Apprendre à guérir

C’est la meilleure partie de la prise en charge. Celle où je récupère le dossier à l’accueil et où seul, je vais chercher la patiente, l’accompagne dans une salle d’examen, et commence la consultation « à ma manière ». Je l’appelle gentiment en essayant de capter le regard de celle qui s’animera. Je lui dis que rien ne presse quand je la vois se précipiter pour rassembler ses affaires éparpillées sur les chaises. J’attends tranquillement qu’elle arrive jusqu’à moi. Je lui tends la main en la saluant. Souvent, elles sont surprises, comme si elles n’avaient même plus l’espoir qu’on leur dise « bonjour » ou « bonsoir », que déjà elles s’imaginaient objet de soin, toutes justes bonnes à s’allonger sur la table d’examen pour recevoir doigts, spéculum et sonde d’échographie sans ménagement. Elle est arrivée et, s’arrêtant, étonnée, pour qu’on se serre la main, elle prend une petite voix, de ces petites voix que prennent les gens pour formuler des demandes qu’ils considèrent comme déjà perdues d’avance mais « qui ne tente rien n’a rien ». Elle désigne d’un hochement de tête l’homme encore assis sur les chaises de la salle d’attente, et je comprends avant qu’elle ne prononce sa question : « est-ce qu’il peut venir ? ». Bien sûr. J’imagine déjà la réponse de mon interne, rétorquant immédiatement en demandant s’il s’agit du conjoint, sinon ce serait non. Qu’est-ce que j’en ai à faire que ça soit son conjoint, son amant, un ami… si elle souhaite qu’il assiste à l’examen ? On nous apprend à toujours douter d’une femme qui assure de ne pas être enceinte, d’un alcoolique qui dit avoir arrêté de boire, ou d’un toxicomane qui dit ne plus consommer, par contre, on sait immédiatement que le monsieur désigné « conjoint » est forcément le mari de la dame. Qui serais-je pour m’opposer à la volonté manifeste de la patiente d’être accompagnée, qui plus est à une consultation que je sais être désagréable ? Souriante, et soulagée, elle retourne auprès de l’homme qui l’accompagne et me suis à son bras, son voile volant dans leur sillage.

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« Et puis, comme me disait Litthérapeute… » et elle et moi rions doucement, en référence à une petite blague que j’avais faite, lorsque l’interne n’était pas là, au début de la consultation. Avec ce rire, elle semble oublier un peu la sonde plantée dans son vagin que l’interne manipule. Ce dernier m’apostrophe : « plutôt que de bavarder, tu ne veux pas venir apprendre un peu ? ». Je me tais, m’approche de lui, et le silence ne sera rompu que par des termes techniques.

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Dès qu’on rentre dans la salle de consultation, je referme la porte derrière nous, et invite la patiente à s’assoir. Je me présente, sans mentir, donne mon prénom, mon statut d’étudiant en médecine, je précise parfois l’année quand je perçois un semblant d’inquiétude sur son visage, et demande si elle est d’accord pour que je lui pose quelques questions et l’examine. Je lui précise que je travaille sous la supervision d’un médecin qui nous rejoindra pour faire le point à la fin de la consultation, vérifiera l’examen et le complètera ou refera certaines parties si nécessaire, pour poser le bon diagnostic et démarrer le traitement. Très peu refusent. Et quand cela arrive, je n’insiste pas. A la rigueur, je demande s’il est possible de juste discuter un peu pour bien comprendre le motif, mais qu’il n’y aura aucun examen avant l’arrivée de l’interne.

