Le petit Esprit Critique attend ses parents à l’accueil, merci !

Voilà un billet d’humeur qui risque encore de m’attirer quelques foudres, mais tant pis. Car dans la déferlante émotionnelle de ces derniers jours, ou de ces dernières heures même, l’esprit critique prolonge ses vacances qui ne cessent de s’éterniser.

Le peuple Français a donc choisi, au terme d’élections ayant parfaitement répondu aux textes législatifs et règlementaires que ce même peuple a accepté par le passé par des procédés tout aussi établis, son nouveau Président. Emmanuel Macron a été élu par 43,63% des inscrits sur les listes électorales, devant un bloc abstention + votes blancs + votes nuls concernant 33,98% des inscrits et Marine Le Pen qui n’a été choisie que par 22,39% des inscrits. Point à la ligne, on s’arrête ici, et on va s’activer pour préparer la suite.

Mais non. Immédiatement, les médias, les militants, les réseaux sociaux… nous inondent d’informations facultatives, biaisées, orientées, et mal présentées. Le devoir d’information se heurte à un esprit critique absent, et la collision entretient le tumulte passionné qui anime les (in)consciences. On peut ainsi lire que le nouveau président n’a pas été vraiment choisi, que tant de pourcent ont voté pour lui pour « faire barrage au FN » ou « pour le renouveau politique » et qu’ainsi, sa légitimité à diriger est remise en cause parce que seuls X% des électeurs l’ont désigné dans ce but.

S’il vous plait… un peu, un tout petit peu, de notre si cher esprit critique.

D’abord, on peut tout faire dire aux chiffres. Pour la petite blague, rappelez-vous de cette étude publiée dans le NEJM sur l’augmentation du nombre de prix Nobel d’une population en fonction de sa consommation de chocolat (lien : http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMon1211064). Pour en revenir à notre sujet, entre les sondages, les résultats des élections, les estimations, il y a déjà bon nombre de biais potentiels… et avérés.

En effet, le sondage sur lequel certains chiffres visant à expliciter les raisons animant les électeurs de Macron sont basés provient d’un échantillon (dont on peut déjà interroger la représentativité) et la question sur la motivation du vote Macron n’entendait manifestement qu’une réponse unique. Or, on peut voter Macron pour son projet ET/OU sa personnalité ET/OU le renouveau politique ET/OU faire barrage au FN etc.. De fait, j’ai voté au moins pour toutes ces raisons. Où me rangerait-on dans ces chiffres ? Biais de classement.

Le vote blanc peut-être comptabilisé à partir des données gouvernementales. Macron est choisi avec 43

63% de la population inscrite sur les listes électorales, avec la part regroupant vote blanc + abstention + vote nul. Versus MLP qui arrive en 3e position derrière cette part de vote blanc/nul/abstention. C’est tout ce qu’on peut dire, toute interprétation est nécessairement biaisée. Biais d’interprétation.

Ce qu’il se passe dans l’isoloir, ou avant, relève de multiples facteurs qu’il est quasi-impossible d’interpréter. Pourquoi ne découpe-t-on pas MLP en « adhésion au projet » « vote contestataire » vote xéno/homo/choco/gaucho/etc-phobe » « soutient de NDA » etc. ? Voilà une belle source de biais de confusion. C’est la conjonction de plusieurs influences, de plusieurs objectifs, de plusieurs mécanismes conscients et inconscients qui dictent notre choix. Et je ne crois pas faire de scoop avec une telle affirmation : faîtes-vous toujours dans la vie des choix pour une seule et unique raison en dehors de tout contexte, sans prendre en compte vos aspirations, vos croyances/valeurs/principes/philosophies et votre passé ? Les médias ou spécialistes en marketing sont spécialisés dans ces trucs et astuces pour vous faire conclure vous-même le message qu’ils souhaitent transmettre. Ils flattent l’égo de leur cible, et ils savent à qui ils s’adressent. Ils prennent volontairement une position basse pour vous faire penser que votre esprit est meilleur, et que vous voyez clair en la situation. Tel est pris qui croyait prendre.

De fait, ces affirmations sur la légitimité à gouverner d’Emmanuel Macron sont non seulement anti-démocratiques, mais surtout fausses. Il a été élu, les règles ont été respectées, il est désigné par le peuple français comme nouveau président de la République. Affirmer le contraire, c’est dédaigner notre système, et les 43% de ses électeurs. C’est manquer un peu de respect aux autres, et envers soi-même : vous vous insurgiez peut-être contre ce système auparavant, mais qu’avez-vous tenté pour proposer de le transformer ? Qu’allez-vous proposer désormais ? Mais oui, peut-être, qu’apparaitre protestataire ou opposant au système est un peu à la mode. N’oublions quand même pas que nous sommes toutes et tous responsables du système que nous fabriquons, proposons, votons et appliquons. La critique est aisée, dit-on.  Rappelons aussi la définition du droit, pour le plaisir : ensemble des règles qui régissent les rapports entre les membres d’une même société. Société que nous formons pour éviter de nous entretuer aux moyens de ces droits que nous élaborons (merci Hobbes, merci Locke, merci Rousseau).

