Le secret pour bien intuber…

Intuber. Ouvrons un gros ouvrage (l’externe en médecine en ouvre tous les jours certes, mais ça lui fait du bien de changer un peu de « matière » sans être trop dépaysé… ils sont fragiles, un peu, les carabins), j’ai nommé, le Larousse. Deux points, ouvrez les guillemets :

« En réanimation et en anesthésie, introduction dans la trachée d’un gros tube assurant la liberté des voies aériennes supérieures, permettant la ventilation artificielle, la protection du poumon et l’aspiration des sécrétions bronchiques. ».

Pour le bien de la métaphore à venir, supprimons « en réanimation et en anesthésie ». Le but est de viser large. La précision « dans la trachée », ne convient pas à la suite du propos. Je vous propose une version soft où vous supprimez ces mots, et une version plus hard, où vous choisissez un orifice de votre anatomie quel qu’il soit. Je crains pour les futures requêtes de moteurs de recherche qui donneront un lien vers cet article, de fait, je vous laisse imaginer par vous-même. Rayez trois fois en rouge fluo « assurant la liberté ». Puis supprimer le reste. Cela nous donne : « Intuber : introduction [où vous voulez] d’un gros tube ». Nous allons pouvoir commencer.

La formation médicale, ça date. D’aussi loin que l’histoire nous permet d’aller, à l’aube de l’humanité, médecine, religion et magie étaient étroitement liées. La transmission du « savoir » se faisait par tradition orale. Quelques textes référençaient les connaissances, comme le Papyrus Ebers ou le Code d’Hammurabi. Toute la tradition de l’Ayurveda, ancienne médecine chinoise qui trouve encore des applications aujourd’hui se retrouve également il y a 5 mille ans. En Grèce arrive Hippocrate, un asclépiade, c’est-à-dire disciple d’Asclépios, fils d’Apollon. Il suggère que les maladies ont des causes naturelles et, dans la logique grecque de l’époque, le Logo, il diffuse son savoir, il dialogue, il réfléchit. Après lui, deux écoles s’affronteront, les empiristes (adeptes de l’expérience) et les dogmatiques (fanatiques de la théorie pure). Plus tard, Galien, médecin romain des gladiateurs, reprends les idées d’Hippocrate. Dans un contexte où Rome organise l’enseignement médical et la déontologie. D’autres écoles s’opposeront à Galien, notamment les épicuriens, répartis en atomistes et méthodistes (ces derniers déclarant que la médecine s’apprenait en 10 mois et qu’elle se résumait à percevoir les signes des maladies pour installer le traitement adapté : toute recherche d’une étiologie, d’une cause, étant une perte de temps). On arrive à une longue période où la médecine stagne, au cours du Moyen-âge. Sauf dans le monde arabe, où Razi, Avicenne, Al Nafis, Averroès ou Maimonide et bien d’autres redécouvriront Hippocrate entre mille autres choses. En occident, on passe d’une période monastique où les moines pratiquent la médecine à base de la prise du pouls, du mirage des urines et de beaucoup de mysticisme. L’école de Salerne, au XIème siècle est la première à imposer au médecin un diplôme. Au XIIème siècle, le Concile de Tours de 1163 ferait dire ces mots à l’église Ecclesia abhorret a sanguine (l’église a horreur du sang), interdisant aux moines la moindre chirurgie. Une chirurgie qui, à l’époque, est souvent le gagne-pain de charlatans, où reléguée aux barbiers très méprisés. Ces derniers, par le biais de Pitard, fonderont la Confrérie de Saint Côme, première faculté de chirurgie reconnue par Philipe le Bel au XIVème siècle. Du côté de la médecine naissent les facultés de Montpellier (1220) et de Paris (1253) aux enseignements très opposés : l’une est ouverte, laïque, hippocratique là où l’autre est religieuse et dogmatique. A la renaissance, l’imprimerie casse le secret des savoirs médicaux partagés jusqu’alors par le biais des ouvrages recopiés à la main par les moines-scribes. Naissent les écoles d’anatomie, de grands noms trouvent leur renommée : Léonard de Vinci, Vésale, Paré, Paracelse…

Au 17ème, c’est une révolution scientifique avec Galilée, Newton, Harvey (circulation sanguine), Descartes, Jansen (1er microscope), l’essor de la physiologie. Les hôpitaux voient le jour pour enfermer les patients contagieux, incurables et tous les marginaux de la société. Les médecins sont critiqués dans les écris de Molière… Au 18ème : la vaccination (E. Jenner), la chimie (Lavoisier), les chirurgiens deviennent docteurs, Galvani et Volta se foudroient du regard, la percussion trouve sa place dans l’examen clinique. Des sociétés savantes (académies) se développent, l’enseignement au lit du malade également. A la fin du 18ème et durant tout le 19ème, Bichat provoque la révolution anatomo-clinique en encourageant les étudiants à disséquer les cadavres des patients décédés pour comprendre la raison de leur décès. Laennec révolutionne l’auscultation par le stéthoscope. Pasteur révolutionne le monde entier et des instituts se créent en portant son nom.

