La médecine en question ?

Les études, quelles qu’elles soient, vous plongent dans un domaine particulier dont elles cherchent à vous en dévoiler quelques-uns des plus sombres mystères … et vous n’en ressortez jamais indemne. C’est valable pour les lettres, où rhétorique et figures de styles deviennent vos plus belles armes ; en droit, où codes et procédures sont vos tables de multiplications ; ou encore en médecine, où le corps dans son ensemble vous semble toujours aussi complexe, mais dont les principaux mécanismes vous sont vaguement familiers. Ainsi, dans un domaine, l’étudiant devient peu à peu plus sage, et décrypte les secrets de sa matière jusqu’à conclure qu’il reste encore beaucoup de choses à éclaircir.

J’entame le long chemin vers la médecine, son monde si vaste et si cryptique. De l’anatomie à la pharmacologie en passant par la physiologie, l’histologie ou la sémiologie, je m’émerveille de la complexité de l’être humain, son fonctionnement, de la plus petite cellule à l’insondable psyché. Plus on souhaite en savoir, et plus on se heurte à l’inconnu, aux mystères, aux espoirs des chercheurs. J’ai aussi mis les pieds au milieu de terribles débats, des querelles de scientifiques, aussi anciennes que récentes : de Volta et Galvani sur l’électricité animale, la soupe ou l’étincelle et les prix Nobels volés (R. Franklin et la structure de l’ADN qui ne fut nobélisée que bien après…).

En faisant des études, certaines vérités nous apparaissent évidentes. Les enzymes sont généralement des protéines qui catalysent des réactions. Le corps n’est pas capable de synthétiser tout ce dont il a besoin : il existe donc des aliments « essentiels » ou « indispensables ». Il existe plusieurs causes aux maladies : les prédispositions génétiques, le mode de vie, le stress, les agents biologiques, physiques ou chimiques, etc. Nous sommes tous inégaux devant la maladie. Des vérités qu’on ne remet pas en question couramment, sauf lorsqu’une étude paraît pour revenir sur un des nombreux paradigmes médicaux, ce qui, pour ce genre de vérité, n’apparait vraisemblablement pas tous les quatre matins. Pourtant, il est vrai que certaines affirmations se sont conservées pendant des années dans l’histoire de la médecine avant qu’on ne se rende compte de leur inexactitude. C’est surement l’un des moteurs de l’evidence based medecine qui fait fureur ses dernières années : tout doit être documenté de sources scientifiques pour rétablir le patient, le soignant et le soin dans un cadre sérieux. Sortir de la toute-puissance du médecin, seul à bénéficier du savoir, savoir basé sur son expérience et les dogmes qu’il a appris par l’expérience de ses maîtres. La science met ses outils à disposition, pour une médecine moins arbitraire, plus logique, plus scientifique. Ainsi, la littérature médicale regorge d’informations diverses et variées, prouvant tout et son contraire, et viennent se greffer aux découvertes des enjeux financiers, politiques et économiques. Certaines grandes revues ne publient que les articles qu’elles tolèrent, certains laboratoires pharmaceutiques orientent le résultat des études selon leurs intérêts, et certains médecins avancent des théories en choisissant les études qui les confirment et passent sous silence celles qui les contredisent. Baignés, plongés, noyés dans cet océan d’informations, comment trouver les vérités cachées sous les machinations sociales qui les travestissent ?

Tombé, il y a quelques semaines, par hasard, sur un groupe de personne réfractaire aux vaccins, je me suis intéressé aux documents qu’ils s’échangeaient pour mener leur combat. Des articles journalistiques, des reportages, des livres écrits par certains médecins… mais également, beaucoup d’erreurs. Ainsi pouvait-on trouver, par exemple, dans un article qui, dès les premières lignes, indiquait clairement son avis sur les vaccins que les vaccins étaient responsables de l’augmentation de certaines maladies auto-immunes comme le SIDA, les otites et l’herpès, entre autres. Du peu que j’en sache, le SIDA est un stade d’une infection virale par le VIH, les otites sont des infections bactériennes ou virales, et l’herpès est également le fait d’un virus. Partageant mon opinion sur ce groupe, le contenu de mes propos qui visait à « rectifier » certains aspects de l’article sans pour autant donner un avis ferme et définitif sur la question des vaccins, n’a pas été analysé. Alors que mon objectif était simplement de mettre en garde contre la vulgarisation extrême de la médecine qui pouvait conduire à des informations en partie fausses, les premières réactions, très vives, ont mis en doute mon intégrité, déclarant que je n’étais qu’un médecin payé par l’industrie pharmaceutique pour défendre les vaccins. Que toute personne qui défendait les vaccins était nécessairement un « suppôt des labos », ou bien complètement « lobotomisé », car, disaient-ils, il était bien connu que l’industrie pharmaceutique finançait et enseignait en fac de médecine et que ses médicaments n’étaient fait que pour vous rendre malade afin de pousser le consommateur à en consommer davantage. Ainsi j’appris que l’OMS avait été fondée par les bras droit du parti nazi qui avaient par ailleurs œuvrés pour sortir Hitler de prison. Après quelques réponses données aux moins réfractaires à une conversation sensée, j’ai passé mon chemin.