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Ils se sont assis face à moi, et je me suis présenté. La patiente ne s’est pas opposée à ce que nous discutions et que je l’examine par la suite. En ouvrant son dossier sur l’ordinateur, je parcours quelques lignes de son histoire. Elle est jeune et n’a encore jamais eut d’enfant. Elle a démarré une grossesse il y a quelques semaines. Mais quelques jours auparavant, des saignements ont eu lieu. Elle est venue consulter aux urgences et l’échographie, du fait du début récent de la grossesse, ne pouvait pas certifier qu’elle était enceinte, ni que l’embryon éventuel était au bon endroit. D’ailleurs, elle avait reçu quelques commentaires sur son voile. Elle fut reconvoquée 48h plus tard pour une nouvelle échographie, qui cette fois visualisa un sac gestationnel, sans pouvoir garantir qu’il s’agissait d’une grossesse qui allait évoluer normalement, ou s’il s’agissait d’une fausse couche. Ils la reconvoquèrent une nouvelle fois à 48h, tout en écrivant « probable fausse couche » sur le compte-rendu. Et les saignements ne se tarissaient pas. Après lui avoir demandé de me raconter ce qui s’était passé depuis le début, elle semblait ne pas être très au fait de ce que l’on suspectait, bien qu’elle craignait beaucoup de faire une fausse couche. Vu les derniers résultats de l’hormone de grossesse, et la majoration des saignements ayant motivé la consultation aux urgences cette fois,  la fausse couche était malheureusement plus que probable…

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Elle est assise face à moi, son amie à côté lui tient le bras. Je me présente et sollicite son accord pour que nous discutions un peu et que je l’examine. Elle accepte et nous discutons. C’est une jeune femme, première grossesse, enceinte de triplés. Très inquiète par la survenue de douleurs et de saignement depuis quelques heures. Dans ses dernières échographies, l’un des trois fœtus est plus petits, et au pronostic plus incertain. Elle a peur. Après avoir un peu parlé, et expliqué les examens qui allaient suivre, elle me demande « c’est vous qui êtes obligé de les faire ? On ne peut pas demander à l’interne tout de suite ? Ce n’est pas contre vous, mais c’est juste que j’aimerai être rassurée, je suis morte d’inquiétude, je ne veux pas être embêtante, mais vous voyez, j’attends des triplés, même mon médecin généraliste il n’a jamais vu ça et il m’a envoyé ici pour le suivi, alors vous comprenez… ». Je n’insiste pas, elle est dans son droit, et je la comprends parfaitement. On pourrait s’attendre à ce que l’opportunité d’examiner une patiente enceinte de triplés me « passant sous le nez » puisse m’agacer, mais au contraire, je suis soulagé. J’ai déjà du mal à bien examiner une femme enceinte d’un seul enfant, alors trois d’un coup… Toutefois, je la préviens, connaissant l’interne, qu’il risque de lui reprocher de ne pas m’avoir laissé l’examiner. Je l’assure que je respecte sa décision, et que je ne suis pas en train de la faire changer d’avis, mais que je tiens simplement à la prévenir d’une petite réflexion qu’elle risque de recevoir connaissant l’interne, et qu’il faut juste qu’elle n’y prête pas attention, et que je suis content de pouvoir respecter son choix. Je lui confirme qu’elle est dans son droit d’être, ou non, examinée par un étudiant, et qu’il n’y a pas de culpabilité à avoir, quoi qu’on lui reproche. Personne d’autre qu’elle n’a le droit de décider qui ira effleurer, inspecter, et parfois envahir son corps.

