La médecine en question ?

Les études, quelles qu’elles soient, vous plongent dans un domaine particulier dont elles cherchent à vous en dévoiler quelques-uns des plus sombres mystères … et vous n’en ressortez jamais indemne. C’est valable pour les lettres, où rhétorique et figures de styles deviennent vos plus belles armes ; en droit, où codes et procédures sont vos tables de multiplications ; ou encore en médecine, où le corps dans son ensemble vous semble toujours aussi complexe, mais dont les principaux mécanismes vous sont vaguement familiers. Ainsi, dans un domaine, l’étudiant devient peu à peu plus sage, et décrypte les secrets de sa matière jusqu’à conclure qu’il reste encore beaucoup de choses à éclaircir.

J’entame le long chemin vers la médecine, son monde si vaste et si cryptique. De l’anatomie à la pharmacologie en passant par la physiologie, l’histologie ou la sémiologie, je m’émerveille de la complexité de l’être humain, son fonctionnement, de la plus petite cellule à l’insondable psyché. Plus on souhaite en savoir, et plus on se heurte à l’inconnu, aux mystères, aux espoirs des chercheurs. J’ai aussi mis les pieds au milieu de terribles débats, des querelles de scientifiques, aussi anciennes que récentes : de Volta et Galvani sur l’électricité animale, la soupe ou l’étincelle et les prix Nobels volés (R. Franklin et la structure de l’ADN qui ne fut nobélisée que bien après…).

En faisant des études, certaines vérités nous apparaissent évidentes. Les enzymes sont généralement des protéines qui catalysent des réactions. Le corps n’est pas capable de synthétiser tout ce dont il a besoin : il existe donc des aliments « essentiels » ou « indispensables ». Il existe plusieurs causes aux maladies : les prédispositions génétiques, le mode de vie, le stress, les agents biologiques, physiques ou chimiques, etc. Nous sommes tous inégaux devant la maladie. Des vérités qu’on ne remet pas en question couramment, sauf lorsqu’une étude paraît pour revenir sur un des nombreux paradigmes médicaux, ce qui, pour ce genre de vérité, n’apparait vraisemblablement pas tous les quatre matins. Pourtant, il est vrai que certaines affirmations se sont conservées pendant des années dans l’histoire de la médecine avant qu’on ne se rende compte de leur inexactitude. C’est surement l’un des moteurs de l’evidence based medecine qui fait fureur ses dernières années : tout doit être documenté de sources scientifiques pour rétablir le patient, le soignant et le soin dans un cadre sérieux. Sortir de la toute-puissance du médecin, seul à bénéficier du savoir, savoir basé sur son expérience et les dogmes qu’il a appris par l’expérience de ses maîtres. La science met ses outils à disposition, pour une médecine moins arbitraire, plus logique, plus scientifique. Ainsi, la littérature médicale regorge d’informations diverses et variées, prouvant tout et son contraire, et viennent se greffer aux découvertes des enjeux financiers, politiques et économiques. Certaines grandes revues ne publient que les articles qu’elles tolèrent, certains laboratoires pharmaceutiques orientent le résultat des études selon leurs intérêts, et certains médecins avancent des théories en choisissant les études qui les confirment et passent sous silence celles qui les contredisent. Baignés, plongés, noyés dans cet océan d’informations, comment trouver les vérités cachées sous les machinations sociales qui les travestissent ?