Je ne sais que penser. Il est vrai qu’en tant que futur professionnel de santé, il convient de remettre en question le contenu de ma formation plutôt riche sur le plan scientifique (au détriment du plan humain …). En effet, il est inconcevable que, plus tard, le patient ne puisse recevoir une information intelligible, essayant d’empêcher un minimum l’effet nocébo par autosuggestion, sous prétexte que « je n’ai pas le temps de vous expliquer » ce qui, pour reprendre une formule du blog Alors voilà, lorsqu’on change beaucoup de lettres veut dire « je ne sais pas et/ou je ne veux pas vous expliquer ». Il s’agit par ailleurs d’une obligation du code de la santé publique et du code de déontologie.

Néanmoins, on peut se poser de sérieuses questions concernant ce phénomène : est-ce que les gens ont si peu confiance (ou ont tellement perdu confiance) en la médecine qu’ils en viennent à penser des choses pareilles ? Ou bien sommes-nous un peu trop formatés pour saisir leur propos sur le plan scientifique ? Et si les vaccins n’avaient vraiment pas été la raison de la disparition de certaines maladies graves ? Et s’ils induisaient bel et bien plus de maladies qu’il ne nous en protégeait ? Puisqu’ils pointaient des faiblesses de la littérature scientifique sur des terrains bien débattus (et de polémique actuelle) après tout, pourquoi ne pas se poser ces questions ?

Pour ma part, les vaccins m’ont toujours été présentés de façon positive, c’est vrai. On m’a dit qu’ils étaient impliqués dans la lutte contre les maladies graves, et que conjointement à l’amélioration des conditions hygiéniques et aux campagnes d’informations, ils contribuaient à l’extinction de ces maladies. On m’a appris les rudiments du système immunitaire, et rien ne m’a semblé susceptible de provoquer quoi que ce soit d’autre qu’une immunisation, sur le plan de la logique. Est-ce pour autant suffisamment de raisons me laissant dire que les vaccins, jusqu’à preuve du contraire, rendent service à la santé des populations et de l’individu ?

Se représenter l’autre, ses idées, ses opinions sur la médecine n’est pas toujours évident. Soigner quelqu’un par des antibiotiques devant une infection bactérienne par exemple, alors que la personne est convaincue que les médicaments ne sont que des poisons distribués par les sociétés pharmaceutiques pour nous rendre malade est sans conteste délicat. Cela nécessite un dialogue, une information claire et loyale, et surement, une formation. Car n’est pas bon « communicateur » qui veut. Plutôt que des cours de physique, pourquoi pas des cours comme ça ? Ah oui c’est vrai, c’est un job de généraliste. Il serait peut-être temps de les laisser entrer dans les facultés …

PS : si cela vous plaît, n’hésitez pas à partager sur facebook ou twitter 🙂

Le fond des cartons

cartonsMal au coeur d’abandonner tous ces précieux mots, commentaires déposés sur l’ancien blog. Mais tant de libertés ici. Avant, après, les contres, les pour, les moins, les plus … Les voici, ces mots qui me touchent toujours beaucoup :