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J’étais sur le point de commencer à expliquer la suite de la consultation et les examens que j’allais mener quand le regard du monsieur sur ses propres mains modifia mes projets. Je lui demande si ça va. Il relève la tête vers moi en répondant un « oui » de circonstance. Un mot timide, de politesse, évasif, tandis que ses yeux se porte sur sa femme et que leurs mains se joignent. Elle porte un sourire presque pincé sur le visage encadré par son voile sombre. Ses doigts à lui tremblent. Ils ont compris lorsque je leur ai répondu à propos du dosage des ß-hCG de ce soir. Quand parmi ses pertes sanglantes et abondantes, elle a cru voir quelque chose de bizarre, de différent, de tout petit. Quand elle a senti que ça allait un peu mieux après, qu’elle saignait un peu moins.  Quand ils ont décidé d’aller aux urgences. Alors j’ai osé : « Je suis vraiment désolé. Mais vous savez, une fausse couche, c’est quelque chose qui arrive, qui est même assez fréquent, seulement, les gens à qui ça arrivent n’en parlent pas ». Et à partir là, l’homme a laissé tomber le masque des circonstances et de la politesse. La femme a autorisé une larme à couler sur ses joues. Et nous avons vraiment discuté, tous les trois. Sur le fait que ça arrivait, sur le fait que ce n’était la faute de personne, sur le fait qu’on allait vérifier l’évolution mais qu’il n’y aurait a priori aucune séquelle, sur le fait que peut-être la nature était intervenue pour empêcher cette grossesse qui n’aurait peut-être pas abouti ou qui aurait donné un enfant très malade voir qui n’aurait pas survécu, sur le fait qu’il n’y avait pas de responsable, sur le fait que ça ne réduisait pas leurs chances d’avoir des enfants. On a pu passer du malaise aux yeux émus, des yeux émus aux soupirs, des soupirs aux sourires, et même à un bref éclat de rire. Et l’homme timide et renfermé, écrasé par un sentiment de culpabilité, s’est retransformé en un bel optimiste, confiant et soutenant sa femme. On a procédé à l’examen, étape par étape, en redonnant à chaque fois les explications, le pourquoi du comment, en sollicitant l’accord à chaque acte, comme il se doit.

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L’interne a terminé son exposé technique qui résonnait dans le silence de la salle d’examen. Je n’ai pas compris les ¾ de ce qu’il disait, trop poussé, trop rapide, mais je n’osais pas l’interrompre. Il a sorti la sonde, dit à la patiente de se rhabiller, m’a chargé de « conclure le dossier » en me lançant une petite salve de jargon échographique à mettre dans le compte-rendu et m’a dit de le rejoindre en salle de naissance. J’ai fait de mon mieux pour écrire le compte rendu, en ai probablement oublié la moitié, et tenté d’expliquer à la patiente ce que j’avais compris. Histoire de bien amplifier le sentiment de ne pas savoir grand-chose. On a ri un peu, quand elle m’a dit « Hé bah, il n’est pas commode votre interne ».

Je rejoins l’interne après avoir laissé la patiente partir. Et il me lance : « tu sais, t’es pas là pour faire copain-copine avec les patientes hein. Elles ne doivent pas t’appeler par ton prénom, faut pas que tu te mettes à rire avec elles comme ça, vous n’êtes pas des potes… ». Non. Mais toi et moi on n’est pas potes non plus…

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Une patiente arrive à l’accueil. C’est un petit moment creux, toutes les patientes ont été vues, sauf deux pour lesquelles j’attends le retour de l’interne pour lui présenter ce que j’ai trouvé. Elle se présente parce qu’elle n’a plus de règles depuis quelques semaines. Elle a fait un test il y a un moment, 2 semaines après ses dernières règles et il était négatif. Mais comme cela fait un longtemps qu’elle attend ses règles, elle aimerait bien savoir si elle est enceinte, surtout qu’elle a un peu mal au ventre. Je sais que l’interne n’appréciera clairement pas un tel motif, et que la patiente risque d’attendre un moment avant d’être vue. Je tente donc de lui proposer d’aller acheter un test en pharmacie et de prendre rendez-vous chez son médecin pour démarrer le suivi s’il est positif et éviter ainsi d’attendre plusieurs heures aux urgences. Mais elle insiste et se fait enregistrer. Sitôt partie dans la salle d’attente, mes collègues infirmières d’accueil estiment qu’elle vient « juste » pour un test de grossesse et que c’est inadmissible. Qu’il faudrait même ne pas lui donner les résultats de son test tout de suite et la faire attendre quelques heures. Le test revient positif, et comme j’attends toujours l’interne (et que je ne cautionne pas de faire attendre une femme parce qu’on se permet de juger de la pertinence de son motif), je décide d’aller voir la patiente. En plein milieu de l’examen, l’interne entre dans la salle sans prévenir, et de toute sa hauteur face à la patiente allongée, les pieds dans les étriers, lui demande pourquoi elle vient aux urgences, un dimanche, alors qu’elle aurait pu aller s’acheter un test en pharmacie, et que c’était inadmissible même inacceptable de venir juste pour faire un test de grossesse, mais que bien évidemment, elle allait surement dire qu’elle avait mal au ventre juste pour ne pas qu’on puisse la renvoyer chez elle sans l’examiner. Et, sans attendre de répondre, elle me dit « et bien examine-là dans ce cas, mais moi, je ne veux plus la voir », et sort de la salle de consultation. La dame avait déjà fait 3 fausses couches par le passé, et on lui avait conseillé de bien faire suivre sa grossesse si elle tombait enceinte. Du coup, je me retrouvais là, stupide, le spéculum à peine déballé entre les mains, une dame choquée sur la table d’examen, et un examen à mener sur lequel je savais que personne ne reviendrait.

