. L’esprit déraille : aucune pensée n’est logique, fluide, construite. Seuls les pires scénarios persistent, s’installent, s’imposent. Vous perdez la raison, sauf pour ces histoires effrayantes. Vous le voyez dans les bras d’une autre. Vous la voyez contre le corps d’un autre. Alors que vous savez que vous pouvez avoir confiance en lui ou en elle. Mais c’est l’autre que vous craignez.
Les kilomètres vous séparent. Le temps aussi. Le pire, c’est l’absence. Le vide. Vos questions restent en suspens dans l’espace oppressant autour de vous. Vous fulminez, vous tournez sur vous-même, incapable de rester en place plus de quelques secondes. L’air vous parait lourd, trouble, rare. Vous vous asphyxiez d’angoisse. Tous vos membres tremblent. Des cris s’échappent, à moitié étouffés, à moitié lancinant. Vous gémissez.
La colère parfois vous saisit, comme si une flamme titanesque s’allumait en vous. Vos yeux ne voient plus que juste devant vous. Vous hurlez plus facilement. Votre respiration est rauque. Vous avez envie de tout casser, de tout sentir se briser sous vos doigts, comme si c’était l’autre, comme si c’était le destin, comme si c’était l’objet de votre terreur. Mais même la rage est vaincue …
Car l’épouvante revient au galop. Avec ses frissons paralysants, ses mains invisibles qui s’emparent de votre gorge pour vous couper le souffle, ou qui enserrent votre cœur pour l’empêcher de battre. Le sol s’effondre sous vos pieds. Vous êtes incapable de vous concentrer plus de quelques micro-secondes sur une pensée rassurante. Les histoires inventées de toute pièce par votre cerveau anoxique vous plongent dans un abyme insondable où vous semblez tomber pour l’éternité.
Et alors, vous pensez qu’il n’y a que dans les films que l’on voit ça. Vous prenez votre téléphone. Son répondeur. Encore. Son répondeur. Toujours. Son répondeur. Ces discours futiles, stupides, ces « non » déchirants, ces « décroche, je t’en supplie » et autres. Vous vous retrouvez à proférer ces écritures, comme des paroles religieuses, pourvu que tout s’arrête, que tout s’améliore, que rien ne se passe, ou peut-être que tout se passe comme prévu. On comprend tellement bien pourquoi certains deviennent complètement fous.

Peur de te perdre, peur de passer à côté de toi, à tout jamais. Peur que le temps nous sépare. Peur d’oublier que rien n’est jamais acquis. Peur des erreurs. Peur que tu t’éloignes. Peur que cette vie que désormais je dessine en regardant le futur ne s’évade. Peur de n’être qu’un petit garçon devant son amoureuse, ou de n’être qu’un de ces hommes cons comme la terre en porte beaucoup, indigne de toi, qui ne te mérite pas. Peur de ne pas être assez fort. Peur de t’en vouloir. Peur de m’en vouloir. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de ne pas savoir tout te dire. Peur de ne pas savoir t’écouter. Peur de ne pas savoir t’aimer comme il faut. Peur de ne pas t’aimer comme tu le voudrais. Peur de ne pas savoir t’aimer comme nous le méritons…

Peur, que toi seule, avec ton cœur, ton corps et ton âme, tu peux effacer.

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