Chapitre XXV

Bêtement, en ce moment, j’écris un roman. Je ne pense pas le publier, sans doute trop intime peut-être. Ou peut-être que je ne le sens pas encore trop abouti. Bref on verra. Toujours est-il que ce chapitre m’a semblé important. Et puisqu’il colle bien au thème de mon blog, je me suis dit, pourquoi pas ? Surtout qu’il n’a pas besoin des 24 chapitres précédents pour être intelligibles. Il est tout chaud, il vient de sortir de mon clavier. Alors peut-être qu’il changera. Mais je l’aimais bien comme ça.

Dans ma blouse, je me sens parfois un peu ridicule. Un peu illégitime. Pourquoi sous prétexte que je suis étudiant, je peux me permettre d’entrer dans l’intimité des gens, de les voir avec leurs souffrances irrémédiables, et de les confronter à mon incompétence ? Pour que j’apprenne ? Puis-je apprendre ainsi ? A ne pas savoir poser mon stéthoscope sur le corps d’une femme parce que dans les livres, ce n’est montré que sur des torses d’homme plutôt musclés ?  A ne pas oser palper les ganglions inguinaux, parce que c’est assez intime et que c’est un geste que tout patient préfèrerait plutôt rapide mais que jeune et inexpérimenté, je suis obligé de faire avec lenteur et gêne ? A devoir reposer toutes les questions auxquels ils ont déjà répondu et dont les réponses sont inscrites dans leur dossier parce que le chef de clinique veut savoir si je suis capable de mener correctement un interrogatoire ? « Et sa femme, elle est morte de quoi hein ? ». Je n’en sais rien, mais vu les larmes qu’il avait dans les yeux, je n’ai pas voulu le lui demander. « Oui mais il faut le savoir, ça peut être important ! ». « Et sa femme, est-ce qu’il la trompe ? ». Je n’en sais rien, ils avaient l’air vraiment amoureux vu la façon dont il m’en parlait. « Et alors, faut-il nécessairement ne pas aimer pour aller voir ailleurs ? ».

Peut-être bien ? Qu’en sais-je moi, à peine vingt ans, toutes les naïvetés du monde en pleine explosion dans mon cerveau naissant ? Je vois l’amour comme un chemin à deux, main dans la main, vers la même direction. Et quand l’un peine à avancer, l’autre le réconforte et l’entraine, et vice-versa. Partenaires invincibles, infaillibles, indéfectibles. Parce qu’y croire n’annihile pas la peur, mais la chasse assez bien.

Avec mon marteau réflexe et ma lampe de poche, je tape sur des genoux et éblouie des pupilles. Je note les réflexes ostéo-tendineux, les déclenche un peu partout, tâche de m’expliquer au mieux. Je relève le reflexe photo-moteur lorsque les pupilles se contractent. Je me plonge malgré moi dans ces yeux souffrants, souvent plus vieux que les miens, et qui ont vus bien des choses. Parfois, je me laisse happer par le désespoir d’une vieille patiente, qui tient à me raconter une vie en Angleterre que tout le monde dit qu’elle n’a jamais connu. Je me laisse surprendre par une autre dame d’âge avancé, qui me dit à quel point c’est agréable un jeune docteur qui sourit. Je me laisse frapper par le malheur d’un homme qui sent venir la fin, et me demande avec frayeur si c’est le bout du rouleau, s’il reverra sa femme et ses enfants, s’il y aura du bonheur, pour elle, pour eux, pour lui…

Derrière ma blouse blanche, je suis une âme qui se prend des flèches en pleine poitrine. Qui essuie des larmes autant qu’elle peut, s’en imbibe, et les vide dans les toilettes ou sur des carnets d’écriture. Je suis une âme qui se veut être la plus pure possible, mais à laquelle l’humanité rappelle ses plus noirs côtés. Je suis une âme un peu troublé de fréquenter ces autres, ces semblables souffrants ou soignants, ces êtres vivants. Parce qu’il y a la douleur, la peur, la colère, la joie, le chagrin, le dégout, la tristesse, le plaisir, l’espoir, l’amour. Parce qu’il y a toutes ces choses et mille autres encore. Parce que je les reçois dans la figure, et que rien ni personne me m’explique qu’en faire, qu’en gagner ou qu’en laisser.

Parce que quand je rentre dans une chambre, un peu maladroit, un peu malhabile, je referme la porte. Je me présente doucement. Trop doucement parfois, alors je répète un peu plus fort. Parce que je les appelle avec leur nom. Parce que je me demande toujours où est la limite entre l’intrusion mécanique et médicale, et la rencontre délicate et humaine. Parce que l’humain, c’est difficile, et il y en a qui aiment quand c’est mécanique et sans chichi. Parce qu’il y en a d’autres qui ont besoin d’être accompagnés, rassurés, entendus. Parce que quand des yeux se lèvent, après avoir entendu un médecin leur vomir sa science, ou après un long silence, ou après mon entrée, j’aimerai pouvoir toujours m’approcher, m’assoir un peu plus bas que le lit, rencontrer ce regard, et parler posément.

– Je vous écoute.

Spécialités médicales : choisir c’est renoncer …

ChoixPostECNCe weekend, c’est un article acheté, le deuxième offert ! C’est surement à cause d’un virus à la noix. Vous ne saviez pas que les virus se cachaient dans les noix et qu’un coup de pince mal placé et BAM ils vous sautaient au nez pour des jours et des jours de toux, de morve et de fièvre ? Une fièvre handicapante par ailleurs. Et lorsque l’hyperactif que je suis en est atteint, les manifestations sont multiples et … inattendues ! Aussi, je m’excuse pour la blogorhée, surement l’un des nombreux symptômes de cette montée de température … ou d’un autre virus. Ou les deux.

