Le point commun

Quel est le point commun entre la magie, la religion, la science et la médecine ?

Cela n’existe pas. Plus exactement, cela n’existe pas si on n’y croit pas. Si on ne fait pas consciemment l’effort ou non d’y accorder de l’importance, juste assez pour l’entendre au-delà de la « case », du concept, de l’objet d’une pensée calculante, dirait Heidegger. Si notre grande tendance au manichéisme et à la dichotomie idéalisée nous amène à sans cesse opposer démonstration et persuasion, vérité et mensonge ou encore cœur et raison, c’est peut-être en partie parce que nous aurions mal compris un certain Pascal « Le cœur a ses raisons que la raison ne connait point ».

Homéopathie, naturopathie, acupuncture, magnétisme, et tout leurs dérivés. En face, la tribune #Fakemeds, que je n’ai pas signé. Pour différentes raisons, mais annonçons déjà mes liens d’intérêts. Avec l’industrie du médicament et des produits de santé ? Aucun, sauf peut-être une tante qui bosse chez Sanofi, que je vois 2-3 fois par an, et qui m’offre 20 balles en tickets cadeaux du comité d’entreprise de sa boite pour Noël en disant « c’est pas grand-chose, mais c’est pour le geste » que je refile en douce à mes frangin(e)s parce que je sais bien que j’oublierais totalement de m’en servir autrement. J’ai aussi un proche qui travaille dans les pompes funèbres, mais de là à dire que je fais en sorte que les gens décèdent davantage pour mieux vivre, hum, faudrait vraiment avoir l’esprit tordu.

Je suis une formation médicale. Et un truc d’éthique à côté. Pour autant, je suis attaché à l’aspect très scientifique de ma formation. Je me suis lancé récemment dans un mooc de statistiques pour comprendre encore davantage les résultats d’études cliniques et scientifiques sur lesquelles pouvoir baser les décisions que mes futurs patients et moi aurons à prendre. Pour autant, je n’irais pas jusqu’à l’amalgame un peu facile de dire que la médecine, c’est de la science. J’y reviendrais peut-être une autre fois.

Je n’ai pas signé la tribune. Chaque jour, ça me démange un peu. Et puis, quelques éléments me rappellent pourquoi. D’abord, le danger de l’amalgame. Sans vouloir entrer dans les détails, pour me former aux bases de l’hypnose thérapeutique, la voir citer dans les « fakemeds » m’interroge un peu. C’est un exemple. Ensuite, la forme, que je ne cautionne pas. Des détails finalement, qui retiennent mon adhésion totale. Car dans l’esprit, cette tribune me semble absolument fondée.

Le charlatanisme médical existe depuis longtemps. Je ne saurais dire s’ils sont plus nombreux aujourd’hui qu’hier : leur existence même est un sérieux problème. Quand on est capable d’extorquer de l’argent par des promesses folles que l’on ne tiendra jamais auprès de personnes plus ou moins accablées par une souffrance quelle qu’elle soit, on n’est indigne d’être soignant. Ce n’est sans doute pas le cas de tous les homéopathes, naturopathes, machinopathes et trucothérapeutes, médecins ou non. Mais il y en a, et c’est inadmissible. L’existence de ces branches, qui se revendiquent méthode « holistique », « globale », « naturelle », « biologique » ou qu’en sais-je encore, dans l’absence totale de contrôle et de déontologie, est une aberration. Je ne dis pas ça pour l’effet de style. Les AVC post-manipulation d’ostéo-étio-pathes ne sont pas un mythe, et croyez moi pour l’avoir vu, ce n’est pas « beau à voir ». Les pertes de chances par des traitements « alternatifs » non plus.

« Croyez-moi ». Voilà la clef de voute de l’histoire. La croyance. Le point commun entre la magie, la science, la religion et la médecine. Pour un « extrémiste », du religieux qui dédie sa vie à son culte au zététicien qui ne jure que par la science, il s’agit d’un choix (conscient ou non) de croire. C’est-à-dire, accepter des vérités certaines comme vérité par adhésion de l’esprit mais également par acte de volonté. Cela est vrai, et je veux que cela soit vrai. Il ne s’agit pas nécessairement d’une foi aveugle où l’on s’en remettrait à la volonté d’un autre, d’une méthode ou de divinité(s), cette image moderne que nous avons de la foi. Il pourrait s’agir, plus « simplement », d’un engagement. Je reconnais que ceci existe, que c’est vrai, parce que cela correspond à mes valeurs/ma façon de penser, et je veux que cela soit ainsi.

Déjà, c’est nier la subtile différence de nature entre ce qui est vrai et ce qui existe. Je vous laisse vous faire votre propre idée de la différence, mais est-il vrai qu’une licorne possède une corne et se pourrait-il qu’une licorne existe ? Ceci était un exemple sponsorisé par le puissant lobby LGBT+ qui supplante depuis longtemps les Illuminati.