Et alors ? Alors, l’histoire nous montre qu’on parle beaucoup de l’évolution de la médecine à travers les âges, mais bien peu du cursus médical. On devine bien des débuts expérimentaux, très vites en querelle avec une vision plus théorique de l’art médical. On sent le désir d’encadrement par un diplôme, une formation. Les siècles récents laissent percevoir ce goût des médecins pour la recherche, le progrès. Jusqu’à l’ancien régime, l’enseignement était très scolaire, très théorique. En 1803, une loi met en place des écoles de médecine (devenues facultés en 1808). On a les officiers de santé, ayant appris sur le terrain et les docteurs en médecine ou chirurgie des facultés. Puis lors du 19ème siècle, on met en place deux concours : l’externat et l’internat. Purement théoriques. Seuls les étudiants reçus au concours de l’externat peuvent prétendre au concours de l’internat. C’est l’élitisme. En 1958, le statut de PU-PH est inventé pour éviter la fuite des grands praticiens dans le privé. L’enseignement reprend à l’hôpital. En Mai 1968, on supprime le concours de l’externat, on réconcilie la pratique et la théorie dans une formation où les matins sont occupés par des stages hospitaliers et les après-midi par des cours à la faculté. D’ailleurs, on ne devrait plus dire « externe », les textes les désignant désormais comme « étudiants hospitaliers ». Il n’y a plus qu’un unique cursus universitaire en 1984. Puis on fait une belle bêtise, à savoir qu’en 1971, on met en place le numérus clausus à l’issue de la première année de médecine. Wikipédia cite ces objectifs :

  • Réglementer le nombre de professionnels diplômés donc le nombre de professionnels en activité.
  • Réglementer le nombre de prescripteurs afin d’alléger les dépenses de la sécurité sociale.
  • Limiter le nombre d’étudiants dans des filières avec beaucoup de stages, dont la qualité serait amoindrie par un surnombre.
  • Assurer une capacité de travail et de mémorisation maximales par une sélection drastique, dans l’optique d’études longues et difficiles.

Je ne commenterais pas. Je n’ai ni le recul suffisant, ni les compétences pour, même si mon instinct me dit que tout ça ne tourne pas très rond. Mais ça ne s’arrête pas là. Dans les années 1990, on impose à tous les étudiants en médecine de faire l’internat pour se spécialiser. Jusqu’en 2004, la médecine générale n’est pas considérée comme une spécialité, désormais oui. Puis en 2010, ils créent la première année commune aux études de santé, la PACES, qui réunit les premières années de pharmacie, médecine, maïeutique, odontologie, kinésithérapie et d’autres filières dans un joyeux concours qui, j’en suis certain, contribue à renforcer les liens entre ces corps de métiers qui se sont toujours, de tout temps, fait de gros bisous baveux.

L’une des nouvelles idées en ce moment, c’est de changer un peu ce qui se passe durant l’internat. Actuellement, si on récapitule toute la formation médicale actuelle depuis le commencement, après s’être tapé une année débile de sélection stupide en PACES, l’étudiant passe 2 ans de formation plus « tranquilles » (en terme de pression de sélection puisqu’il suffit de valider ses examens pour être admis dans l’année supérieure). Au bout de 3 ans, l’étudiant valide un Diplôme de Formation Générale en Science Médicale (DFGSM). Puis il entame 3 années d’abrutissement où il enchaine les matinées de stages et les cours à la faculté pour apprendre 300 et quelques items de pathologies, parfois très long (100 belles pages pour le diabète, « par cœur ») : c’est l’ex-externat. Tout ça pour passer un Examen Classant National (ECN) qui, selon son classement, lui donnera le choix de sa future spécialité et de son lieu de formation. L’interne, victorieux à l’ECN, alterne des stages de 6 mois dans un cursus déterminé selon la spécialité qui l’intéresse pour se former à être le médecin de ses rêves…

Et donc bientôt, grâce à une extraordinaire réforme pondue par un gouvernement en crise hémorroïdaire, l’interne pourra voir sa spécialité changer en cours de route parce qu’un administratif dit « coordonnateur » en décidera autrement, car ce type sera jugé compétent pour dire si l’interne a le profil ou non. Il choisira ses stages, sa « sur-spécialisation », et si l’interne n’est pas vraiment d’accord, il aura tout le droit et le plaisir d’aller se faire voir. Au bout de 2 ou 3 ans, l’interne sera nommé « interne sénior ». Il aura les responsabilités d’un chef de clinique assistant (période actuellement réalisée éventuellement après l’externat, à raison de 2 à 4 ans dans un service, souvent tremplin à un titre de praticien hospitalier accessible sur concours), mais sans le tremplin, sans les compétences, et sans le salaire, bien sûr. En clair, même après 6 à 7 ans de parcours et 2 concours, vous ne saurez toujours pas ce que vous allez faire exactement et vous ne serez pas un tant soit peu maître de votre devenir. Tout ça pour répondre à des questions démographiques absurdes par la façon dont on les aborde et surtout dont on propose de les corriger. Et les revendications de #PrivésDeDesert (http://www.atoute.org/n/Medecine-Generale-2-0-Les) ? Et l’intérêt des concours ?