En plus, je voulais partager une idée sérieuse et cette introduction n’est peut-être pas la meilleure. Toutefois, cela relativise un peu les choses et permet de: 1/ montrer que je ne suis qu’un étudiant en médecine qui essaie de réfléchir, 2/ alléger un peu mon style que beaucoup jugent assez lourd et alambiqué, et 3/ faire passer le message de façon plus digeste pour les défenseurs du « 2/ ». Alors allons-y.

A la faculté de médecine, il existe beaucoup d’étudiants (enfin, beaucoup, autant que le numérus clausus et sa politique le permettent). Des étudiants de tout type, de tous les horizons, aux multiples idées. Quand on est jeune, un « bébé docteur », que l’hôpital n’a pas encore posé sa marque sur les esprits, on a parfois une vision assez naïve et simpliste de la médecine. Quelle est la conversation classique entre deux étudiants qui se connaissent plus ou moins (ils se sont croisés, au choix : 1/ à la dernière soirée, complètement bourrés, 2/ dans l’une des nombreuses associations étudiantes qui existent à la faculté, 3/ dans l’amphithéâtre, parmi les 5% de la promo qui y vont régulièrement, soit parce qu’ils étaient « de ronéo » c’est-à-dire que c’était à leur tour de prendre le cours et de le mettre à disposition de toute la promo, soit parce qu’ils faisaient partie du fan club des amphithéâtres, 4/ à la BU où ils passent une bonne partie de leur temps parce que « les cours ça ne sert à rien en P2-D1 vu qu’il y a la ronéo » ; notons que 1/ n’empêche ni 2/, ni 3/, ni 4/ bien que souvent 1/ et 3/ soient peu observés simultanément) ?

Selon les cas, la conversation démarre par :
1/ « Tiens, t’étais pas à la dernière soirée ? »
2/ « Ah salut ! Dis-moi, c’est quand la prochaine séance de Théâtre/Fanfare/association humanitaire/etc. ? »
3/ « Salut ! Le cours était nul/bien/intéressant/plutôt moyen je trouve, non ? »
4/ « Salut ! T’as trouvé où le livre « Neuro-anatomie » ? Il n’est plus édité depuis 2008 ! »

Après quelques banalités, il arrive un moment ou l’autre la fameuse question. Dès que l’ECN pointe le bout de son nez dans la discussion. Le « plus tard », l’avenir. Votre future identité presque. « Tu veux faire quoi comme spécialité, toi ? ». Les réponses sont très diverses. Autant certains savent déjà que la chirurgie est exclue, autant d’autres ne jureraient que par elle. Les mitigés sont également de la partie, ne renonçant pas à son côté attrayant, mais ayant tout de même envie d’un patient avec « du répondant ». On entend malheureusement rarement un tonitruant « Santé publique ! » ou « Médecine du travail ! ». Force est de constater que ces disciplines ne sont pas toujours présentées de manière très alléchante en cours. Enfin, quoi qu’on en dise, beaucoup considèrent la médecine générale comme une possibilité d’avenir sérieuse.

Mais, car il y a toujours un « mais », il s’agit souvent d’une option. En effet, il existe pas mal de mes camarades (encore une fois, aucune de ces affirmations n’a fait l’objet d’étude, je ne vous parle que d’un ressenti global donc forcément un peu biaisé, mais, je l’espère, pas pour autant complètement faux), pas mal de mes camarades donc qui envisagent une spécialité quelconque « ou médecine générale ». Moi-même, refusant la chirurgie pour un besoin de réponse de la part du patient, et me plaisant (sottement ?) à ne pas me restreindre à une spécialité d’organe, j’ai tendance à répondre : « j’aimerais bien faire de la médecine interne, si j’y arrive (ce qui, entre nous, me semble très peu probable … l’espoir fait vivre !) ou bien médecine générale ». En disant cela, j’ai toujours l’impression de déprécier la médecine générale, d’en faire une « sous-spécialité », un « choix par défaut ». Pourtant, ce n’est pas tout à fait le cas : j’hésite vraiment à m’engager dans cette spécialité pour de multiples raisons (suivre « mes » patients, l’importance du dialogue, la transversalité, etc.). Néanmoins, la médecine interne m’attire également, et l’expérience, au travers les stages que j’ai effectué (infirmier, sémiologie) et surtout que j’effectuerais, m’amènera peut-être à préférer l’oncologie, la médecine palliative, la réanimation, la néphrologie ou encore définitivement la médecine générale, qu’en sais-je ?

Toutefois, je me pose la question suivante :

Pourquoi ne peut-on pas envisager une double spécialité ?

Avec, par exemple, la médecine générale (moyennant bien sûr une formation dans sa spécialité ET dans la médecine générale sachant qu’en principe, la formation de la seconde empiète nécessairement un peu sur la formation de la première) ! Est-il si dérangeant qu’un cardiologue puisse se former à la médecine générale et pratiquer 3 jours par semaine à l’hôpital en tant que cardiologue, puis 3 jours par semaine au cabinet en tant que médecin généraliste ? Ou tous les matins à l’hôpital, tous les après-midi au cabinet ? Surtout dans les zones où on manque de médecins (et de beaucoup d’autres choses aussi …).

