Quête spirituelle ?

Obsédé chaque instant, par le temps qui s’en va
Par le temps qui s’enfuit, par le temps qu’on n’a pas,
Et ces rares moments de prise de conscience
Du Vrai éphémère de la vive existence.

En cet éveil accru, la vanité du monde,
Les combats superflus et nos excès immondes.
Pourtant nos yeux ouverts regardent sans le voir
L’invisible essentiel où se cache l’espoir.

Perclus au sein des murs nés de nos habitudes
Dessinant les couloirs de notre lassitude,
Notre esprit comme un lion s’emmure dans sa cage.

Quand le temps se fait peu, ces briques nous enragent,
Et quand tombent les murs notre lion rebelle
Explore l’horizon d’un tout autre réel.

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Fantômes

Ils ont les yeux ouverts quand nous les avons clos.
Ils nous voient derrière les rires et sanglots.
Ils aiment les heures blanches des longues nuits
Pour surgir sans pudeur du fond de notre esprit.

Leur visage blafard, leur mine à l’agonie
Le ton de leur regard plus fort qu’un cri.
Leur lutte terrassée pour un souffle éphémère,
Pour une éternité, gravée sur nos paupières.

Leurs iris larmoyants jugent avec fureur,
L’injustice, le temps, l’inconfort, la douleur,
Nous, impuissants, en blanc, qui portons dans le cœur,

Les fantômes d’avant, nos doutes, nos erreurs,
Le grand cimetière derrière tout soignant,
Son discret murmure : nous sommes tous patient.

Victor Hugo sur son lit de mort, par Désiré François Laugée

Nos blessures secrètes

On ne se rend pas compte alors que nous vivons,
Des liens que l’on sème, des amours que l’on traine,
Des rêves qu’on escompte : seul le poids de nos peines
Se fait le chrysanthème des cœurs que nous brisons.

Des histoires et folies se cachent en sourires,
Qui parsèment nos vies en mille souvenirs.
Sur l’éphémère temps, ils s’inscrivent, fugaces,
Et en quelques instants, ils perdent toute trace.

Quand un amour passé se meurt brutalement,
Il laisse sur l’âme comme une plaie béante,
Jamais cicatrisée, toujours sanguinolente,

Témoignant sans manquer, indiscutablement,
Que notre existence est soumise à l’habile
Influence vile d’un mal indélébile.

Hypocondrie tranchée

Vertiges et frissons : ainsi, je suis malade.
Étonnante affliction que dès lors, je balade,
Où sans le moindre froid mon échine s’agite,
Et ce grand désarroi ? Et mon cœur qui palpite ?

Doctoresse Raison, que penser de ces signes ?
Le syndrome sans nom, hésitation maligne,
Mal cryptogénique, anosose essentielle,
Fièvre idiopathique et trop tiède toutefois…

Le traitement suivant est celui qui fait foi,
Les preuves s’amassant, puissantes et plurielles :
L’hyper-tergiversion se règle par un choix.

Non substituable, en une prise une fois.
Guérison : cent pour cent des patients qui choisissent,
Récidivent souvent, et parfois s’épanouissent.

 

A la team du 18 Septembre 2018.
Aux indécis chroniques.
A tous les choix de la vie.
Et au bonheur. 

Accès de rage

Potage bouillonnant d’acide chlorhydrique
Abdomen grommelant, aux crampes frénétiques.
Je râle en agitant les flammes qui m’habitent
Et chauffent le venin que, las, je régurgite.

Maléfiques torsions et relents d’amertume
De ce bol corrosif, syndrome dyspeptique,
Et sa lente ascension vers une fin tragique
Dans une gorge à vif et pleine d’écume.

Se dressent violemment des envies de massacres
De ravages absolus, de visions écarlates :
Un carnage éternel ! Qu’importe les stigmates !

La vague déchaînée se meurt sur le rivage
Et rentre en ruisselant dans un océan sage.
Colère naguère n’est que souvenir âcre.

 

A confronter avec la clinique

Je vois tous les matins des millions d’images
Les secrets de leurs maux aux mille et un signaux
A ces humains blessés au creux de leur cerveau
Sans jamais ne croiser un seul de leur visage.

A l’aide de rayons et prodiges de science,
Un corps saucissonné en coupes virtuelles
Illumine l’écran, palette gris pastel
Dont les nuances forgent notre connaissance.

Dès l’aurore je vois, dans ce coin de pénombre
Temple des mots de maux, où les blouses des ombres
Suggèrent les raisons du boucan des organes*.

Midi passé, je sors, et je fais soudain face :
Deux signaux liquidiens, lignes paramédianes,
Sous les yeux effrayés d’un homme au corps de glace.

 

* René Leriche : « La santé c’est la vie dans le silence des organes »

La Leçon d’anatomie du docteur Tulp (Rembrandt, 1632)

Brèves sémio-poétiques – Partie II

Sur un visage las et au regard tragique,
Des yeux portent des flammèches hémorragiques.
Se trace son vague à l’âme hémodynamique,
En traits agités par un orage rythmique.

Et le regard fuyant vers un ciel trop serein
Le tonnerre omis pour une lune de miel
Où fuitent les idées et naissent sur son sein
Angiomes stellaires et silence sépulcral.

Son thorax en carène où son cœur en carafe
A arrêté, enfin, la torsade de pointe.
La vie, sans valeur, quitte des genoux marbrés.

Carapace vide d’un Cotard exaucé,
Où reposent en paix deux cents os de cristal,
Quelques taches rubis et un collier de perles.

De nouveau, merci twitter pour tes suggestions d’expressions médicales. Surtout, continuez de m’en envoyer !