Ah oui, en ce moment aussi, l’ECN cherche à se réformer. Histoire de faire plusieurs conneries d’un coup. L’objectif, c’est de permettre à 8000 candidats qui étaient classés jusqu’alors sur via des dossiers bien plus pertinents car sur tablettes (adieu radio mal imprimées ininterprétables, réponses des premières questions suggérées par la suite du dossier, et écriture illisible…). Ca part d’une excellente chose, élargir le classement devant le pourcentage très élevé d’ex-aequo. L’idée aussi, c’est de virer la rédaction manuscrite par un système de QCM. Oui, de questions à choix multiples. Comme en PACES. On coche des cases et si on a coché les bonnes, on a gagné. Parce que les patients, ils viendront vous voir et termineront leur dialogue par « Vous pensez que j’ai : A. Un rhume ; B. Une bronchiolite ; C. Un cancer des vois aéro-digestives supérieures ; D. … ». Mais s’il n’y avait que ça. On nous avait promis de belles images, quelques questions ouvertes attendant une petite phrase que l’on aurait tapé, sans propositions à cocher. On nous avait vendu un peu de pédagogie autour de cette réforme qui fait surtout économiser pas mal de temps/d’argent de correction. Et bien la pédagogie s’envole et les économies grossissent. Comme souvent…

Voilà, vous savez intuber les gens vous aussi. Faîtes-leur des promesses, mais surtout, ne les tenez pas.

Publicités

NEJM : Nouvelle Etude d’un Journal Maison

Sémiologie du syndrome de l’étudiant en médecine : des éléments nouveaux

Litthérapeute

______Introduction

L’étudiant en médecine est un étudiant un peu particulier. Déjà engagé dans un circuit complexe, difficile, semé d’embuches, on peut réellement parler d’étudiant en médecine à partir de la DFGSM 2 (2ème année). Rappelons brièvement le schéma général de ces études en pleine réforme (pour la signification des acronymes, voir (1) dans les références bibliographiques en fin d’article) :

Schéma Général des Etudes Médicales

Annexe 1 : Schéma Général des Etudes Médicales

Au cours de ces 6 + w + x + y + z + ϵ années d’études (w étant un entier compris entre 0 et 1 correspondant au nombre de PACES effectué, x étant le nombre de redoublement au cours du cursus de l’étudiant dans la filière médecine comprenant également d’éventuelles années sabbatiques, y étant le nombre d’années durant l’internat, et z le nombre d’années suivant l’obtention d’une thèse où le normalement « docteur » peut encore être considéré et se considérer comme un étudiant en médecine, ϵ permettant de prendre compte d’éventuelles erreurs), l’étudiant en médecine développe une symptomatologie qui lui est propre. La variabilité du tableau clinique est assez vaste, mais des éléments semblent converger comme le montrent quelques études (2).
Mon travail suggère l’existence d’un nouveau symptôme dans ce syndrome.

______Matériel & Méthodes

Etude rétrospective portant sur une cohorte d’étudiants en médecine d’une faculté au cœur de la France (promotions : DFGSM 2, DFGSM 3 regroupées sous le nom « DFGSM ») et n’en déplaise à l’ANAES, oui, c’est du niveau 4, preuve de niveau C.

Table 1 : Population étudiée

Table 1 : Population étudiée

Les sondages ont été élaborés selon la technique « fait maison pour faire joli » et les tests statistiques sont basés sur le test « Ca fait joli dans mon gros délire » (abrégé CFJDMGD).

______Résultats

Pour commencer ce travail, il a été demandé aux étudiants sur quel support ils se basaient pour préparer leurs examens (figure 1).

Figure 1 : Source pour réviser

Figure 1 Source pour réviser

On observe une nette tendance à l’utilisation de la « Ronéo » pour réviser ses cours. De quoi s’agit-il ? Il est question d’un système mis en place par les étudiants de la promotion qui attribue à chacun un ou deux cours auxquels il doit obligatoirement assister afin de le retranscrire le plus fidèlement possible. La retranscription est envoyé à un groupe coordonnateur qui se charge de compiler l’ensemble des retranscriptions et d’en faire une impression hebdomadaire qu’il distribue à l’ensemble de la promotion.
Pourquoi la réponse « notes personnelles » n’a-t-elle pas été proposée ? Nous avons demandé aux étudiants s’ils allaient en cours sachant qu’une réponse positive impliquait une présence à au moins 60% des enseignements (figure 2).

Figure 2 - Présence des étudiants en cours

Figure 2 – Présence des étudiants en cours

Ainsi, près de 10% des étudiants sondés assistent à plus de la moitié des cours magistraux. Ceci pourrait s’expliquer par l’existence du système de la « Ronéo » et de son efficacité quand à servir de support à la révision de ses partiels.
L’étudiant en médecine révisant, j’ai suivi le degré de conscience (mesuré par le score Glasgow {Attention ce lien est une référence sérieuse, vraiment}) de la plupart d’entre eux (moi compris) au cours d’une après-midi consacrée à la lecture de la Ronéo (figure 3).