Certains diront que c’est un coup à faire perdre à la médecine générale son état de spécialité médicale. Que les médecins généralistes qui ne sont pas « double spécialistes » seront dépréciés. Qu’on ne peut pas bien faire plusieurs choses à la fois. Qu’administrativement, c’est d’une complexité incommensurable ! Et que la fièvre a dû faire de sacrés ravages dans mon petit poids de cerveau pour faire naître une idée pareille. Je comprends ces arguments (et pour la fièvre, je confirme). Mais la médecine, quelque soit sa spécialité, reste de la médecine. Pour certaines spécialités comme la médecine interne, la réanimation, ou même la médecine du travail, le savoir se recoupe beaucoup (théoriquement) avec celui du médecin généraliste, non ? Il y a bien des médecins qui, forts de leur DESC, inscrivent sur leur plaque : Dr X. spécialiste en médecine générale, maladies infectieuses, acuponcture et pharmacologie. En quoi « cardiologie » ou « médecine du travail » juxtaposé dans la liste, rendrait le Dr X. plus ou moins intéressant ?

Sur ce, je m’en retourne à mon paracétamol pour tâcher d’étouffer la fièvre et ses productions farfelues …

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La médecine en question ?

Les études, quelles qu’elles soient, vous plongent dans un domaine particulier dont elles cherchent à vous en dévoiler quelques-uns des plus sombres mystères … et vous n’en ressortez jamais indemne. C’est valable pour les lettres, où rhétorique et figures de styles deviennent vos plus belles armes ; en droit, où codes et procédures sont vos tables de multiplications ; ou encore en médecine, où le corps dans son ensemble vous semble toujours aussi complexe, mais dont les principaux mécanismes vous sont vaguement familiers. Ainsi, dans un domaine, l’étudiant devient peu à peu plus sage, et décrypte les secrets de sa matière jusqu’à conclure qu’il reste encore beaucoup de choses à éclaircir.

J’entame le long chemin vers la médecine, son monde si vaste et si cryptique. De l’anatomie à la pharmacologie en passant par la physiologie, l’histologie ou la sémiologie, je m’émerveille de la complexité de l’être humain, son fonctionnement, de la plus petite cellule à l’insondable psyché. Plus on souhaite en savoir, et plus on se heurte à l’inconnu, aux mystères, aux espoirs des chercheurs. J’ai aussi mis les pieds au milieu de terribles débats, des querelles de scientifiques, aussi anciennes que récentes : de Volta et Galvani sur l’électricité animale, la soupe ou l’étincelle et les prix Nobels volés (R. Franklin et la structure de l’ADN qui ne fut nobélisée que bien après…).

En faisant des études, certaines vérités nous apparaissent évidentes. Les enzymes sont généralement des protéines qui catalysent des réactions. Le corps n’est pas capable de synthétiser tout ce dont il a besoin : il existe donc des aliments « essentiels » ou « indispensables ». Il existe plusieurs causes aux maladies : les prédispositions génétiques, le mode de vie, le stress, les agents biologiques, physiques ou chimiques, etc. Nous sommes tous inégaux devant la maladie. Des vérités qu’on ne remet pas en question couramment, sauf lorsqu’une étude paraît pour revenir sur un des nombreux paradigmes médicaux, ce qui, pour ce genre de vérité, n’apparait vraisemblablement pas tous les quatre matins. Pourtant, il est vrai que certaines affirmations se sont conservées pendant des années dans l’histoire de la médecine avant qu’on ne se rende compte de leur inexactitude. C’est surement l’un des moteurs de l’evidence based medecine qui fait fureur ses dernières années : tout doit être documenté de sources scientifiques pour rétablir le patient, le soignant et le soin dans un cadre sérieux. Sortir de la toute-puissance du médecin, seul à bénéficier du savoir, savoir basé sur son expérience et les dogmes qu’il a appris par l’expérience de ses maîtres. La science met ses outils à disposition, pour une médecine moins arbitraire, plus logique, plus scientifique. Ainsi, la littérature médicale regorge d’informations diverses et variées, prouvant tout et son contraire, et viennent se greffer aux découvertes des enjeux financiers, politiques et économiques. Certaines grandes revues ne publient que les articles qu’elles tolèrent, certains laboratoires pharmaceutiques orientent le résultat des études selon leurs intérêts, et certains médecins avancent des théories en choisissant les études qui les confirment et passent sous silence celles qui les contredisent. Baignés, plongés, noyés dans cet océan d’informations, comment trouver les vérités cachées sous les machinations sociales qui les travestissent ?

Tombé, il y a quelques semaines, par hasard, sur un groupe de personne réfractaire aux vaccins, je me suis intéressé aux documents qu’ils s’échangeaient pour mener leur combat. Des articles journalistiques, des reportages, des livres écrits par certains médecins… mais également, beaucoup d’erreurs. Ainsi pouvait-on trouver, par exemple, dans un article qui, dès les premières lignes, indiquait clairement son avis sur les vaccins que les vaccins étaient responsables de l’augmentation de certaines maladies auto-immunes comme le SIDA, les otites et l’herpès, entre autres. Du peu que j’en sache, le SIDA est un stade d’une infection virale par le VIH, les otites sont des infections bactériennes ou virales, et l’herpès est également le fait d’un virus. Partageant mon opinion sur ce groupe, le contenu de mes propos qui visait à « rectifier » certains aspects de l’article sans pour autant donner un avis ferme et définitif sur la question des vaccins, n’a pas été analysé. Alors que mon objectif était simplement de mettre en garde contre la vulgarisation extrême de la médecine qui pouvait conduire à des informations en partie fausses, les premières réactions, très vives, ont mis en doute mon intégrité, déclarant que je n’étais qu’un médecin payé par l’industrie pharmaceutique pour défendre les vaccins. Que toute personne qui défendait les vaccins était nécessairement un « suppôt des labos », ou bien complètement « lobotomisé », car, disaient-ils, il était bien connu que l’industrie pharmaceutique finançait et enseignait en fac de médecine et que ses médicaments n’étaient fait que pour vous rendre malade afin de pousser le consommateur à en consommer davantage. Ainsi j’appris que l’OMS avait été fondée par les bras droit du parti nazi qui avaient par ailleurs œuvrés pour sortir Hitler de prison. Après quelques réponses données aux moins réfractaires à une conversation sensée, j’ai passé mon chemin.