Une chose qu’on peut peut-être soulever, c’est cette occasion, cette offre de renouveau du système politique pour apporter sa pierre à l’édifice et ne pas crier dans le vide, mais mettre la main à la pâte. Etre citoyen, ce n’est pas seulement voter. C’est participer activement à la vie sociétale, éventuellement politique et surtout à la vie Française… Ça peut commencer par la protestation, que je ne condamnerais jamais, au contraire, mais ça ne doit pas s’arrêter à ça.

Ce n’est que mon avis, et j’entends que le vôtre soit différent. Cette diversité des points de vue donne toute sa profondeur à notre société humaine. Cette différence nous renforce toutes et tous, tant que le dialogue est possible, à la lumière de nos valeurs (respect, dignité, et tutti quanti), et que nous exerçons avec justesse, humanité et indépendance notre esprit critique.

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6 réflexions au sujet de « Le petit Esprit Critique attend ses parents à l’accueil, merci ! »

  1. Personne ne conteste la légitimité de son élection.
    Ce qu’on peut contester c’est la légitimité de son action future et de son programme compte tenu du caractère de cette élection.
    J’ai voté pour lui mais certainement pas par adhésion à son programme.
    La démocratie ne peut être le gouvernement d’une majorité contre une minorité, d’autant plus lorsque cette majorité est établie dans les conditions que l’on connait.

  2. Je comprends aussi votre réaction! Il est vrai que Macron n’est pas beaucoup plus mal élu que les présidents précédents (mais ça pose justement la question des limites de notre système). Mais cette fois on avait quand même 4 gros blocs donc une France très divisée, ce qui amène sans doute à ce ressenti que Macron n’est pas légitime. Sans parler du 2nd tour, avec le vote barrage, ce maudit épouvantail FN qui ressort trop souvent, les gens commencent à se poser des questions.

    Dans mon blog, avant même le 1er tour, je disais déjà: « En France, on élit tous les 5 ans un seul mec avec son programme EN BLOC, même si forcément, on a rarement un candidat avec lequel on partage le 100% des idées. Et puis vu les scores aux élections, on a de toute façon casi la moitié de la population qui n’a pas voté pour cette personne. Si on ajoute les votes blancs et les abstentionnistes, on peut se demander, qui représente vraiment le président de la République, à part lui même? »

    Cela fait longtemps que je trouve notre démocratie insatisfaisante. Quand vous dites « N’oublions quand même pas que nous sommes toutes et tous responsables du système que nous fabriquons, proposons, votons et appliquons » : ben justement, nous étions nombreux et majoritaires à vouloir le changer (pas que le vote Mélenchon, mais aussi Hamon, tous les petits candidats, même Lepen dans une certaine mesure, car elle proposait le référendum d’initiative populaire et la reconnaissance du vote blanc, ce que ne propose même pas Macron). Donc forcément, la frustration est là, en tout cas moi, changer les institutions en direction d ‘une démocratie plus directe, c’est ce qui a motivé en 1er lieu mon choix de vote.

    Enfin bref, je sais qu’il y a des gens qui essaient de remettrent en cause cette élection, mais les règles sont ce qu’elles sont et on doit donc accepter. Et continuer à se battre pour rendre notre démocratie meilleure, plus directe 🙂

    • Merci pour votre retour.
      J’imagine que vous êtes informé de l’expérience de vote proposé par le site de la primaire.org où l’électeur attribue un qualificatif à l’ensemble des candidats pour justement permettre de choisir celui ou celle qui correspond à la majorité des français.e.s. Allez jeter un oeil sur leur site pour avoir plus d’information, c’est un système qui pourrait être vraiment très intéressant !

  3. On peut aussi pousser son esprit critique un peu plus loin et se souvenir que globalement, les gens votent pour les personnes ayant le plus de couverture médiatique. (plusieurs études dessus – une sur un lien entre présence médiatique et % obtenus – les courbes se confondent; une autre sur la perception d’un mot suivant son temps d’exposition…)

    Aussi imaginons une élection ou un seul candidat aurait 100% du temps d’antenne, il serait légitime.
    De même une élection ou il n’y aurait qu’un seul candidat, il serait tout aussi légitime.

    La question que l’on peut se poser est dans quelle cadre défini, nous parlons de légitimité. Cadre légal ? cadre démocratique ? cadre scientifique ?

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