Figure 3 - Glasgow au cours d'une séance de révision sur la Ronéo

Figure 3 – Glasgow au cours d’une séance de révision sur la Ronéo

Le point à 15h est dû à une légère somnolence rendant l’ouverture des yeux « à la demande » (E3 V5 M6). Le point à 16h est une petite accentuation de la somnolence rendant la réponse verbale parfois confuse (E3 V4 M6). Le point statistiquement vérifié à 17h montre un endormissement responsable d’une absence d’ouverture des yeux sans stimulation douloureuse, aucune réponse verbale et une réponse motrice (réveil) à la douleur (E2 V1 M5). Le point à 18h s’explique de la même façon que le point de 15h.
Ce graphe a été retrouvé au moins une fois chez l’ensemble de la population étudiée (conformément aux critères d’exclusion cités en table 1), bien que des variations en termes d’heure à laquelle survenait l’endormissement ont été observées. De même, la durée du sommeil s’étendait de 15 minutes à plusieurs heures (figure 4).

Figure 4 - Fréquence du symptôme et durée du sommeil

Figure 4 – Fréquence du symptôme et durée du sommeil

______Discussion

Le tableau clinique du syndrome de l’étudiant en médecine peut donc se compléter d’un symptôme d’endormissement diurne à la lecture de la ronéo. Ce symptôme est particulièrement retrouvé lors de certaines périodes de l’année, notamment à la fin de chaque trimestre de DFGSM. La plupart des sujets expriment une volonté pré-critique de s’allonger un instant sur leur lit ou leur canapé pour « lire confortablement ». La période critique de l’endormissement survient de façon sournoise, et il semble encore plus compliqué d’y résister lorsqu’on prend conscience de son imminence. Quelques cas d’endormissements « sur le bureau, le nez dans la ronéo » ont également été rapportés.
Les biais statistiques absolument minimes de cette étude, pionnière en la matière, ne sauraient en dédouaner de sa qualité (il paraît que les bons scientifiques doivent se vendre, je vise Nature, pas vous ?). Il serait intéressant de comparer la prévalence de ce symptôme avec d’autres populations étudiantes et d’évaluer sa fréquence au cours d’une année scolaire. Outre sa valeur presque pathognomonique, il convient donc de souligner l’importance de cette découverte et la manière dont l’identification de ce symptôme permettra d’améliorer le diagnostic de ce syndrome. Les derniers éléments de cette étude suggéraient une augmentation du phénomène lors de lecture de ronéos portant sur la biophysique, les biostatistiques, et les catalogues microbiologiques. Des tests diagnostiques rapides sur une lecture de la physique quantique en scintigraphie pulmonaire pourront ainsi être proposés à ces patients en vue d’optimiser par la suite leur prise en charge (un brevet est actuellement sur le point d’être déposé, candidats contributeurs, veillez contacter l’auteur).

______Références bibliographiques

(1) – Abréviations de l’annexe 1 :
DFGSM = Diplôme de Formation Générale en Sciences Médicales ;
DFASM = Diplôme de Formation Approfondie en Sciences Médicales ;
ECN = Examen National Classant

(2) – Syndrome de l’étudiant en médecine, publié dans Litthérapie, par Litthérapeute.

Ps : je précise que je n’ai absolument rien contre le NEJM, ni aucun journal en particulier, mais que ça me faisait juste beaucoup rire d’écrire un article « à la manière d’un article scientifique » 😉

I had a dream …

Apprenez ça par cœur, et vous aurez peut-être une chance de réussir médecine !

« Apprenez ça par cœur, et vous aurez peut-être une chance de réussir médecine ! »            Professeur de Physique, PACES. 

Pris dans les rouages implacables de la première année de médecine, désormais PACES, il peut vous arriver de vous arrêter un instant pour vous prêter à la rêverie. Vous vous dîtes que si la chance vous sourit, si le destin/Dieu/une force cosmique (rayez la mention inutile) agit en votre faveur, l’an prochain, vous serez en deuxième année de médecine/pharmacie/maïeutique/odontologie/kinésithérapie/autre (précisez laquelle). Vous imaginez alors que les cours sur lesquels vous vous échinez depuis quelques mois, à apprendre par cœur des formules telles que la valeur du champ électromagnétique exercé par une charge q en mouvement autour d’un solénoïde considérée comme infini en appliquant la loi de Biot et Savart, ou le mécanisme réactionnel de chimie organique d’une réaction de crotonisation dans le cadre d’une aldolisation, et je pourrais vous citer d’autres exemples d’une utilité absolument incontestable dans l’exercice des professions sus-citées … bref, vous espérerez avec toute la force du désespoir (force assez impressionnante au fur et à mesure que l’année avance, étrangement) que vos cours de deuxième année soient remarquablement plus intéressant. Vous voyez déjà des enseignants formidables, plein d’amour pour leur métier qu’ils ont dû si difficilement arracher à ce foutu concours, et aux dix milles autres derrière, vous enseigner avec passion les subtilités d’une médecine humaine, enrichie des apports de la science et de l’éthique, s’extirpant du traditionalisme obscur dans lequel elle s’est plongée pendant quelques années avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Du moins, ce que vos cours de première année en éthique vous laisse apercevoir du métier. Du moins, pour ceux qui s’orienteraient bien vers la médecine. J’ai succombé aux promesses de ces fantasmes élogieux.