La croyance est un phénomène très fort, enraciné au plus profond de l’être humain. Je ne saurais dire précisément les origines de notre capacité à croire, sans doute en lien avec nos capacités émotionnelles, avec nos peurs ancestrales et nos rêves immémoriaux. Si pendant des milliers d’années nous avons pris soin de nos morts, respecté des rîtes et des cultes, construit des merveilles et fait la guerre, c’est peut-être bien également dans la croyance folle que la vie ait un sens qui sans doute nous dépasse mais peut-être se dévoile au moment opportun ?

Mais alors si chacun voit le monde par le spectre de ses croyances, comment organiser tout ce bazar ? C’est ici que, depuis quelques bons paquets de dizaines d’années où les croyances religieuses traditionnelles s’effacent un peu (quoique, les déclarations récentes du Président semblent vouloir les redessiner, pour le meilleur et pour le pire), émerge la croyance en la rationalité. Popularisée par les philosophes, dépoussiérée par les Lumières, dynamisée par les nouvelles technologies et la circulation de l’information, le rationnel a le vent en poupe.

Mais il faut croire que dans l’alchimie subtile entre croyance, rationalité et complexité, les produits du mélange sont variables. Si chacun est libre de penser par lui-même, que valent ses pensées confrontées à celle d’autrui ? Adhésion ? Fusion ? Opposition ? S’il vous manque une pièce du puzzle, allez-vous baisser les bras et en construire un autre ou vous permettrez-vous d’imaginer un peu ce qui serait le plus logique (et le plus plaisant) pour combler les trous ? Et ainsi, satisfaire notre quête éternelle de sens, d’absolu, d’idéal. N’y a-t-il pas plus grande difficulté que d’accepter une histoire qui n’ait ni de début ni de fin parfaitement entendable ?

Alors florissent théories du complot, terre plate, et pseudologies, qui ont le mérite de combiner l’aspect rationnel et séduisant dans une théorie, véhiculée par un mélange d’affect et de raison (le syllogisme n’est-il pas rationnel bien qu’inexact ?), et proposée à qui veut s’en approprier le sens. Car qu’il y a-t-il de plus séduisant que de penser penser par soi-même, grâce à soi ? Alors, il devient bien difficile de proposer une alternative, moins séduisante, peut-être un peu plus rationnelle ou un peu plus imprécise dans la vision du monde qu’elle propose ?

Notre société actuelle doit fixer des repères, poser un cadre, qui certes, peut ne pas plaire à tout un chacun. Elle choisit peut-être que c’est la pomme qui tombe sur terre et non la terre qui remonte à la pomme. Mais aussi parce que ces choix, sans cesse remis en question, en matière de médecine, sur la base des données acquises par la science confrontée à l’expérience du praticien et aux préférences du patient a montré une efficacité, une efficience. On réduit les risques, on augmente les bénéfices, pour tout un chacun et pour tout le monde, quand on raisonne de cette façon. Je pourrais m’étendre, mais à quoi bon : avez-vous déjà essayé de demander à un fervent catholique d’arrêter de croire en Dieu ?

Et à la rigueur, pourquoi pas, si un individu ne souhaite pas croire en la médecine actuelle et ses fondements scientifiques. Tant qu’il n’impose ses croyances à personne, qu’il ne met éventuellement en danger que lui-même, et que la société ne rembourse pas ses actes de foi au détriment de soins qui, eux, ont prouvé leur efficacité, et ne sont toujours pas remboursés.

Pour finir avec légèreté, rabibocher avec les complotistes, et m’offrir une petite sucrerie, permettez-moi de citer le crédo des Assassins de la saga vidéoludique « Assassin’s creed » qui se base sur deux affirmations : « Quand les lois des hommes tentent de te dicter ta voie, souviens-toi qu’aucune voix ne peut prétendre à prévaloir sur la tienne, puisse-t-elle venir de ceux qui disent citer ton Dieu. En cela rappelle-toi que rien n’est vrai. » & « Quand les chaines d’un asservissement quelconque te retiennent, souviens-toi que tu es libre de tes actes, et que personne ne peut retenir l’élan de la liberté. En cela rappelle-toi que tout est permis ».

« Rien n’est vrai. Tout est permis ». Démonstration et persuasion. Vérité et mensonge. Cœur et raison. Entre les deux extrêmes, un infini : l’éthique.

PS : j’apporte tout mon soutien aux médecins signataires attaqués par les syndicats d’homéopathes.