  • Robert voudrait mourir …

    « Je ne connaissais pas l’histoire d’Hugo Claus, mais j’aurais tendance à croire – de manière très instinctive – que s’il a pris sa décision si tôt, il l’aurait prise également sous forme de suicide si l’euthanasie n’avait pas été légale. Peut-être que je me trompe : mon avis n’est pas réellement tranché et ça me parait bien. Selon moi, les écueils se trouvent dans un grand Oui, ou un grand Non comme réponse à la mort médicalement assistée : c’est une question trop dangereuse pour se montrer catégorique. Par contre, il me semblerait important de mobiliser des personnes – thérapeutes, régulateurs, psychologues – autour de tables rondes pour discuter de chaque cas de patient qui poserait la question de l’euthanasie. Cela implique qu’elle soit un minimum reconnue, pour être encadrée de manière maximale, au sens où ça ne devrait pas être la décision d’une équipe, donc d’un médecin (au final, c’est souvent lui qui a le dernier mot et qui porte le plus de responsabilité), mais le fruit de partages entre personnes impliquées de près ou de (très) loin dans la prise en charge du patient. C’est l’ouverture du débat qui importe, et surtout, de ne jamais le refermer : c’est là où l’on deviendra potentiellement dangereux.
    Au passage, j’ai plaisir à lire tes articles, qui sont bien écrits sans trop de véhémence. Mais tu as raison de nous secouer un peu pour qu’on se décide à commenter, nous, feignants internautes de passage. »
    Monoblogue

    « Merci pour ta franchise. Pour la clarté de ta parole. Pour avoir persévéré quand un professeur a tenté de te dissuader. Merci pour tout ce que j’ai lu, et ce que je n’ai pas encore lu. »
    Vio

  • Caprice

    « Tu as bien fait. Tes réflexions sont intéressantes et très bien écrites. Bravo. Pour ta démarche, pour ce que tu relates de ta vie. »
    Vio

    « Bonjour,
    Tombé sur le blog par hasard, je te félicite pour ta détermination et ton discernement sur tes capacités à réussir! Belle plume… un prof de lettres »
    Greg

  • Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre II – Que je t’aime, empathie, que je te haïs !

    « Woua woua woua. Je ne peux m’empêcher de continuer à te dire : continue à respirer avec ton coeur et à écrire aussi bien, aussi précisément »
    Vio

  • Comment réussir la PACES (Première Année Commune aux Etudes de Santé, dite aussi PAES) ?

    « Je viens de découvrir ton blog par un commentaire que tu as laissé chez Ten0fiv, et j’ai passé la soirée à lire tes archives. J’aime beaucoup ton style autant que les questions que tu soulèves. Je te mets dans mes favoris et attendrai avec impatience tes prochains articles. »
    Lazuli66

    «J’ai lu il n’y a pas longtemps sur un forum un espèce de débat sur le profil scientifique/littéraire en médecine. C’était vachement intéressant.
    Je me demande lequel des deux profils est un avantage dans ces études ?
    Je suis en P2 également, et c’est marrant car quand il s’agit d’avoir un raisonnement scientifique je me sens mal à l’aise.
    En fait, je pense que le monde de la littérature est plus accessible: il suffit de lire des livres, d’aller au cinéma, voire de dessiner… Le domaine de la science est beaucoup plus compliqué à comprendre, on aura toujours besoin de quelqu’un pour nous l’expliquer. Je crois que mon malaise vient de là: quand je lis mes cours je sais qu’il n’y a qu’une seule façon de l’aborder. Quand j’ouvre un livre, je me sens plus en confiance, je sais que je ne peux pas me tromper, je comprend les choses « à ma manière ». Je ne sais pas si tu comprends ce que je veux dire (?).
    J’avais lu quelqu’un qui disait un truc comme ça: « Mieux vaut être un littéraire, car avec du travail tu peux t’en sortir en science. Mais un scientifique, lui, même avec du travail, ne peut pas se forger une âme de littéraire ». Ca m’a laissée perplexe. Je me demande quel chemin est le plus difficile ? Littéraire -> Science ? Science -> Littéraire ?
    En ce qui concerne les profs de lycée, ils tiennent tous le même discours… Perso, j’étais tellement motivée que la parole des profs m’importait assez peu, j’en étais même agacée. Par contre, j’ai des amis qui ont peu de confiance en leur « intellect », ils étaient élèves moyens, et les avis des profs ont eu beaucoup d’impact sur eux. L’effet était d’autant plus amplifié que les amis dont je parle viennent d’un milieu peu éduqué, et ils ont donc placé une grande importance à la parole des profs ( plus âgés, plus « sages », plus éduqués que les parents, etc…).
    Voilà, j’espère que je ne suis pas trop confuse dans ce que j’ai écrit. Ce serait génial si tu pouvais me donner ton point de vue !
    A bientôt 🙂 »
    Made

  • Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre XIII – Dernières heures avant d’autres

    « Lire cet article me rappelle le bonheur que j’avais de ma place de stagiaire, de pouvoir m’attarder, « attendre l’autre », comme tu le dis. Les peurs, les angoisses des patients, auxquelles on ne peut plus prêter attention faute de temps, une fois diplômé. C’est d’ailleurs pour ça, essentiellement, que je ne travaille pas en MCO – dans la plupart des services, notre rôle se cantonne aux soins « techniques » et c’est bien dommage. Ceci dit, le service que tu décris a l’air de sortir de l’ordinaire, et tant mieux ! »
    Monoblogue