Tombé, il y a quelques semaines, par hasard, sur un groupe de personne réfractaire aux vaccins, je me suis intéressé aux documents qu’ils s’échangeaient pour mener leur combat. Des articles journalistiques, des reportages, des livres écrits par certains médecins… mais également, beaucoup d’erreurs. Ainsi pouvait-on trouver, par exemple, dans un article qui, dès les premières lignes, indiquait clairement son avis sur les vaccins que les vaccins étaient responsables de l’augmentation de certaines maladies auto-immunes comme le SIDA, les otites et l’herpès, entre autres. Du peu que j’en sache, le SIDA est un stade d’une infection virale par le VIH, les otites sont des infections bactériennes ou virales, et l’herpès est également le fait d’un virus. Partageant mon opinion sur ce groupe, le contenu de mes propos qui visait à « rectifier » certains aspects de l’article sans pour autant donner un avis ferme et définitif sur la question des vaccins, n’a pas été analysé. Alors que mon objectif était simplement de mettre en garde contre la vulgarisation extrême de la médecine qui pouvait conduire à des informations en partie fausses, les premières réactions, très vives, ont mis en doute mon intégrité, déclarant que je n’étais qu’un médecin payé par l’industrie pharmaceutique pour défendre les vaccins. Que toute personne qui défendait les vaccins était nécessairement un « suppôt des labos », ou bien complètement « lobotomisé », car, disaient-ils, il était bien connu que l’industrie pharmaceutique finançait et enseignait en fac de médecine et que ses médicaments n’étaient fait que pour vous rendre malade afin de pousser le consommateur à en consommer davantage. Ainsi j’appris que l’OMS avait été fondée par les bras droit du parti nazi qui avaient par ailleurs œuvrés pour sortir Hitler de prison. Après quelques réponses données aux moins réfractaires à une conversation sensée, j’ai passé mon chemin.

Je ne sais que penser. Il est vrai qu’en tant que futur professionnel de santé, il convient de remettre en question le contenu de ma formation plutôt riche sur le plan scientifique (au détriment du plan humain …). En effet, il est inconcevable que, plus tard, le patient ne puisse recevoir une information intelligible, essayant d’empêcher un minimum l’effet nocébo par autosuggestion, sous prétexte que « je n’ai pas le temps de vous expliquer » ce qui, pour reprendre une formule du blog Alors voilà, lorsqu’on change beaucoup de lettres veut dire « je ne sais pas et/ou je ne veux pas vous expliquer ». Il s’agit par ailleurs d’une obligation du code de la santé publique et du code de déontologie.

Néanmoins, on peut se poser de sérieuses questions concernant ce phénomène : est-ce que les gens ont si peu confiance (ou ont tellement perdu confiance) en la médecine qu’ils en viennent à penser des choses pareilles ? Ou bien sommes-nous un peu trop formatés pour saisir leur propos sur le plan scientifique ? Et si les vaccins n’avaient vraiment pas été la raison de la disparition de certaines maladies graves ? Et s’ils induisaient bel et bien plus de maladies qu’il ne nous en protégeait ? Puisqu’ils pointaient des faiblesses de la littérature scientifique sur des terrains bien débattus (et de polémique actuelle) après tout, pourquoi ne pas se poser ces questions ?

Pour ma part, les vaccins m’ont toujours été présentés de façon positive, c’est vrai. On m’a dit qu’ils étaient impliqués dans la lutte contre les maladies graves, et que conjointement à l’amélioration des conditions hygiéniques et aux campagnes d’informations, ils contribuaient à l’extinction de ces maladies. On m’a appris les rudiments du système immunitaire, et rien ne m’a semblé susceptible de provoquer quoi que ce soit d’autre qu’une immunisation, sur le plan de la logique. Est-ce pour autant suffisamment de raisons me laissant dire que les vaccins, jusqu’à preuve du contraire, rendent service à la santé des populations et de l’individu ?

Se représenter l’autre, ses idées, ses opinions sur la médecine n’est pas toujours évident. Soigner quelqu’un par des antibiotiques devant une infection bactérienne par exemple, alors que la personne est convaincue que les médicaments ne sont que des poisons distribués par les sociétés pharmaceutiques pour nous rendre malade est sans conteste délicat. Cela nécessite un dialogue, une information claire et loyale, et surement, une formation. Car n’est pas bon « communicateur » qui veut. Plutôt que des cours de physique, pourquoi pas des cours comme ça ? Ah oui c’est vrai, c’est un job de généraliste. Il serait peut-être temps de les laisser entrer dans les facultés …

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