Je ne sais que penser. Il est vrai qu’en tant que futur professionnel de santé, il convient de remettre en question le contenu de ma formation plutôt riche sur le plan scientifique (au détriment du plan humain …). En effet, il est inconcevable que, plus tard, le patient ne puisse recevoir une information intelligible, essayant d’empêcher un minimum l’effet nocébo par autosuggestion, sous prétexte que « je n’ai pas le temps de vous expliquer » ce qui, pour reprendre une formule du blog Alors voilà, lorsqu’on change beaucoup de lettres veut dire « je ne sais pas et/ou je ne veux pas vous expliquer ». Il s’agit par ailleurs d’une obligation du code de la santé publique et du code de déontologie.

Néanmoins, on peut se poser de sérieuses questions concernant ce phénomène : est-ce que les gens ont si peu confiance (ou ont tellement perdu confiance) en la médecine qu’ils en viennent à penser des choses pareilles ? Ou bien sommes-nous un peu trop formatés pour saisir leur propos sur le plan scientifique ? Et si les vaccins n’avaient vraiment pas été la raison de la disparition de certaines maladies graves ? Et s’ils induisaient bel et bien plus de maladies qu’il ne nous en protégeait ? Puisqu’ils pointaient des faiblesses de la littérature scientifique sur des terrains bien débattus (et de polémique actuelle) après tout, pourquoi ne pas se poser ces questions ?

Pour ma part, les vaccins m’ont toujours été présentés de façon positive, c’est vrai. On m’a dit qu’ils étaient impliqués dans la lutte contre les maladies graves, et que conjointement à l’amélioration des conditions hygiéniques et aux campagnes d’informations, ils contribuaient à l’extinction de ces maladies. On m’a appris les rudiments du système immunitaire, et rien ne m’a semblé susceptible de provoquer quoi que ce soit d’autre qu’une immunisation, sur le plan de la logique. Est-ce pour autant suffisamment de raisons me laissant dire que les vaccins, jusqu’à preuve du contraire, rendent service à la santé des populations et de l’individu ?

Se représenter l’autre, ses idées, ses opinions sur la médecine n’est pas toujours évident. Soigner quelqu’un par des antibiotiques devant une infection bactérienne par exemple, alors que la personne est convaincue que les médicaments ne sont que des poisons distribués par les sociétés pharmaceutiques pour nous rendre malade est sans conteste délicat. Cela nécessite un dialogue, une information claire et loyale, et surement, une formation. Car n’est pas bon « communicateur » qui veut. Plutôt que des cours de physique, pourquoi pas des cours comme ça ? Ah oui c’est vrai, c’est un job de généraliste. Il serait peut-être temps de les laisser entrer dans les facultés …

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Demain, à l’hôpital …

Quand j’y pense … en fait, je n’ai pas envie d’y penser. Pourtant …
Mettre la blouse ; un petit plaisir.
Arpenter les couloirs de l’hôpital ; tantôt ce petit sourire discret au bord des lèvres, tantôt cet air perdu si visible que les infirmières n’ont pas besoin d’user de leur sixième sens pour savoir que c’est le « nouveau stagiaire ».
Passer devant les portes où derrière se cachent ces êtres souffrants ; ô mortelle angoisse, crainte de paraître maladroit, absolue sensation d’imperfection.

Le mot est lâché. Imperfection. Comment être parfait quand on ignore tout ? La médecine, certains la voie comme un puzzle interminable (ici), d’autres comme un art qui consiste à attendre que la nature fasse ou que le chirurgien (tré)passe (). Et moi ? Je suis peut-être encore trop ignorant pour oser la définir. La première image qui me vient en tête aujourd’hui, c’est cette fameuse poignée de main. Une main qui se pose sur une autre. Un échange de regard. Un silence. Et peut-être, parfois, des larmes, un soupir ou un sourire. Le sourire de celui qui sait. Qui sait que les moments à venir seront durs. Qu’il va peut-être falloir passer sur le billard. Qu’il va peut-être falloir flirter avec la mort. Qu’il va peut-être falloir être patient et laisser le temps agir, avec ou sans médicaments, avec ou sans certitudes, avec ou sans espoirs … mais pas tout seul. Au moins, avec ces blouses là, celles qui prennent le temps de s’assoir, d’entendre et d’écouter. Celles qui prennent le temps de répondre. Celles qui savent soigner.

Mais peut-être est-ce complètement idyllique ? Peut-être que cette pratique de la médecine n’existe pas ? Peut-être que je ne pourrai jamais être comme ça ? Qui suis-je, à l’aube de cette carrière que j’embrasse à peine, pour pouvoir la définir ?

J’ai simplement peur de ne pas être compétent. Il n’est guère trop question de ces milliards de notions qu’il me faut et me faudra bien apprendre. De l’histoire du cœur dès le début de la vie à la physiologie du souffle en passant par l’électrochimie des synapses, les rouages des articulations, l’organigramme des vaisseaux au travers des tissus, les dédales des tripes et les recoins les plus secrets des ganglions les plus cryptiques. Qu’il faille se bouffer des tonnes et des tonnes d’items pour l’ECN, des signes aux noms à rallonge de leurs découvreurs ornés de ces descriptions poétiques de regards en couchers de soleil jusqu’aux fréquences précises de l’épidémiologie des maladies rares et exotiques en fonctions des pays … qu’importe. Nul artisan digne de ce nom n’est artiste sans matière ou matériel et surtout sans savoir-faire. Oui, qu’importe les ouvrages à potasser. Qu’en est-il maintenant de tout ce qu’on ne nous apprend pas ? De la façon d’entrer dans la chambre. De la façon dont la, le, les regarder sans la, le, les violer d’un simple coup d’œil ? De la manière d’agir en leur présence, sur leur corps et parfois jusqu’au plus profond de leur âme ? De l’art de faire de cette connaissance qui nous rend si puissants, un usage juste, bienveillant et bienfaisant ? Nul soignant digne de ce nom n’est guérisseur sans savoirs, ni savoir-faire.