  • Le pouvoir des promesses

    « J’aime beaucoup ton blog, en particulier cet article, qui me rappelle pas mal de choses…
    Un néo P2 😉 »
    Néo

  • « Je n’en peux plus … »

    « Chouette article, tu écris bien et ça se lit tout seul.
    Je me souviens d’un cours que j’avais eu – l’intervenant était un « grand ponte » d’une médecine dont j’ai oublié la spécialité – où l’on parlait de l’annonce de diagnostic, et, au delà de ça, de la parole du médecin face au malade. Ce qui en ressortait et qui était très frappant, c’était que le patient était (très souvent) déjà presque abasourdi par la présence du médecin en face de lui (celui qui sait, celui qui peut, comme tu le décris). Cela étant, non seulement il ne retenait/comprenait quasiment rien de ce que le médecin pouvait dire (et pas seulement du fait des termes techniques), mais en plus il n’arrivait pas à poser ses questions sur le moment.
    Et c’était un cours dispensé pour nous, étudiants infirmiers, car il concluait que c’était bien souvent dans l’après-coup que ça se passait : c’était souvent les infirmières qui étaient par la suite questionnées, ou à qui le patient se confiait, demandait des explications, les mêmes qu’il avait déjà entendues sans vraiment les entendre.
    Plus tard, en stage, j’avais constaté que souvent, pour en arriver à ce que le patient « ose » questionner, ou parler de ses ressentis, il fallait « perdre » quelques minutes quotidiennes, s’attarder, faire fonction de présence, sans que ce soit pendant un soin (même si ces derniers constituent un précieux alibi).
    Bref, je ne sais pas si je m’exprime bien, mais ce que tu écris là me semble précieux, en tout cas la manière dont je t’ai lu fait ressortir ceci : même avec le savoir (que tu acquerras sans nul doute), avec le pouvoir de faire quelque chose de concret pour le patient (ne serai-ce que lui dire ce qu’il a), il y a cet « à côté », cette présence qui peut amener un peu de lien, et donc un peu de mieux-être, malgré tout.
    Enfin, c’est une vaste affaire dans laquelle entre évidemment en compte le lien resserré et complexe corps-psyché ; et je vais m’arrêter là pour que mon commentaire reste lisible… »
    « Effectivement, le manque de temps et aussi – dans beaucoup de services – le fait qu’on pare sans cesse au plus urgent ne facilitent pas la rencontre avec le patient en toute sérénité. Les médecins (comme les infirmières d’ailleurs) ne sont pas pressés parce qu’ils ont envie de l’être.
    Il y a des causes multiples à tout dysfonctionnement, mais il est plus intéressant d’y réfléchir de manière ciblée (« ce qu’il se passe là où je travaille »), car il y a souvent de lègères mais importantes nuances dans les fonctionnements et dynamiques des services.
    En tout cas, je sais que c’est pour ça que j’écris. Pour comprendre ce qu’il se passe où je travaille. Comprendre de ma place à moi ce qui ne dépend pas entièrement de moi. Et pouvoir ainsi agir sur les conséquences… 🙂 »
    Monoblogue

    « Les médecins nous en avons besoin pour leur savoir, pour leur médecine, mais il est vrai que le lien relationnel avec le soignant a aussi son pouvoir guérisseur. Je ne vois pas le jour où les médecins auront ce temps par contre. Comme thérapeute en relation d’aide je sais que mon travail au privé aide les patients dans leur vécu face à la maladie, mais tous n’ont pas la couverture d’assurance pour s’offrir un soutien thérapeutique et une relation d’aide psychologique. Les clsc sont débordés. Je ne suis pas dans vos milieux de travail, mais c’est probablement en vous impliquant dans vos mileux respectifs pour agir sur les conséquences et en apprenant à mettre nos ressources complémentaires au service des malades par le biais de références systématiques que nous pourrons améliorer les choses tranquillement.
    humblement avec vous ! »
    MadameLB

  • Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre VIII – Ces instants peu prolixes

    « C’est un plaisir de te suivre. Nouvelle blogueuse en herbe, j’en finis plus d’apprendre comment utiliser un blog. Mais je cherchais des bloggeurs bloggeuses de Montréal ou du moins du Québec, avec des sujets sur la santé.. tu es le premier qui me rejoint et que je mets dans mes favoris. Merci! »
    MadameLB

  • Premier bloc opératoire : la bilirubine est à l’honneur !

