Brèves sémio-poétiques – Partie II

Sur un visage las et au regard tragique,
Des yeux portent des flammèches hémorragiques.
Se trace son vague à l’âme hémodynamique,
En traits agités par un orage rythmique.

Et le regard fuyant vers un ciel trop serein
Le tonnerre omis pour une lune de miel
Où fuitent les idées et naissent sur son sein
Angiomes stellaires et silence sépulcral.

Son thorax en carène où son cœur en carafe
A arrêté, enfin, la torsade de pointe.
La vie, sans valeur, quitte des genoux marbrés.

Carapace vide d’un Cotard exaucé,
Où reposent en paix deux cents os de cristal,
Quelques taches rubis et un collier de perles.

De nouveau, merci twitter pour tes suggestions d’expressions médicales. Surtout, continuez de m’en envoyer !

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Brèves sémio-poétiques – Partie 1

Les yeux en couchers de soleil
Tombent sur l’œdème en pèlerine
Où la main, les doigts en saucisses,
Recouvre un lâcher de ballons.

*

Allongé en chien de fusil
Les bras crispés en roue dentée
Referme ses doigts col de cygne
Queue de comète en son cerveau.

*

En se levant : le tabouret.
Un Ω mélancolique
D’un visage au masque de loup
D’où sort une langue framboisée.

*

Des douleurs dans ses os de verres,
Dans ses reins en fer à cheval
Dans son caddie arthrosique
Exquises à la palpation.

*

Fleurs de vésicules en bouquets,
Cicatrices papyracées
En carte de géographie
Et des ongles en dé à coudre.

*

Dans ses yeux un œil de bison
Où des flammèches hémorragiques
Rient des maculas cerises
Et des nodules cotonneux.

*

Dans son cœur l’onde de Pardee
En barre, en étau, en torsion,
Auscultation : pas dans la neige
Battez, ailes de papillons !

*

Bague à chaton au souffle court
Piégé dans les rayons de miel
Mis à genoux et bien marbré
Par l’épreuve de l’escalier.

*

Serait-ce fracture en bois vert ?
Os brisé en motte de beurre ?
Eclat mouvant en baïonnette ?
Ou le nid d’un œuf de pigeon ?

*

Le coup de tonnerre soudain
Qui emmène à l’emporte-pièce
L’esprit conscient et orienté
Jusqu’à la mort encéphalique.

Merci au personnes de twitter qui ont partagé joyeusement leurs expressions préférées. 

Stage de sémiologie – Jour 6 : A fleur de peau

Et je pose ma main, juste sur ton poignet
Sur un vaisseau battant, assez régulièrement.
Premier contact pour te demander simplement,
Si mes doigts inquisiteurs ne sont pas glacés.

Et je pose ma main, juste sur ta poitrine,
Entre la quatrième et la cinquième cote,
Ton palpitant s’agite sous ta peau si fine,
Il bat la cadence, paisible et sans faute.

Et je pose ma main, juste sur ton thorax,
J’en apprécie la forme et ta respiration.
Je plaisante, tu ris, et je cherche le bon axe,
Pour mener l’examen sans trop d’hésitations.

Et je pose ma main, juste là sur ton ventre,
Où cadrant par cadrant, j’inspecte et je palpe,
J’écoute et percute, cherchant bien en ton centre,
Un indice, une cause au mal qui te frappe.

Et je pose ma main, juste là, sur ton corps,
Royaume de ta plainte qui prend bien des formes,
Douleur et malaise et quelles autres encor ?

Tes yeux qui m’implorent, tes questions multiformes,
Et je pose ma main, juste sur ta douleur :
Un remède comme un autre, dans la douceur.