***

Deuxième année. Fin du second semestre. Le cours avait déjà été reporté, déchainant la colère des étudiants qui estimaient que mettre 4h de cours 3 jours avant les examens, c’était peut-être un peu exagéré sachant que nous avions donc 3 journées pour réviser près de 300h de cours qui s’étaient enchaînées non-stop depuis le début du semestre. 4h donc, dont l’intitulé était « physiopathologie des organes reproducteurs féminin ». Plus vague tu meurs, d’autant plus qu’une demi-douzaine d’enseignants étaient inscrits sur le planning pour assurer cette leçon. Deux jours avant la date reportée, l’intitulé se précise. 3 parties : l’examen gynécologique et la sémiologie du sein, la physiopathologie de la grossesse (tiens, la grossesse est une maladie ?), et les troubles de la fertilité. Je dois avouer que la première partie s’avérait intéressante, de vieux rêves de première année refaisant surface, je m’empressai de consulter l’excellent blog du docteur Borée qui avait consacré quelques articles à ce sujet. Mes intentions étaient un peu imprécises, ne sachant trop à quoi m’attendre. J’espérai, sans doute naïvement, que les mentalités changeaient peu à peu, et que de plus en plus, on essayait de faire une médecine plus ouverte aux propositions innovantes comme la position gynécologique « à l’anglaise » (cf : blog de Borée, Le Chœur des Femmes) pour ne citer que cela. Borée lui-même me disait ne pouvoir s’attendre qu’à une bonne surprise.

Le prof, gynécologue, semblait jeune, dynamique et assez fier de pouvoir faire son show devant un amphithéâtre plutôt rempli sans doute du fait de l’imminence des examens (traduction : 25% de la promotion de 100 et quelques élèves que nous sommes). S’il passa complètement outre la réalisation « pratique » de l’examen gynécologique, se contentant simplement de citer la nécessité du toucher vaginal systématique sauf si la patiente était vierge (quand même), il passa l’essentiel de son cours à nous présenter les différents symptômes gynécologiques. Autant les aménorrhées, spanioménorrhées, oligoménorrhées, métrorragies, ménorragies et troubles sexuels furent passées (très) rapidement, autant il s’attarda tout particulièrement sur le chapitre des anomalies physiques, en ponctuant de commentaires qui, à son grand plaisir sans doute, déchainèrent quelques rires chez certains auditeurs.

« Voici donc des condylomes génitaux … c’est moche hein ? Diapo suivante … ah, encore des condylomes ! Attendez, regarder bien la suivante, c’est encore pire … voilà, beurk hein ? Je crois que j’en ai mis une encore pire sur la suivante … voilà ! »

Et voilà. La belle médecine tant rêvée qui s’écroule comme un château de cartes dans un courant d’air. Avec ce médecin, enseignant sensé transmettre connaissances et valeurs de la médecine aux générations suivantes qui exposait sa collection de condylomes comme un gosse fier de ses cartes pokémon légendaires, qui donnait du « c’est sûr que l’hypertrophie des grandes lèvres, c’est un peu disgracieux, surtout quand ça dépasse de la culotte l’été sur la plage » en s’esclaffant tout content de son effet, montrant un cas d’agénésie du méat vaginal et devant la flopée de questions de quelques camarades, lâchait un « ah ça, j’étais sûr que ça allait vous intéresser ! ». En deux mots : du voyeurisme. Infections vaginales, mycoses, et autres eurent le droit à quelques images accompagnées de commentaires à l’humour lourd et douteux. Voilà mesdames, voilà messieurs ce qui vient former les médecins de demain. Voilà mesdames, voilà messieurs parmi les quelques bébés docteurs qui viennent en cours, une partie de ceux que la pathologie intéressent plus que l’intérêt du patient. Voilà mesdames, voilà messieurs, le côté « tableau du chasse » du praticien hospitalier qui collectionne les photos « chocs » pour épater la galerie des prochaines blouses blanches en les encourageant à chasser les pathologies rares et à se foutre royalement du « accompagner le patient, lui expliquer, le respecter, même pour une bête histoire de règles trop abondantes ou de problèmes érectiles ». C’est ici que je citerai le tweet du docteur Borée, en réponse à mes jérémiades : « Pas de surprise, pas de déception ».

Deuxième cours, et voilà qu’une gynécologue continue sur la lancée de son collègue, en imitant la femme enceinte et inquiète à l’aide d’une voix criarde et niaise tout en soutenant un ventre imaginaire, en l’introduisant par « et voilà la bonne femme enceinte qui vient vous voir parce que … ». Après quelques imitations, on aborde la question de la dépression post-partum, et nous avons le droit au commentaire suivant « et là, c’est tout pour le bébé, le bébé, rien que le bébé, et vos bonnes femmes deviennent toutes de grosses dondons ». J’ai hésité à lui demander pourquoi elle faisait se métier, puis j’ai vu le sac Chanel, les bijoux et le rouges à lèvres et j’ai peut-être compris. D’aucuns diront que j’ai le jugement facile, à cela je répondrais que vous avez peut-être raison, mais j’ai tendance à croire que lorsqu’on s’exprime face à un public, on essaye plus ou moins de se construire une image de soi qui nous corresponde un minimum en théorie … Mais je me trompe surement.