    « touchant d’entendre un futur médecin nous partager, non pas seulement ses connaissances médicales, mais ce qu’il vit derrière les gestes. On peut enfin voir l’homme avec un coeur, une sensibilité et des angoisses.. Merci de nous partager tout cela. De plus, votre talent pour l’écriture fait que vos textes me touchent beaucoup. »
    MadameLB

  • Premier interrogatoire : la promesse de la persévérance …

    « Très bel article ! Ça t’a donc surpris de voir un superchef aimable et enclin à prendre du temps pour les étudiants ? C’est à se demander où est la magouille là dedans :p
    En tout cas, je trouve très bien ces stages en L2, ça permet de voir autre chose que la théorie pure et des polycopiés….On n’a malheureusement pas ce système dans ma fac, ça me rend dingue parfois tous ces cours remplis de concepts barbares !
    A quel rythme sont ces stages ? Et combien de temps passes-tu dans le service ?
    J’espère que ça peut t’aider à apprendre la sémio; car chez nous avec les cours magistraux seuls, c’est assez difficile d’apprendre efficacement. »
    Made

  • L’épopée de la Blouse

    « On se situe uniquement du point de vue des connaissances, alors ouais les médecins médiocres tuent les gens. Mais heureusement tu as encore beaucoup de temps devant toi pour apprendre et t’améliorer ! Pour apprendre dans de bonnes conditions il faut être tolérant avec soi même les premières fois ^^
    Bon Courage ! »
    « « Mais même au-delà de ça, vous devez travailler, et savoir. Sinon, vous deviendrez des médecins médiocres. Et les médecins médiocres, ils tuent des gens. »
    Au fait, tu devrais regarder ça: http://www.ted.com/talks/lang/fr/brian_goldman_doctors_make_mistakes_can_we_talk_about_that.html
    Je retire ce que j’ai dit précédemment, j’ai parlé trop vite…
    Bon WE ! »
    Made

  • A l’hôpital, il y a …

    « Je te souhaite de garder toujours cette humanité qui sera précieuse pour tes patients. »
    Lazuli66

    « Je découvre votre blog et je suis complètement d’accord avec Lazulli66…
    Cette humanité qui manque tant…… »
    Joëlle

  • DocAdrénaline à la rescousse !

    « MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI !!!!!!!
    Je suis plus que touchée.
    Et ravie que tu aies retenu les bases essentielles de l’algorithme de prise en charge de l’arrêt cardiorespiratoire.
    Encore merci.
    Émue ++++++++++ »
    DocAdrénaline

DocAdrénaline à la rescousse !

Je fais une pause dans les révisions. Une pause qui s’éternise et qui ne devrait pas. En même temps, je suis un peu déprimé. Oh, j’exagère. Mais lors de mon examen de master de neurosciences (oui, je fais un master de biologie en parallèle des études médicales, ce que beaucoup d’étudiant en médecine font), je n’ai pas pu le terminer. Faute de temps, mauvaise gestion du recopiage du brouillon d’une analyse d’article donnée. Je suis noté sur 15 au lieu de 20. C’est dommage. Et ça me rend grognon.

Mais le pire est à venir. Les vrais examens de médecine. Enfin … j’ai peut-être parlé un peu vite. La réforme a instauré des matières cachées sous des noms alambiqués en deuxième année de médecine. Des matières très utiles, si si ! Par exemple, l’unité d’enseignement « Bases moléculaires et cellulaires des pathologies » se décline en deux blocs : la biophysique et la biologie. Pour le second, bien sûr, il en faut. Mais pour le premier ? Apprendre les théories de l’atome, la manière de produire des rayons X, d’utiliser les rayonnements nucléaires, les principes de l’analyse compartimentale, oui, c’est utile pour la culture G. Et pour ne pas paraître stupide si un patient demande ce que sont les rayons X. Mais de là à en calculer l’intensité, l’absorption, le phénomène de collimation, et j’en passe, très sincèrement, laissons aux scientifiques ce qui est au scientifiques. On a assez de chose à découvrir et à apprendre comme ça. Ah oui, je peux vous dire comment fonctionne une IRM. L’écho de spin, le codage par la fréquence, l’excitation sélective, les bobines supraconductrices, du T1 au T2 en passant par le TR et le TE. Très sincèrement, je me vois mal dire à un patient « Bon, je vais vous faire une IRM dont j’analyserai la séquence T1 dans un champ de 3 Tesla et quelques, vous voulez les détails techniques ou je passe directement à ce que j’attends de cet examen ? ». Vous l’aurez compris, la physique et moi, on s’entend comme larrons en foire …

J’étais sensé faire une pause. La fac s’en est chargée pour moi. Elle a organisé une journée de formation aux gestes d’urgences. Oui, la même chose que l’on fait lors de la journée d’appel de participation à la défense. En peut-être un rien de plus approfondi.