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Stage de sémiologie – Jour 1 : Promesses exquises

Je sortais d’un chaos sentimental douloureux. Les fêtes n’avaient pas été très bonnes, ni très clémentes. Mais le temps faisait son œuvre et tranquillement, il recousait les berges des plaies de mon cœur. Cette nouvelle année, comme pour pardonner la précédente de s’être finie si cruellement, me bichonnait en m’offrant le plaisir d’entamer un stage dans un service que j’attendais au tournant : la médecine interne ! Le bâtiment était un peu excentré de l’hôpital que je voyais tous les jours depuis les fenêtres de la fac. Un peu plus loin, entre deux autres bâtisses aux fonctions propres, se tenait le service de médecine interne … et d’endocrinologie.

Pour être honnête, je fus agréablement surpris. L’endroit était tout de même plus luxueux que les services que j’avais déjà visités. Par exemple, dans les chambres comportant deux lits, un par patient, il y avait, accroché au mur, un genre de rideau que l’on pouvait tirer et ainsi séparer la pièce en deux. Croyez-le ou non, mais ce petit bijou est formidable pour respecter un minimum l’intimité d’un patient, dans le cadre d’un soin type toilette ou même pour réaliser un examen clinique en quasi-tranquillité. Et bien ce genre de rideau est loin de se retrouver dans tous les services d’un hôpital public … Il y avait aussi des accoudoirs qui faisaient tout le long des couloirs et devaient faire le bonheur des personnes dont la mobilité était réduite afin qu’elle puisse se déplacer en s’accrochant, lentement mais surement. Les salles de bains étaient élégamment isolées des chambres par des portes coulissantes en bois poli. Ceci et tant d’autres petites choses qui, d’emblée, rendait le service intéressant.

Néanmoins, rassurez-vous. L’équipement informatique des postes de soins était toujours aussi abominable : lent, parfois tout bonnement inefficace, et datant de la première ère glaciaire. Glacer, geler ou « to freeze » comme disent nos amis anglais, ça par contre, les ordinateurs savaient très bien le faire ! Les couloirs étaient toujours aussi étroits, si bien qu’il suffisait d’y mettre une infirmière, son chariot et un interne, et plus personne d’autre ne pouvait passer. Enfin, tous les petits repères de l’hôpital qui nous font tant râler, mais peut-être que si on ne les avait pas, on se sentirait perdu, ou dépaysé.

La journée commença par une présentation du service, son organisation spatiale et hiérarchique. Le présentateur, jeune, sympathique, ancien étudiant de ma chère faculté et très impliqué dans la vie de celle-ci à l’époque (et surement encore aujourd’hui), dynamisait la poignée de DFGSM 3 (traduction dans l’ancienne nomenclature médicale : D1 – traduction : 3ème année de médecine) qui étaient là à sortir psychologiquement de leurs lits. Opération répartition, des groupes de deux, chacun avec un chef de clinique et c’était parti !

Assigné au service au nom pompeux de « maladie aigue polyvalente », et décrit par le présentateur devenu chef de clinique qui me superviserait comme « de la médecine générale d’hôpital », je n’étais pas loin d’être aux anges. Cumuler, même si ce n’était qu’en termes de mots, « médecine générale » et « médecine interne », j’en demandais pas plus, où est-ce qu’on signe pour travailler là toute sa vie ?

L’ambiance. La chaine « hiérarchique » de l’hôpital consiste à placer le chef de service (PUPH – Professeur des Université, Praticien hospitalier – en général) au sommet. Ensuite vienne les PH (Praticiens Hospitaliers) qui supervisent les jeunes médecins pour 2 ans de clinicat dit CCA (Chef de Clinique Assistant). Ces derniers – loin d’être les derniers d’ailleurs – jettent un œil sur les faits et gestes des internes (des médecins qui n’ont pas encore présenté leur thèse, pour faire court, et qui apprennent leur « spécialité »). Les internes, quand ils arrivent à trouver le temps, peuvent enseigner aux externes (bébé-médecins qui n’ont pas encore passé le cap de la 6ème année de médecine et son concours abominable) qui eux sont en stage tous les matins à l’hôpital et s’occupent allègrement de ranger les papiers, tenir les dossiers, voir des patients pour rédiger leur observation rendant compte de l’interrogatoire et de l’examen clinique, et précisant les suites de la prise en charge. Enfin, les externes sont de temps en temps enquiquinés par des DFGSM (traduction dans l’ancienne nomenclature médicale : P2/D1 – traduction : 2ème et 3ème année de médecine) pour tenter de leur montrer deux ou trois éléments de sémiologie (étude des signes cliniques des maladies). Ça en fait du monde. Vous commencez surement à comprendre pourquoi, certains jours, il y a 15 personnes qui se pointent dans votre chambre lors de la sacro-sainte « grande visite »…