***

Il y a bien des cours qui désillusionnent, entre ceux qui nous rassurent. Avec des enseignants qui ont à moitié envie d’être là. D’autres qui sont passionnant et passionnés. Parfois, certains ont le sens du contact humain. D’autres vous affirmeront que le toucher rectal se fait à tous les patients dans le cadre d’un examen complet, à quatre pattes avec les fesses en l’air et la joue contre le sol « et vous vous mettez à droite, comme ça, s’ils pètent, vous n’êtes pas dans l’axe » avant de s’esclaffer bruyamment. Parce que vous voyez, c’est quand même nettement plus pratique pour le médecin dans cette position. Par contre, demander le consentement de l’intéressé, lui expliquer l’acte et l’intérêt de cet examen, s’en abstenir lorsqu’il s’avère un peu obsolète étant donné les différentes techniques que la science met à la disposition de la médecine … ça, on peut toujours courir. Et ça, on ne le dit pas dans les premières années de la formation. Comment voulez-vous former des médecins compétents sur le plan technique mais surtout relationnel si d’une, vous ne sélectionnez que les plus grosses mémoires d’entre eux, et de deux, si vous ne leur enseignez que la technique ?

Il est grand temps que les professeurs de médecine ne soit plus que des praticiens hospitaliers. Il est grand temps que les générations évoluent. Il est grand temps que la médecine se concentre vraiment non pas autour du patient exclusivement, mais autour du soin, dans tout ce qu’il implique, sa technique, son contexte, son sens. Et le soin, c’est au moins deux personnes : un soignant compétent, et un patient en confiance. Du moins, c’est ce à quoi je veux croire.

Comment réussir la PACES (Première Année Commune aux Etudes de Santé, dite aussi PAES) ?

Dernier cours de physique-chimie, Terminale Scientifique, quelques semaines avant le BAC.

L’enseignant approchait tandis que les élèves rangeaient leurs affaires en vitesse. C’était la dernière fois qu’ils mettaient les pieds dans cette salle où, notamment, ils avaient passé de longues matinées, le Vendredi, à essayer de finir leur nuit sans trop se faire remarquer, entre 8h et 10h. Je n’étais pas des plus lents à fourrer pêle-mêle cahiers et stylos au fond de mon sac pour quitter les lieux. C’était cependant sans compter l’arrivée du professeur qui s’installa à ma gauche.
« J’ai appris, au conseil de classe du troisième trimestre, que tu voulais faire médecine ? »
Comment dire … ? Oui, ça posait problème ?
« En effet … »
Il cilla, et un petit sourire un brin moqueur vint tordre ses lèvres.
« Tu sais qu’il y a des maths en médecine ? »
Ah ah … Comment ça, moi, le pauvre étudiant soi-disant destiné à faire de la littérature et qui détestait les mathématiques au plus haut point (celles-ci d’ailleurs le lui rendait très bien en l’envoyant
illico presto chez l’infirmière pour cause de spasmophilie) faire médecine ? Non mais dans quel monde vivions-nous ? Depuis l’an dernier, on me répétait que si je le voulais, je pouvais toujours retourner en première, mais en première littéraire cette fois. Que ce n’était pas grave, qu’il valait mieux avoir un très bon bac L qu’un mauvais bac S. Et que pour faire comédien, psychologue, professeur de lettres ou écrivain, c’était quand même plus approprié. Oui mais … pour devenir médecin ?
« Il y en a, il faudra que je fasse avec … »
Le professeur eut un petit rire.
« Moi, je veux te parler franchement. Le conseil de classe dit que tu es un élève sérieux pour lequel on n’a pas trop de crainte concernant l’avenir. Tu auras peut-être ton bac sans trop de problèmes. Mais honnêtement, je ne pense pas que la médecine ça soit pour toi. C’est scientifique. Non, je pense que c’est pas très intelligent de te lancer là-dedans … Tu n’y arrivera pas ».

– – –

Comment détruire un projet, un rêve, une motivation voir une vocation en deux minutes. Je pense à celui ou celle qui, étant peut-être un(e) allergique aux mathématiques, à la physique ou à toute autre forme de calculs abstraits mais qui rêve de faire un métier comme celui de médecin, aurait pris pour saintes paroles le discours d’un enseignant avec si peu de tact. J’enrage quand je constate cette suprématie de la science, du « bac S qui ouvre toutes les portes », sur la littérature. Pythagore avant d’être mathématicien était philosophe. Descartes s’est essayé avec un certain succès à quelques écrits de même nature. Je cite Leibniz comme je pourrais en citer pendant des heures ou on s’arrête là ? Et puis, sans art, sans littérature pour servir de bases à de très bons films, d’excellentes séries ou même de jeux-vidéos, avouez quand même que la vie serait un peu morne …
« Cher professeur, pour votre gouverne : je ne saurais vous suggérer de bien vouloir garder vos commentaires sur le choix d’orientation d’un étudiant pour vous à l’avenir. Car loin de moi l’idée de remettre en questions vos talents divinatoires, prédictifs, quand bien même ils seraient basés sur quelques calculs mais … j’ai eu mon bac S avec mention « Bien ». Oui j’ai eu 7 en maths, et oui j’ai eu 19 en histoire. Et pire encore, j’ai eu médecine. Bien à vous, CQFD ».