Je dois vous l’avouer. Toute cette journée, j’ai pensée à Docadrénaline nous faisant un cours, avec l’humour formidable qui se dégage de ses messages si bien écrit (qu’elle le veuille ou non, moi je les trouve magnifiques). Sa bonne humeur, ses anecdotes, et son caractère pédagogue. Je ne la connais pas vraiment, mais c’est ce que je ressens du personnage. Pardonnes-moi si je t’offense, et si tu venais à tomber sur ces lignes, mais je me suis imaginé l’anesthésiste en face de nous se transformer en urgentiste avec des jouets et des schtroupfs pour nous expliquer la PLS ou le massage cardiaque.

Si vous arrivez dans le supermarché, vous êtes au rayon chocolat, et soudain, un monsieur s’écroule. Que faire ? Kinder surprise ou Lindt ?

Premièrement : lâcher les chocolats. Vous les donnerez à Docadrénaline quand elle arrivera, si elle est en hypo.

Deuxièmement : approchez-vous de l’homme. Demandez-lui de vous répondre. D’ouvrir les yeux. Prenez ces deux mains et demandez-lui de vous les serrer s’il vous entend. Sans réponse de sa part, pincez-lui la pulpe d’un doigt (de chaque côté : imaginez que l’homme est hémiplégique!). S’il ne réagit pas, dîtes : « Il est inconscient, appelez les secours » (si vous n’avez pas un acolyte chocolatovore avec vous, et que le supermarché est désert, vous risquez d’être embêté à cet instant).

Troisièmement : s’il ne commence pas déjà à se changer en schtroumpf, vous n’êtes pas sûr qu’il ne respire pas. Pour bien faire, pensez CCC : col, cravate, ceinture. Dégagez ces zones qui pourraient gêner la respiration. Tirer légèrement son visage en arrière pour dégager les voies respiratoires. Puis, penchez-vous de sorte à sentir la chaleur de son souffle sur votre joue, placez une main sur son ventre et attendez 10 secondes. Si vous ne sentez aucun souffle et que votre main ne se soulève pas (le rythme « normal » dirons-nous étant de l’ordre de deux-trois ventilations au moins – inspiration/expiration – pendant ces 10 secondes), annoncez « il ne respire pas ».

Troisièmement bis : Votre acolyte chocolatovore a sûrement déjà décroché son téléphone. Il a composé le 15, (ou le 112 en Europe), s’est présenté, a donné son numéro de téléphone et a géolocalisé très précisément l’endroit : « Allo bonjour, c’est untel au rayon chocolat du supermarché de X-ville, on aurait besoin de Docadrénaline en toute urgence (pour changer) ! ». Pimpompimpompim… A cet instant, il précise « l’homme est inconscient et ne respire pas ».

Quatrièmement : pendant ce temps, vous, secouriste improvisé, pouvez si vous savez le faire prendre le pouls au niveau de la carotide (artère du cou). Ceci pendant 5 secondes, mais a priori, si le type ne respire pas, il y a peu de chance que son cœur fasse la fiesta. De plus, masser un cœur qui bat n’a pas grande importance, et vous admettrez qu’en cas de doute, il vaut mieux faire un massage que laisser le cœur en arrêt. Pas convaincu ? Et si je vous disais qu’on perd 10 % de ses neurones par minutes où le cœur ne bat plus ? Toujours pas ? Très bien, je rajoute qu’en moyenne, en grande ville, les secours mettent 7 minutes pour arriver. Faites le calcul (même moi qui suis nul en maths, j’arrive à la conclusion que le massage, c’est une bonne idée, je compte sur vous pour me dire si je me suis trompé !). 7 minutes. Le temps que Docadrénaline puisse chaleureusement inviter les automobilistes à la cataracte sélective de s’écarter un peu pour laisser passer le gros véhicule qui brille et qui braille. Alors que vous, la bonne âme en panique, vous regrettez amèrement de ne plus faire de sport depuis 2 ans de première année de médecine pendant que vous enfoncez deux fois par seconde au moins vos talons de la main dans la poitrine de monsieur l’inconscient en arrêt cardio-respiratoire. Au moins 5 bons centimètres de profondeur. Tenez-bon. Si vous dégotez un défibrillateur, il vous encouragera. Quoi qu’il en soit, vous n’aurez plus besoin de faire des pompes pendant deux-trois jours. Quand Docadrénaline arrivera avec sa télé, vous lui passerez la main, et éviterez de tomber dans les pommes. Offrez-lui un chocolat ou deux. Et des croquettes pour chat !