Ici, la chaine hierarchique est gommée. Les externes, internes, chefs de cliniques et le chef de service se parlent, déconnent entre eux, sont ensembles. Les chefs s’adressent aux DFGSM (juste pour la confiture, DFGSM = Diplôme de Formation Générale en Sciences Médicales). Ils ne les ignorent pas superbement comme c’est souvent le cas. Les externes sont sollicités : « Qu’en pensez-vous ? ». Les internes sont choyés : « On va revoir la répartition des patients, que ça ne soit pas toujours le même qui s’occupe des patients chroniques chez qui la seule et unique difficulté, c’est de leur trouver une maison de convalescence/une résidence/une maison de retraite/une place en soins de suite et réadaptation… ». Les sourires fusent, les rires s’échappent parfois, l’air est propice à un apprentissage de qualité. Les DFGSM sont invités à poser leurs questions, à examiner respectueusement les malades, et font l’objet de cours prévus à l’avance ! Ils sont considérés, ont leur place bien définie, ne sont pas considérés comme des « sous-externes mais qui feront l’affaire pour bien ranger les dossiers quand même ». Rien que ça pousse à croire que ce stage sera d’une qualité exceptionnelle.

Visite. Nous étions 7. Oui, 7. Pour une « grande visite ». L’art de la répartition efficace des stagiaires entre les différentes ailes du service. Nous étions donc un chef de service, un chef de clinique, un interne, deux externes et deux DFGSM. 7, pour ceux qui calculent aussi bien que moi, c’est la plus grosse part d’un 15 coupé en 2 comme une plaquette de beurre qui vient de sortir du frigo un peu trop froid (bah oui, c’est jamais exactement pile-poil la moitié). Même si cela reste intimidant pour les patients, on ne se marche pas les uns sur les autres pour tous tenir dans la chambre, et si le patient veut serrer toutes les mains, ça ne met pas plus de 20 secondes.

Nous voyions un homme un peu confus qui « n’existe plus socialement ». Viré de sa résidence de réadaptation, il faut lui en chercher une autre, et ce n’est pas évident. Nous passâmes ensuite à une femme à laquelle il fallait expliquer qu’une ponction ganglionnaire était à prévoir. Elle était définitivement contre : « Ah non, je suis trop fatiguée (…) Ecoutez, j’ai 80 ans et j’ai bien vécu (…) J’en ai marre de souffrir ! (…) Admettons qu’on fasse ça, il y aura une opération ? Alors non, c’est non je vous dis ! (…) Ces ganglions, ils viennent bien de quelque part ! C’est mon cancer d’il y a 20 ans, il est revenu, c’est ça ? (…) Ecoutez, vraiment j’en ai par-dessus la tête de souffrir … ». Mon sentiment fut qu’elle s’y opposait car en réalité, c’était la peur du résultat plus que de l’acte lui-même qui la tenaillait. Si le médecin qui lui parlait se tenait dos contre la fenêtre (et était donc « éblouissant »), il parvint toutefois à convaincre la patiente du bien fondé de cet examen. Elle déclara « Si vous me promettez qu’on m’endormira un peu la zone … vous le jurez hein ? ». Je me demandais : un médecin a-t-il vraiment conscience de la portée de son influence sur la décision d’un patient ?