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6 réflexions au sujet de « Le point commun »

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  2. combien de deces du a ces pratiques.
    j’ai cherché Google ne m’a pas répondu.
    par contre pour les gastro enterologues j’ai la réponse:140 morts par an a la suite d’une coloscopie;
    1,4 million de coloscopies la plupart inutile.
    imaginez qu’il y est 40 morts par an a la suite d’une seance d’acupuncture ,la montée aux creneaux de tous les medecins afin que cesse immediatement ce charlatanisme meurtrié;
    signé : quelqu’un qui ne va ni chez l ‘acupuncteur ni chez l’ homéopathe mais une fois par an chez le medecin et c’est largement suffisant!!!

  3. Combien de vie abrégée par un traitement anti-cancer ? Par une traitement anti Alzheimer ? Combien de perte de chance de vie tranquille pour un dépistage de PSA ? Combien de faux positif avec chimio et mastectomie pour un dépistage à 40 balais de cancer du sein ?

    C’est bien beau de pointer la paille dans l’œil du voisin et ne pas voir sa poutre.

    L’avantage de pointer ce qui ne va pas chez les autres (et tout mélanger homéo + ostéo + acu + truc quantique + tout ce qui est bizarre) pour éviter de se regarder dans une glace.

    La iatrogénie c’est entre 20 000 et 30 000 par an, tous les ans, 250 000 personnes en 10 ans (la rougeole peut aller se rhabiller). Il faut combien de perte de chance par l’homépathie ou l’acupuncture pour que le bénéfice reste positif, vous qui avez un mooc de statistique ?

    Combien de traitements inutiles sur les 3,5 millions sous levothyrox ? Quel bénéfice des traitements statines. Ou est la science ?

    Le truc c’est que l’on mélange la traumato et la chirurgie avec le chamanisme de la prescription de chimie (que l’on retire en catastrophe ou en silence 20 ans après) pour montrer un bénéfice-risque positif. Mais si on reste sur le seul versant prescription de molécule, par certain que le bénéfice-risque soit positif d’aller chez le médecin.

    une chimio, c’est 2,3 mois (oui mois, pas année) d’amélioration de l’espérance de vie, pas certain que cela vaille la peine d’avoir 5 ans de merde pour gagner 2 mois merdiques.

  4. Un billet plein de bon sens (s’il en est !), de tact et mesure.
    Mais comme pour la religion et la politique, le débat risque de rester stérile … Surtout si on le rapproche d’un Habeas Corpus au lieu de juste discuter le remboursement par la SS.
    D’autant qu’Agnès Buzin en voulant éluder la question a peut-être involontairement choisi son camps.

  5. Fort bien exprimé. Vous indiquez votre attachement à votre formation scientifique donc, je pense, aux méthodes de percevoir la réalité qu’elle véhicule.
    Je suggère de faire le tri de tout ce qui, dans la science elle-même, est du domaine de la croyance.
    Juste une. La pensée, la mémoire, la conscience sont une fabrication de notre cerveau. Ça se tient où, ça marche comment, d’où vient ce genre de truc ?
    Des gens très sérieux, au niveau même de la physique fondamentale, travaillent dur sur ces questions. Les sciences de la vie sont très en retard.

  6. « Je suis une formation médicale. Et un truc d’éthique à côté. Pour autant, je suis attaché à l’aspect très scientifique de ma formation. »

    Faisons un test avec un sujet hautement polémique pour voir si vous êtes plus dans la croyance que dans la science (ça vous permettra de vous auto évaluer)

    Si je vous affirme que pour la plupart des vaccins commercialisés (et en tous cas ceux qui sont obligatoires), il n’y a quasiment jamais d’études cliniques qui démontrent leur efficacité protectrice réelle (mais juste des études d’immunogénicité, à savoir la simple capacité à produire des anti corps – qui ne détermine en rien la protection réelle, à savoir la suite de la réponse immunitaire – vu que la production d’anticorps n’en est que le début), qu’il n’y a aucune étude pharmaco cinétique de ces médicaments et de leurs constituants pris isolément, et encore moins d’étude de toxicité via des analyses dose/réponse.

    Me croyez-vous ? Irez-vous vérifier par vous même dans les notices déposées par les fabricants auprès de l’ANSM ? Que pensez-vous maintenant de « l’aspect très scientifique » du monde dans lequel vous évoluerez professionnellement ? Science ou croyance ?

    PS : lisez donc attentivement la section « pharmacodynamique » du vaccin nommé « priorix », qui est l’un des 2 ROR commercialisé en France.

    Maintenant relisez bien la tribune #Fakemeds, parce que ce que vous étudieé est en plein dedans, les vaccins n’étant qu’une caricature de trop nombreux scandales d’études bidonnées et de liens d’intérêts, comme l’a décrit le boss du prestigieux Lancet :

    http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(15)60696-1/fulltext?rss%3Dyes

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