Et à cet instant de mon délire, je suis sorti des vapes soporifiques de la digestion avant de retourner finir cette journée dans un état de conscience plus adapté à la société. Cependant, j’aimerai dédier cet article (à mon grand malheur pas aussi bien que je l’aurai voulu) à Docadrénaline. Pour ces messages, son accessibilité, sa gentillesse, son professionnalisme, et pour l’empêcher de se dévaloriser sans arrêt. Il va falloir que je constitue un panthéon, car tu en feras partie.

Aller, retour aux révisions. Si je veux espérer faire quelque chose de ma vie un jour. Pourquoi pas urgentiste ? Sans doute parce que je n’aurais jamais ni les compétences, ni la confiance en moi requises !

Remarque : le massage cardiaque est indiqué pour les personnes inconscientes ne respirant pas (ou très très peu ~ à peine un souffle sur les 10 secondes). Il convient d’annoncer l’heure du début du massage cardiaque. On distingue une période où la circulation était suspendue (le temps que vous interveniez et que vous vous en rendiez compte) et une période où la circulation était très faible : votre massage cardiaque. En effet, au mieux, vous insufflerez un débit d’à peine 20 % du débit cardiaque normal. Mais c’est mieux que rien. L’objectif étant de l’interrompre le moins possible avant l’arrivée des secours de Docadrénaline. Les défibrillateurs accessibles dans les espaces publiques vous guideront dans leur utilisation, par indications orales. Lorsqu’une personne respire mais est inconsciente, il faut la mettre en PLS : position latérale de sécurité. Si elle est allongée sur le dos, redresser la jambe à l’opposée du côté où vous voulez la faire basculer. Pliez-là, de sorte à ce que le bout de son pied passe très légèrement sous le genou de l’autre jambe. Attrapez le bras du côté où vous voulez la faire tourner, et placez le à 90° du corps, puis pliez-le de nouveau à 90° avec l’axe du bras. Saisissez l’autre bras, et placer le dos de sa main contre la joue du côté opposé. Faites ensuite tourner la personne sur le côté, une main sur son bassin, pour mobiliser le dos le moins possible. Dégagez les voies respiratoire, et rester à l’écoute. De plus amples informations, et bien mieux détaillées vous sont accessibles sur le net, sur diverses associations de secourisme. D’ailleurs, voici un article de Docadrénaline où vous trouverez de quoi abreuver votre curiosité …

Stage d’initiation aux soins infirmiers

Journal du DFGSM 2 : Stage d’initiation aux soins infirmiers.

– Premières pérégrinations de l’étudiant en médecine –

Introduction
Angoisse, attente, destin inéluctable. L’hôpital n’était peut-être pas spécialement nouveau pour le bientôt étudiant en médecine que j’étais, mais je ne pouvais empêcher mon cœur de battre la chamade à l’idée que, prochainement, j’arpenterais les couloirs du CHU en portant une blouse. Prise de sang, Perfusion, certes, mais aussi beaucoup d’humanité ? Seul l’Avenir me le dira, et il n’y a pas meilleur romancière que la destinée.

I. La grande découverte.
II. Que je t’aime, empathie, que je te haïs !
III. « L’art est long et le Temps est court ».
IV. Concision.
V. La générosité de la Peur.
VI. Tous pour un !
VII. Du papier au patient.
VIII. Ces instants peu prolixes.
IX. Stupeur et effarement …
X. Télégramme de minuit.
XI. Révélation.
XII. Perles et cannelés.
XIII. Dernières heures avant d’autres.

Conclusion
Excellent service, excellente équipe médicale et paramédicale, excellent stage. Que du bonheur, beaucoup de travail, énormément d’apprentissage. Des angoisses qui s’envolent, petit à petit, et laisse un peu d’air à l’espoir jusque là asphyxié de devenir un jour, un médecin, et si possible, un bon médecin. A toutes celles et tous ceux qui m’ont tant appris jusqu’ici, merci.