Nous nous rendîmes dans la chambre suivante. Une patiente qui m’apparu d’emblée très coquette, très respectueuse et pleine de savoir vivre, nous expliquait que ses douleurs l’empêchaient de se lever. Assise sur son fauteuil, elle disait avoir déjà beaucoup souffert pour être où elle se trouvait. Arrivée par le SAMU pour doubleurs abdominales sur probable constipation, elle déclara : « Le 15 m’a dit d’appeler mon médecin pour qu’il leur dise d’aller me chercher, alors je l’ai fait. Quand votre médecin vous dit d’aller aux urgences, c’est que c’est mauvais signe n’est-ce pas ? ». Une constipation. Un scanner insignifiant à première vue. Mais des douleurs qui persistaient malgré la levée de la constipation. Des douleurs qui, disait-elle, « font de moi une handicapée ». Le médecin qui choisissait naturellement ses mots avec ce qui me semblait être une chasse au jargon. Au point de se mordre la lèvre, quand soudain, il demanda « Et vous pétez ? » en lieu et place de l’habituel politiquement correct « Vous avez des gaz ? ». Il voulu l’examiner. Elle refusa, presque au bord des larmes, de se rallonger sur le lit : « Vous comprenez, si je me lève, je vais souffrir. Je vais crier, pleurer, je ne pourrais pas me contrôler ! Je suis désolée… ». Envie de lui prendre la main pour la consoler, la réconforter. L’examen se fera faute de mieux sur la chaise. « Le nouvel an ? Je n’ai rien mangé, comme j’étais toute seule… ». Envie de lui prendre la main pour la consoler, la réconforter. « Oui je vis seule mais j’ai de la famille, un fils, à Nantes. Il vit à Nantes. Il est marié, à Nantes. ». Envie de lui prendre la main pour la consoler, la réconforter. Le médecin lui dit qu’ils veulent vérifier la vésicule, parce qu’il y a une lithiase (= « caillou »), petite, sans signe d’inflammation, mais par précaution. Elle le regarda : « Mais alors, qu’est-ce que j’ai ? C’est grave, n’est-ce pas ? ». Quand on a pris congé, j’avais vraiment très envie de lui prendre la main, de la réconforter, et de l’écouter parler. Mais je n’ai pas pu. Qui es-tu, petit DFGSM qui vient d’arriver, pour te la jouer « docteur confident » avec une patiente que tu viens à peine de rencontrer, lors de la visite ? N’empêche … j’avais envie …

Autre patiente, déprimée elle aussi. 40 paquets-années (30 cigarettes par jour depuis un bon moment). Un bon litre d’alcool par jour. Retrouvée en état d’ébriété sur la voie publique. BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive) avec suspicion d’emphysème du fait d’une dyspnée qu’elle avait manifesté en arrivant aux urgences. Etait alors arrivé ce que j’ai horreur qu’il arrive. Les chefs écoutent, stéthoscopes dégainés, les poumons. Un signe vers les DFGSM. Il faut qu’on aille écouter. En l’occurrence, ici, nous étions que 2. Parfois, dans certaines visite, les DFGSM sont 4, voir 6. « Respirez par la bouche madame/monsieur ». Le temps que 4 à 6 pas-très-doués-du-stétho viennent écouter vos poumons pour tenter d’entendre un truc que le temps qu’ils mettent à déjà comprendre le bruit normal de votre respiration, ils se sentent obligés de laisser la place de peur que vous vous effondriez en faisant comme s’ils comprenaient, avec ce fameux hochement de tête et le « hm-hm ». Dès qu’ils seront sortis de la chambre, ils se demanderont : « T’as entendu quoi toi ? Moi rien », « Bah moi aussi ». Mais là, nous n’étions que 2. C’est passé assez vite. Mais le sibilant était trop discret pour moi.

Je vais en stage le cœur léger, la boule au ventre de l’élève qui veut être un bon élève bien sûr, mais avec le sentiment que c’est une chance d’être tombé dans ce service. Des tas de choses à apprendre. Des tas de choses à vivre.

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