PACES ou PAES pour Première Année Commune aux Études de Santé.

Une année redoutable, épuisante et difficile à tout point de vue. Néanmoins, j’aimerais profiter de cet article pour en dire deux ou trois mots. Casser des mythes. Briser des idées reçues qui continuent de faire rage parmi les lycéens. Cet article donne mon avis, très personnel, sur ces études. Il ne s’agit là que d’une des quasis sept milliard de vérités potentielles. Mais par pitié, considérez-là dans vos argumentaires, même pour la réfuter, si vous penser à la médecine comme une éventualité pour votre devenir …

  1. La médecine est réservée à une élite intellectuelle.
    Je ferais une sacré tâche dans leur rang. Non, non et non, il n’est pas nécessaire de dépasser Einstein en QI pour avoir une chance de réussir médecine et faire un bon médecin. Ce qu’il faut en priorité c’est une bonne dose d’humanisme, suffisamment pour pouvoir se dire « J’ai envie d’aider les hommes, de les guérir le plus possible, de les soulager au moins le plus souvent, et de les écouter toujours … Même si pour cela, je dois engranger une quantité de cours parfois tous plus inutiles les uns que les autres et dénués de la moindre humanité pendant toute une année, voire plus. ». Car la motivation sera votre plus grande arme, mais également l’alliée la plus difficile à convaincre de rester avec vous. Ne la perdez jamais.
  2. Seuls les bacs S mention « Très bien » peuvent espérer avoir médecine.
    Ce n’est pas pour le plaisir de me citer mais je suis un parfait contre-exemple. Je pourrais même vous parler d’un camarade qui, fort de sa mention très bien, est actuellement occupé à essayer une troisième fois de réussir le concours de la première année. Le bac n’a strictement rien à voir avec votre compétence dans l’enseignement supérieur. L’organisation, la motivation et, il faut l’avouer, la chance, sont les seules choses qui vous permettront ou non de réussir. Oubliez le lycée, retrouvez-vous. Sachez comment vous fonctionnez. Si vous êtes plutôt bon pour retenir ce que vous voyez, ce que vous entendez, ce que vous sentez. Si les maths vous filent des boutons, qu’à cela ne tienne ! Vous démultiplierez vos efforts pour faire la différence sur les sciences humaines, la biologie, la chimie et l’anatomie ! Il est vrai que dans les statistiques, beaucoup de gens ayant eu leur bac avec mention sont retenus. Après, sont-ils entrés en médecine parce qu’ils n’avaient pas peur, du coup, d’y aller ? Les bacs aux mentions inférieures ne sont-ils pas sous-représentés dans le lot d’étudiants qui préparent le concours ? Parlons chiffres, puisque dans ce bas monde, on ne demande que ça. Et bien sur l’ensemble des bacheliers généraux, près de la moitié est en filière scientifique. Parmi ces derniers, en 2011, 57,5% d’entre eux ont reçu une mention et notamment 10,5% le fameux « Très bien » (ici). Voilà qui fait un sacré nombre de mentions aptes à se retrouver dans l’amphi … D’un point de vue plus psychologique, du fait de ce genre de rumeurs, l’étudiant avec un bac mention passable aurait peut-être moins confiance en sa capacité à réussir. Et serait peut-être même moins tenté de s’inscrire.
  3. On ne peut réussir médecine qu’en redoublant au moins une fois.
    Tout dépend, encore une fois, de la triade organisation, motivation et chance. Mais quoi qu’il en soit, il ne faut surtout pas entrer en PACES et se dire que « de toute façon, je ne l’aurais jamais dès la première année ». Il faut profiter de la première tentative pour essayer de s’affranchir de la nécessité de recommencer. Et au pire, il sera toujours bon de profiter de cette première année pour (ré) apprendre à se connaître, acquérir une méthode de travail efficace et s’adapter à l’enseignement supérieur.
  4. Pour réussir médecine, il faut être bon en maths.
    Si vous avez bien lu le début de l’article, vous aurez compris pourquoi cette idée figure dans les mythes à démolir. Je pourrais pousser la blague (et la prétention) et vous dire qu’il faut être bon tout court. Je préfère vous avouer qu’une fois de plus, organisation, motivation et chance seront vos maîtres mots (je pars du principe que le travail est le produit de l’opération « Organisation x Motivation » et que la réussite répond à la loi « Réussite = (Organisation² x Motivation4) x Chance »). J’ajoute qu’il est quand même plus intéressant (si si !) de travailler de la physique quand on voit l’utilité qu’elle peut avoir dans notre pratique de futur médecin (même si parfois, certains chapitres sont effectivement là pour que les professeurs puissent se faire mousser un peu avec leurs magnifiques équations – C’est vrai, esthétiquement, c’est pas toujours moche, une équation !). Si je puis me permettre de vous renvoyer aux livres d’un certain Martin Winckler
  5. La pire de toute : Pour réussir médecine, il est indispensable de prendre une prépa. Alors là, j’enrage. NON NON ET NON ! C’EST FAUX, ARCHI-FAUX, STUPIDEMENT FAUX ! Le principal intérêt de ce système dont sont victimes pas loin de 75% des étudiants inscrits en première année de médecine est de vous voler votre argent. Ils vous vendent du rêve. Leur argument fort est de dire que plus de 75% des étudiants reçus avaient bénéficié de leurs services. Statistiques un peu faciles quand on part du principe que 75% de la promotion y était inscrite. Que donc, par la loi des échantillonnages, on retrouve une proportion semblable dans les reçus ! Mais ça, ils oublient un tout petit peu de vous le dire. Ensuite, il faut savoir que ces entreprises ont quand même un avantage : elles vous font connaître un peu vos camarades. Néanmoins, vous savez déjà que vous n’êtes pas en médecine pour vous faire des amis cette année, par conséquent, ce n’est pas indispensable, surtout si vous avez un ami ou deux qui tentent également le concours cette année. Travaillez en groupe, à deux ou trois, pas plus sinon ça se transforme en discussions infinies et la productivité est faible. Ça, c’est vraiment important, pour le moral entre autre. Certes, les boites privées vous encadrent, vous offre une reprise des cours avec des explications ce qui n’est pas trop mal pour les gens un peu dissipés (qui manquent donc d’organisation) ou qui ont besoin d’aide pour la transition lycée – fac. Cependant, la fac, au travers des séances de travaux dirigés qu’elle vous propose, vous permet aussi des rappels de cours par un autre enseignant, un certain encadrement (les travaux dirigés sont obligatoires en théorie) ainsi que la possibilité de poser vos questions. Il existe par ailleurs une alternative merveilleuse qu’on appelle souvent le TUTORAT. Comment décrire en quelques mots cette perle dans les études de santé ? Pour une somme modique (inférieure à 20€ l’année versus 3000€ pour les prépas privées) vous souscrivez à une association d’anciens élèves de PACES (souvent en deuxième ou troisième année) qui ont réussi leur concours et vous propose des séances de concours blancs, un soutien moral tout au long de l’année, parfois même une pré-rentrée pour vous remettre doucement dans le bain du travail, et surtout, il faut savoir que cette organisation travaille en étroite collaboration avec les enseignants de votre faculté. Oui, ceux qui vous donnent des cours et, plus important encore, ceux qui poseront les questions le jour du concours. Personnellement, quand on m’a donné le choix entre 3000€ et 20€, je ne suis pas du genre près de mes sous, mais je n’ai pas hésité très longtemps. Après, gardez à l’esprit que cela reste votre choix et que vous lisez la critique d’un étudiant complètement « anti-prépa-pour-la-PACES » qui les considère comme des « sales boites pompeuses d’argent qui creusent les inégalités d’accès à la profession médicale en abusant honteusement des inégalités pré-existantes entre les classes sociales et des revenus financiers des familles des étudiants qui tentent leur chance en PACES ». Entres autres.