Caprice

Caspar_David_Friedrich_032_(The_wanderer_above_the_sea_of_fog)

Le voyageur contemplant une mer de nuage,
Caspar David Friedrich

                La blague

Je ne me souviens même pas de l’heure. Il était soit très tard, soit très tôt. J’avais probablement hésité entre un des bouquins qui traînaient, à moitié entamés, sur le bureau et une visite non productive du net. J’avais dû opter pour la seconde option, ouvrir le navigateur, poser mon menton dans ma main gauche et regarder avec des yeux de merlan frit le moteur de recherche qui me sert de page d’accueil. Et c’est la légendaire hésitation qui, comme une sorte de phobie de la page blanche, nous cloue sur place, incapable de savoir précisément ce qu’on veut taper dans ce petit rectangle ridicule. Passé un long moment à se demander si on ne ferait pas mieux de fermer la page et d’aller faire autre chose, je me lançais : « Blog étudiant médecin ». Comme d’habitude. Quelle originalité !

Et puis … dans les quelques milli-secondes que Google, tout fier, inscrit sur la page des résultats, une idée germa. Non … quand même pas. Moi ? Écrire un truc comme ça, sur ma vie et mes états d’âmes de petit soignant sans intérêt en devenir ? Pourquoi faire ? A quoi bon ? Je veux dire, qui, parmi toute la populace humaine, trouverait un quelconque intérêt à venir lire mon blog. Argh ! Ça y est, le mot est lâché. Je voulais faire un blog. Qui plus est, un blog de médecine !

Pour rester dans le thème poisson, je pourrais sans hésiter comparer mon regard du moment à celui d’un hareng à peine frais, tout juste déposé sur l’étalage d’un marchand qui, compte tenu de l’état de sa marchandise à faire pitié aux passants, inscrirait sur une pancarte en rouge et jaune fluo : « Promo : un hareng hagard acheté, -50% sur l’ensemble de votre panier ! ». Plus sérieusement (ou presque) je restais comme un idiot à regarder sans les voir les dizaines d’excellents sites que je m’étais, l’espace d’un instant, imaginer imiter. Et alors que je commençais à me voir valider des commentaires constructifs, relever des problèmes éthiques dans mes posts, constater des statistiques montrant 50 visites par jours, je me suis soudain tordu de rire tant j’étais crédule, stupide et naif. Puis j’ai éteint l’ordinateur pour me consacrer à autre chose, la larme à l’oeil.

                Inception

Je vole un titre d’un bon film. Chacun ses goûts me direz-vous. Néanmoins, ce n’est pas que le titre que j’emprunte. Le principe de cette toupie, objet fétiche d’un des voyageurs dans l’inconscient d’autrui, qui est une sorte d’ancre pour lui permettre de distinguer le rêve du véritable, et qui se retrouve enfermée dans un petit coffre au fin fond de l’esprit de son propriétaire, et la folie en découle … C’est ainsi que le personnage interprété par Marion Cotillard devient folle, persuadée que la réalité n’est pas réelle et qu’elle est encore prisonnière d’un rêve.

Je ne compte pas encore me jeter sous un train et encore moins vous encourager à me rejoindre sur les rails. Toutefois, depuis que cette idée saugrenue (de créer un blog bien sûr!) m’est entrée en tête, impossible d’en chasser les résidus parasites qui résistent encore et toujours à ma négation implacable. Si bien que, des morceaux de phrases, des idées de messages, et d’autres calembredaines viennent sans arrêts augmenter l’entropie déjà considérable de mon petit esprit tordu. Je tiens bon, mais j’en ai marre : j’ai déjà une première année de médecine ratée, mon deuxième essai en cours et je ne compte pas passer à côté de ce qui me semble être une bonne future carrière à cause de ses inepties …

                Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis … il paraît.

Bon et bien je dois être un bel imbécile. Car on peut dire ce que l’on veut, s’opposer farouchement à son idée de départ puis finir par s’y résoudre, ce n’est pas changer d’avis. C’est s’accepter soit même, avec toute sa crédulité, sa naïveté et son imbécillité. Peut-être que si j’avais raté mon année, que je n’étais pas sur le point d’entrer en deuxième année de médecine, je l’aurai enterré cette idée de blog. Qu’à cela ne tienne, selon Oscar Wilde et une très mauvaise émission de télé-réalité : « Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ! ». Fort bien, nous y voilà. Pour le meilleur (puissiez-vous en trouver!) et surtout pour le pire (car il y en aura pas mal!).

C’est ainsi que j’inaugure Litthérapie, contraction de Littérature et Thérapie, vous comprendrez/comprenez sans doute déjà pourquoi … Bonne visite, si le cœur vous en dit !