Et je crains à ce jour de n’avoir encore ni les uns, ni les autres.

Le fond des cartons

cartonsMal au coeur d’abandonner tous ces précieux mots, commentaires déposés sur l’ancien blog. Mais tant de libertés ici. Avant, après, les contres, les pour, les moins, les plus … Les voici, ces mots qui me touchent toujours beaucoup :

  • Robert voudrait mourir …

    « Je ne connaissais pas l’histoire d’Hugo Claus, mais j’aurais tendance à croire – de manière très instinctive – que s’il a pris sa décision si tôt, il l’aurait prise également sous forme de suicide si l’euthanasie n’avait pas été légale. Peut-être que je me trompe : mon avis n’est pas réellement tranché et ça me parait bien. Selon moi, les écueils se trouvent dans un grand Oui, ou un grand Non comme réponse à la mort médicalement assistée : c’est une question trop dangereuse pour se montrer catégorique. Par contre, il me semblerait important de mobiliser des personnes – thérapeutes, régulateurs, psychologues – autour de tables rondes pour discuter de chaque cas de patient qui poserait la question de l’euthanasie. Cela implique qu’elle soit un minimum reconnue, pour être encadrée de manière maximale, au sens où ça ne devrait pas être la décision d’une équipe, donc d’un médecin (au final, c’est souvent lui qui a le dernier mot et qui porte le plus de responsabilité), mais le fruit de partages entre personnes impliquées de près ou de (très) loin dans la prise en charge du patient. C’est l’ouverture du débat qui importe, et surtout, de ne jamais le refermer : c’est là où l’on deviendra potentiellement dangereux.
    Au passage, j’ai plaisir à lire tes articles, qui sont bien écrits sans trop de véhémence. Mais tu as raison de nous secouer un peu pour qu’on se décide à commenter, nous, feignants internautes de passage. »
    Monoblogue

    « Merci pour ta franchise. Pour la clarté de ta parole. Pour avoir persévéré quand un professeur a tenté de te dissuader. Merci pour tout ce que j’ai lu, et ce que je n’ai pas encore lu. »
    Vio

  • Caprice

    « Tu as bien fait. Tes réflexions sont intéressantes et très bien écrites. Bravo. Pour ta démarche, pour ce que tu relates de ta vie. »
    Vio

    « Bonjour,
    Tombé sur le blog par hasard, je te félicite pour ta détermination et ton discernement sur tes capacités à réussir! Belle plume… un prof de lettres »
    Greg

  • Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre II – Que je t’aime, empathie, que je te haïs !

    « Woua woua woua. Je ne peux m’empêcher de continuer à te dire : continue à respirer avec ton coeur et à écrire aussi bien, aussi précisément »
    Vio

  • Comment réussir la PACES (Première Année Commune aux Etudes de Santé, dite aussi PAES) ?

    « Je viens de découvrir ton blog par un commentaire que tu as laissé chez Ten0fiv, et j’ai passé la soirée à lire tes archives. J’aime beaucoup ton style autant que les questions que tu soulèves. Je te mets dans mes favoris et attendrai avec impatience tes prochains articles. »
    Lazuli66

    «J’ai lu il n’y a pas longtemps sur un forum un espèce de débat sur le profil scientifique/littéraire en médecine. C’était vachement intéressant.
    Je me demande lequel des deux profils est un avantage dans ces études ?
    Je suis en P2 également, et c’est marrant car quand il s’agit d’avoir un raisonnement scientifique je me sens mal à l’aise.
    En fait, je pense que le monde de la littérature est plus accessible: il suffit de lire des livres, d’aller au cinéma, voire de dessiner… Le domaine de la science est beaucoup plus compliqué à comprendre, on aura toujours besoin de quelqu’un pour nous l’expliquer. Je crois que mon malaise vient de là: quand je lis mes cours je sais qu’il n’y a qu’une seule façon de l’aborder. Quand j’ouvre un livre, je me sens plus en confiance, je sais que je ne peux pas me tromper, je comprend les choses « à ma manière ». Je ne sais pas si tu comprends ce que je veux dire (?).
    J’avais lu quelqu’un qui disait un truc comme ça: « Mieux vaut être un littéraire, car avec du travail tu peux t’en sortir en science. Mais un scientifique, lui, même avec du travail, ne peut pas se forger une âme de littéraire ». Ca m’a laissée perplexe. Je me demande quel chemin est le plus difficile ? Littéraire -> Science ? Science -> Littéraire ?
    En ce qui concerne les profs de lycée, ils tiennent tous le même discours… Perso, j’étais tellement motivée que la parole des profs m’importait assez peu, j’en étais même agacée. Par contre, j’ai des amis qui ont peu de confiance en leur « intellect », ils étaient élèves moyens, et les avis des profs ont eu beaucoup d’impact sur eux. L’effet était d’autant plus amplifié que les amis dont je parle viennent d’un milieu peu éduqué, et ils ont donc placé une grande importance à la parole des profs ( plus âgés, plus « sages », plus éduqués que les parents, etc…).
    Voilà, j’espère que je ne suis pas trop confuse dans ce que j’ai écrit. Ce serait génial si tu pouvais me donner ton point de vue !
    A bientôt 🙂 »
    Made

  • Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre XIII – Dernières heures avant d’autres

    « Lire cet article me rappelle le bonheur que j’avais de ma place de stagiaire, de pouvoir m’attarder, « attendre l’autre », comme tu le dis. Les peurs, les angoisses des patients, auxquelles on ne peut plus prêter attention faute de temps, une fois diplômé. C’est d’ailleurs pour ça, essentiellement, que je ne travaille pas en MCO – dans la plupart des services, notre rôle se cantonne aux soins « techniques » et c’est bien dommage. Ceci dit, le service que tu décris a l’air de sortir de l’ordinaire, et tant mieux ! »
    Monoblogue

  • Le pouvoir des promesses

    « J’aime beaucoup ton blog, en particulier cet article, qui me rappelle pas mal de choses…
    Un néo P2 😉 »
    Néo

  • « Je n’en peux plus … »

    « Chouette article, tu écris bien et ça se lit tout seul.
    Je me souviens d’un cours que j’avais eu – l’intervenant était un « grand ponte » d’une médecine dont j’ai oublié la spécialité – où l’on parlait de l’annonce de diagnostic, et, au delà de ça, de la parole du médecin face au malade. Ce qui en ressortait et qui était très frappant, c’était que le patient était (très souvent) déjà presque abasourdi par la présence du médecin en face de lui (celui qui sait, celui qui peut, comme tu le décris). Cela étant, non seulement il ne retenait/comprenait quasiment rien de ce que le médecin pouvait dire (et pas seulement du fait des termes techniques), mais en plus il n’arrivait pas à poser ses questions sur le moment.
    Et c’était un cours dispensé pour nous, étudiants infirmiers, car il concluait que c’était bien souvent dans l’après-coup que ça se passait : c’était souvent les infirmières qui étaient par la suite questionnées, ou à qui le patient se confiait, demandait des explications, les mêmes qu’il avait déjà entendues sans vraiment les entendre.
    Plus tard, en stage, j’avais constaté que souvent, pour en arriver à ce que le patient « ose » questionner, ou parler de ses ressentis, il fallait « perdre » quelques minutes quotidiennes, s’attarder, faire fonction de présence, sans que ce soit pendant un soin (même si ces derniers constituent un précieux alibi).
    Bref, je ne sais pas si je m’exprime bien, mais ce que tu écris là me semble précieux, en tout cas la manière dont je t’ai lu fait ressortir ceci : même avec le savoir (que tu acquerras sans nul doute), avec le pouvoir de faire quelque chose de concret pour le patient (ne serai-ce que lui dire ce qu’il a), il y a cet « à côté », cette présence qui peut amener un peu de lien, et donc un peu de mieux-être, malgré tout.
    Enfin, c’est une vaste affaire dans laquelle entre évidemment en compte le lien resserré et complexe corps-psyché ; et je vais m’arrêter là pour que mon commentaire reste lisible… »
    « Effectivement, le manque de temps et aussi – dans beaucoup de services – le fait qu’on pare sans cesse au plus urgent ne facilitent pas la rencontre avec le patient en toute sérénité. Les médecins (comme les infirmières d’ailleurs) ne sont pas pressés parce qu’ils ont envie de l’être.
    Il y a des causes multiples à tout dysfonctionnement, mais il est plus intéressant d’y réfléchir de manière ciblée (« ce qu’il se passe là où je travaille »), car il y a souvent de lègères mais importantes nuances dans les fonctionnements et dynamiques des services.
    En tout cas, je sais que c’est pour ça que j’écris. Pour comprendre ce qu’il se passe où je travaille. Comprendre de ma place à moi ce qui ne dépend pas entièrement de moi. Et pouvoir ainsi agir sur les conséquences… 🙂 »
    Monoblogue

    « Les médecins nous en avons besoin pour leur savoir, pour leur médecine, mais il est vrai que le lien relationnel avec le soignant a aussi son pouvoir guérisseur. Je ne vois pas le jour où les médecins auront ce temps par contre. Comme thérapeute en relation d’aide je sais que mon travail au privé aide les patients dans leur vécu face à la maladie, mais tous n’ont pas la couverture d’assurance pour s’offrir un soutien thérapeutique et une relation d’aide psychologique. Les clsc sont débordés. Je ne suis pas dans vos milieux de travail, mais c’est probablement en vous impliquant dans vos mileux respectifs pour agir sur les conséquences et en apprenant à mettre nos ressources complémentaires au service des malades par le biais de références systématiques que nous pourrons améliorer les choses tranquillement.
    humblement avec vous ! »
    MadameLB

  • Stage d’initiation aux soins infirmiers : Chapitre VIII – Ces instants peu prolixes

    « C’est un plaisir de te suivre. Nouvelle blogueuse en herbe, j’en finis plus d’apprendre comment utiliser un blog. Mais je cherchais des bloggeurs bloggeuses de Montréal ou du moins du Québec, avec des sujets sur la santé.. tu es le premier qui me rejoint et que je mets dans mes favoris. Merci! »
    MadameLB

  • Premier bloc opératoire : la bilirubine est à l’honneur !