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Passage au bloc, la dame est endormie, l’opération est terminée, on se déshabille. La chef me demande si je sais faire un toucher vaginal. Je lui réponds que j’ai encore du mal avec certaines subtilités comme estimer la disposition de l’utérus mais qu’il me reste du temps en consultation pour l’apprendre. Elle exige que je fasse l’examen à la dame encore endormie, car « c’est inadmissible si tu veux faire médecine générale que tu ne saches pas faire un toucher vaginal correct à une patiente ». Initialement, je refuse, mais elle insiste à l’aide d’arguments par rapport à la médecine générale, à mon avenir de professionnel et combien je serais mauvais même dangereux si je suis incapable d’estimer qu’un utérus est antéversé ou non par un toucher vaginal. Sous pression, je suis obligé de céder, car un refus de ma part passerait extrêmement mal. Qu’ai-je pour résister ? On me montre, place ma main, j’ai envie de vomir, d’hurler et de pleurer en même temps, mais sous le masque chirurgical et la charlotte bleue, on ne voit rien…

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Je glisse à l’interne le dossier de la patiente qui attend des triplés. Je lui explique que j’ai fait l’interrogatoire et que la patiente souhaiterait qu’il l’examine. Lorsque je le retrouve quelques heures plus tard, il m’explique qu’il l’a bien fait attendre pour la punir d’avoir refusé d’être examinée par l’externe, et qu’il l’a bien recadré pour lui expliquer que « c’est pas parce qu’on attend des triplés qu’on peut se permettre de faire des caprices ». Non mais.

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L’interne arrive pour confirmer le diagnostic de fausse couche. Il entre, fait l’échographie, me balance une nouvelle litanie de mots savants, échange deux mots avec les parents en leur affirmant qu’il s’agit bien d’une fausse couche et qu’il faut qu’ils reviennent jusqu’à ce que les ß-hCG se négativent complètement, puis s’en va en me demandant de conclure. Il n’a même pas pris le temps de s’assoir, de mesurer l’effet de ses paroles, et s’est échappé. Alors, je me suis assis, et à nouveau, la femme voilée, son compagnon et moi, on a discuté. On s’est levé, on s’est serré la main, on s’est séparé, et leur « merci » résonne encore dans mon esprit.

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On discute avec l’infirmière à l’accueil de la façon dont l’interne a engueulée la jeune femme qui attend des triplés. J’explique, en m’emportant peut-être un peu, que je ne cautionne pas que l’on ne comprenne pas qu’une femme, en gynécologie, hyper-inquiète, et douloureuse puisse refuser d’être examinée par un étudiant. Qui plus est lorsqu’il n’y avait pas foule, que l’interne avait largement le temps de le faire, d’autant plus qu’étant donné la situation clinique, il allait nécessairement être amené à refaire l’examen. Et quand bien même, en gynécologie (ou ailleurs ?) une femme refuse d’être examinée par un étudiant, ou par un homme, est-ce irrecevable ? D’autant plus en gynécologie où l’examen est quand même loin d’être anodin ! Quand on a la possibilité de faire examiner la femme en question par un.e autre soignant.e, dans la mesure du possible, quitte à ce qu’elle attende un peu que l’autre soignant.e se libère, pourquoi ne pas la prendre ? C’est son corps, son droit… L’infirmière me regarde un moment, me sourit, et me dit « ah, tu verras, tu risques d’oublier ça quand tu seras médecin… ou bien, tu seras un bon médecin plus tard ! ».