    « touchant d’entendre un futur médecin nous partager, non pas seulement ses connaissances médicales, mais ce qu’il vit derrière les gestes. On peut enfin voir l’homme avec un coeur, une sensibilité et des angoisses.. Merci de nous partager tout cela. De plus, votre talent pour l’écriture fait que vos textes me touchent beaucoup. »
    MadameLB

  • Premier interrogatoire : la promesse de la persévérance …

    « Très bel article ! Ça t’a donc surpris de voir un superchef aimable et enclin à prendre du temps pour les étudiants ? C’est à se demander où est la magouille là dedans :p
    En tout cas, je trouve très bien ces stages en L2, ça permet de voir autre chose que la théorie pure et des polycopiés….On n’a malheureusement pas ce système dans ma fac, ça me rend dingue parfois tous ces cours remplis de concepts barbares !
    A quel rythme sont ces stages ? Et combien de temps passes-tu dans le service ?
    J’espère que ça peut t’aider à apprendre la sémio; car chez nous avec les cours magistraux seuls, c’est assez difficile d’apprendre efficacement. »
    Made

  • L’épopée de la Blouse

    « On se situe uniquement du point de vue des connaissances, alors ouais les médecins médiocres tuent les gens. Mais heureusement tu as encore beaucoup de temps devant toi pour apprendre et t’améliorer ! Pour apprendre dans de bonnes conditions il faut être tolérant avec soi même les premières fois ^^
    Bon Courage ! »
    « « Mais même au-delà de ça, vous devez travailler, et savoir. Sinon, vous deviendrez des médecins médiocres. Et les médecins médiocres, ils tuent des gens. »
    Au fait, tu devrais regarder ça: http://www.ted.com/talks/lang/fr/brian_goldman_doctors_make_mistakes_can_we_talk_about_that.html
    Je retire ce que j’ai dit précédemment, j’ai parlé trop vite…
    Bon WE ! »
    Made

  • A l’hôpital, il y a …

    « Je te souhaite de garder toujours cette humanité qui sera précieuse pour tes patients. »
    Lazuli66

    « Je découvre votre blog et je suis complètement d’accord avec Lazulli66…
    Cette humanité qui manque tant…… »
    Joëlle

  • DocAdrénaline à la rescousse !

    « MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI !!!!!!!
    Je suis plus que touchée.
    Et ravie que tu aies retenu les bases essentielles de l’algorithme de prise en charge de l’arrêt cardiorespiratoire.
    Encore merci.
    Émue ++++++++++ »
    DocAdrénaline

DocAdrénaline à la rescousse !

Je fais une pause dans les révisions. Une pause qui s’éternise et qui ne devrait pas. En même temps, je suis un peu déprimé. Oh, j’exagère. Mais lors de mon examen de master de neurosciences (oui, je fais un master de biologie en parallèle des études médicales, ce que beaucoup d’étudiant en médecine font), je n’ai pas pu le terminer. Faute de temps, mauvaise gestion du recopiage du brouillon d’une analyse d’article donnée. Je suis noté sur 15 au lieu de 20. C’est dommage. Et ça me rend grognon.

Mais le pire est à venir. Les vrais examens de médecine. Enfin … j’ai peut-être parlé un peu vite. La réforme a instauré des matières cachées sous des noms alambiqués en deuxième année de médecine. Des matières très utiles, si si ! Par exemple, l’unité d’enseignement « Bases moléculaires et cellulaires des pathologies » se décline en deux blocs : la biophysique et la biologie. Pour le second, bien sûr, il en faut. Mais pour le premier ? Apprendre les théories de l’atome, la manière de produire des rayons X, d’utiliser les rayonnements nucléaires, les principes de l’analyse compartimentale, oui, c’est utile pour la culture G. Et pour ne pas paraître stupide si un patient demande ce que sont les rayons X. Mais de là à en calculer l’intensité, l’absorption, le phénomène de collimation, et j’en passe, très sincèrement, laissons aux scientifiques ce qui est au scientifiques. On a assez de chose à découvrir et à apprendre comme ça. Ah oui, je peux vous dire comment fonctionne une IRM. L’écho de spin, le codage par la fréquence, l’excitation sélective, les bobines supraconductrices, du T1 au T2 en passant par le TR et le TE. Très sincèrement, je me vois mal dire à un patient « Bon, je vais vous faire une IRM dont j’analyserai la séquence T1 dans un champ de 3 Tesla et quelques, vous voulez les détails techniques ou je passe directement à ce que j’attends de cet examen ? ». Vous l’aurez compris, la physique et moi, on s’entend comme larrons en foire …

J’étais sensé faire une pause. La fac s’en est chargée pour moi. Elle a organisé une journée de formation aux gestes d’urgences. Oui, la même chose que l’on fait lors de la journée d’appel de participation à la défense. En peut-être un rien de plus approfondi.

Je dois vous l’avouer. Toute cette journée, j’ai pensée à Docadrénaline nous faisant un cours, avec l’humour formidable qui se dégage de ses messages si bien écrit (qu’elle le veuille ou non, moi je les trouve magnifiques). Sa bonne humeur, ses anecdotes, et son caractère pédagogue. Je ne la connais pas vraiment, mais c’est ce que je ressens du personnage. Pardonnes-moi si je t’offense, et si tu venais à tomber sur ces lignes, mais je me suis imaginé l’anesthésiste en face de nous se transformer en urgentiste avec des jouets et des schtroupfs pour nous expliquer la PLS ou le massage cardiaque.

Si vous arrivez dans le supermarché, vous êtes au rayon chocolat, et soudain, un monsieur s’écroule. Que faire ? Kinder surprise ou Lindt ?

Premièrement : lâcher les chocolats. Vous les donnerez à Docadrénaline quand elle arrivera, si elle est en hypo.