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« Bah alors Litthérapeute ? Je te sens pas motivé là. Tu sais, il faut que tu prennes des initiatives là. Je ne peux pas venir à chaque fois et faire tout le travail, conclure. Il n’y aura pas toujours un interne derrière toi. Faut que t’avance, que tu poses un diagnostic, que tu proposes une conduite à tenir dans les dossiers. Là, tu ne t’implique pas, tu ne te lances pas dans les dossiers, c’est nul. En plus tu traines, tu perds du temps… bref, c’est mauvais. Enfin… bon, qu’est-ce que j’en ai marre des urgences moi. Toutes ces femmes qui viennent pour rien franchement, ça me saoule. Je te laisse commencer à voir la suivante et on va manger ? ».

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La patiente est allongée sur la table d’opération, endormie. Une voix s’élève : « il parait qu’elle a eu un bypass, c’est ça ? ». Et les commentaires vont bon train : « ah bah dis donc, ça marche bien un bypass ! », « Ah oui ? Mais t’as vu comme elle est, elle n’a pas besoin de bypass elle, si ? », « En tout cas, ça fait du bien d’avoir des maigres de temps en temps, parce que les grosses hein, c’est chiant ! », « Incision. Ahhh bah au moins, on ne va pas être gênés par le gras cette fois ! », « C’est sûr, comme ça, elle n’est pas moche, mais même avec quelques kilos en plus, elle ne devait pas être si moche que ça hein… »…

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Je jette un œil au miroir du vestiaire. Une paire d’yeux fatigués me dévisage. Socrate pourrait peut-être être fier. Je sais que je ne sais rien. Toute la garde, je jonglais sur un fil à dix mètres de hauteur. J’ai de maigres connaissances théoriques en gynécologie. J’apprends encore. Je ne suis pas très doué en échographie. Je suis souvent partagé entre l’idée du diagnostic, et la crainte de faire une bêtise en commençant à annoncer quelque chose où je pourrais me tromper. J’aime prendre le temps de m’installer avec la patiente, établir un contact respectueux et délicat, regarder avec respect au travers de cette petite fenêtre qu’est le motif de consultation, et qui débouche le plus souvent sur bien d’autres choses. Ne voir que ce que l’autre m’invite à voir. Les urgences, ce n’est peut-être pas le lieu idéal pour faire cela, mais comprendre, à défaut de savoir diagnostiquer ou prendre en charge, j’y arrive assez. Ça m’aide à faire le reste. Je ne suis pas là pour juger, pour dire si leurs motifs justifient qu’elles viennent ou non consulter aux urgences, pour discuter de leur volonté à se faire accompagner d’un tiers pour l’examen, pour les interrompre parce qu’elles essayent de multiplier les motifs de consultation ou simplement parce qu’elles parlent.

Je sais qu’on va me dire que je suis candide. Que je suis idéaliste. Que je suis naïf. Mais cette naïveté, moi, je l’aime. Je veux à tout prix garder ces yeux de deuxième année qui découvre l’hôpital, qui s’émerveille des merveilles qu’on y voit, qui s’offusque des horreurs qu’on y constate, qui enrage à la vue de ce qui parfois s’y passe. Je veux pouvoir toujours m’étonner, remettre en question ce qu’on y fait, reconnaître ce qui respecte de ce qui viole, ce qui blesse de ce qui soigne. Je ne veux pas rentrer dans la case du protocole, conformé à ces obligations imposées par ceux qui, pensant savoir, estiment qu’ils ont le droit d’être seul juge avant (ou au lieu) d’être juste soignant. Mais à quel prix peut-on avoir ce choix ?