Deuxièmement : approchez-vous de l’homme. Demandez-lui de vous répondre. D’ouvrir les yeux. Prenez ces deux mains et demandez-lui de vous les serrer s’il vous entend. Sans réponse de sa part, pincez-lui la pulpe d’un doigt (de chaque côté : imaginez que l’homme est hémiplégique!). S’il ne réagit pas, dîtes : « Il est inconscient, appelez les secours » (si vous n’avez pas un acolyte chocolatovore avec vous, et que le supermarché est désert, vous risquez d’être embêté à cet instant).

Troisièmement : s’il ne commence pas déjà à se changer en schtroumpf, vous n’êtes pas sûr qu’il ne respire pas. Pour bien faire, pensez CCC : col, cravate, ceinture. Dégagez ces zones qui pourraient gêner la respiration. Tirer légèrement son visage en arrière pour dégager les voies respiratoires. Puis, penchez-vous de sorte à sentir la chaleur de son souffle sur votre joue, placez une main sur son ventre et attendez 10 secondes. Si vous ne sentez aucun souffle et que votre main ne se soulève pas (le rythme « normal » dirons-nous étant de l’ordre de deux-trois ventilations au moins – inspiration/expiration – pendant ces 10 secondes), annoncez « il ne respire pas ».

Troisièmement bis : Votre acolyte chocolatovore a sûrement déjà décroché son téléphone. Il a composé le 15, (ou le 112 en Europe), s’est présenté, a donné son numéro de téléphone et a géolocalisé très précisément l’endroit : « Allo bonjour, c’est untel au rayon chocolat du supermarché de X-ville, on aurait besoin de Docadrénaline en toute urgence (pour changer) ! ». Pimpompimpompim… A cet instant, il précise « l’homme est inconscient et ne respire pas ».

Quatrièmement : pendant ce temps, vous, secouriste improvisé, pouvez si vous savez le faire prendre le pouls au niveau de la carotide (artère du cou). Ceci pendant 5 secondes, mais a priori, si le type ne respire pas, il y a peu de chance que son cœur fasse la fiesta. De plus, masser un cœur qui bat n’a pas grande importance, et vous admettrez qu’en cas de doute, il vaut mieux faire un massage que laisser le cœur en arrêt. Pas convaincu ? Et si je vous disais qu’on perd 10 % de ses neurones par minutes où le cœur ne bat plus ? Toujours pas ? Très bien, je rajoute qu’en moyenne, en grande ville, les secours mettent 7 minutes pour arriver. Faites le calcul (même moi qui suis nul en maths, j’arrive à la conclusion que le massage, c’est une bonne idée, je compte sur vous pour me dire si je me suis trompé !). 7 minutes. Le temps que Docadrénaline puisse chaleureusement inviter les automobilistes à la cataracte sélective de s’écarter un peu pour laisser passer le gros véhicule qui brille et qui braille. Alors que vous, la bonne âme en panique, vous regrettez amèrement de ne plus faire de sport depuis 2 ans de première année de médecine pendant que vous enfoncez deux fois par seconde au moins vos talons de la main dans la poitrine de monsieur l’inconscient en arrêt cardio-respiratoire. Au moins 5 bons centimètres de profondeur. Tenez-bon. Si vous dégotez un défibrillateur, il vous encouragera. Quoi qu’il en soit, vous n’aurez plus besoin de faire des pompes pendant deux-trois jours. Quand Docadrénaline arrivera avec sa télé, vous lui passerez la main, et éviterez de tomber dans les pommes. Offrez-lui un chocolat ou deux. Et des croquettes pour chat !

Et à cet instant de mon délire, je suis sorti des vapes soporifiques de la digestion avant de retourner finir cette journée dans un état de conscience plus adapté à la société. Cependant, j’aimerai dédier cet article (à mon grand malheur pas aussi bien que je l’aurai voulu) à Docadrénaline. Pour ces messages, son accessibilité, sa gentillesse, son professionnalisme, et pour l’empêcher de se dévaloriser sans arrêt. Il va falloir que je constitue un panthéon, car tu en feras partie.

Aller, retour aux révisions. Si je veux espérer faire quelque chose de ma vie un jour. Pourquoi pas urgentiste ? Sans doute parce que je n’aurais jamais ni les compétences, ni la confiance en moi requises !

Remarque : le massage cardiaque est indiqué pour les personnes inconscientes ne respirant pas (ou très très peu ~ à peine un souffle sur les 10 secondes). Il convient d’annoncer l’heure du début du massage cardiaque. On distingue une période où la circulation était suspendue (le temps que vous interveniez et que vous vous en rendiez compte) et une période où la circulation était très faible : votre massage cardiaque. En effet, au mieux, vous insufflerez un débit d’à peine 20 % du débit cardiaque normal. Mais c’est mieux que rien. L’objectif étant de l’interrompre le moins possible avant l’arrivée des secours de Docadrénaline. Les défibrillateurs accessibles dans les espaces publiques vous guideront dans leur utilisation, par indications orales. Lorsqu’une personne respire mais est inconsciente, il faut la mettre en PLS : position latérale de sécurité. Si elle est allongée sur le dos, redresser la jambe à l’opposée du côté où vous voulez la faire basculer. Pliez-là, de sorte à ce que le bout de son pied passe très légèrement sous le genou de l’autre jambe. Attrapez le bras du côté où vous voulez la faire tourner, et placez le à 90° du corps, puis pliez-le de nouveau à 90° avec l’axe du bras. Saisissez l’autre bras, et placer le dos de sa main contre la joue du côté opposé. Faites ensuite tourner la personne sur le côté, une main sur son bassin, pour mobiliser le dos le moins possible. Dégagez les voies respiratoire, et rester à l’écoute. De plus amples informations, et bien mieux détaillées vous sont accessibles sur le net, sur diverses associations de secourisme. D’ailleurs, voici un article de Docadrénaline où vous trouverez de quoi abreuver votre curiosité …