Voilà. Je vous invite, futurs étudiants en PACES, actuels étudiants en PACES, parents ou proches d’étudiants en PACES, ou toute autre personne, à venir me faire part de vos éventuelles questions/remarques/suggestions concernant cette fameuse PACES en me laissant un petit commentaire sur ce post. N’ayez crainte d’exprimer votre désaccord, je sais que j’ai des avis très tranchés sur la question, mais ma réflexion ne demande qu’à évoluer. Enfin, voyez là les 5 grandes idées auxquelles je tenais à briser le cou sans plus attendre. Il y en a d’autre, faites m’en part, et j’actualiserai sans doute ce message. Je ne donne ici que mon avis, encore une fois. Je n’exposerais pas ma méthode de travail, car cela ne sert strictement à rien, chacun vivant à sa façon la PACES. Les grandes lignes ont été clairement dites : Organisation, Motivation et Chance. La vie, le hasard et le destin feront le reste.

N’oubliez pas : « Qui vivra verra ! ».

Le pouvoir des promesses

J’y passais très souvent. Presque tout les jours lors de ma première PACES. Au départ, c’est un chemin tellement banal que je le parcourais sans autres arrières pensées que celles de mes cours s’accumulant dangereusement dans ma mémoire vacillante. Les équations chimiques dissimulaient les arbres derrière des symboles, les formules physiques se chargeaient du ciel, les récitations de cours de biologie effaçaient les sons environnants et les exercices statistiques ne laissaient aucune chance au reste … s’il restait quelque chose. Je déambulais dans cette espèce de long couloir plus ou moins naturel qui serpentait entre deux ou trois habitations, m’éloignant de la départementale et m’y ramenant un peu plus loin tout en offrant un raccourci appréciable à mon trajet à pied. Mais alors que beaucoup auraient profité du spectacle en grimpant cette petite pente, les yeux rivés devant soi et s’égarant dans une vision plutôt sympathique pour une grosse ville, celle d’un ciel plus ou moins nuageux sur lequel se découpaient quelques arbres du parc à proximité, moi, j’avançais en traînant dans mon sillage mes leçons qui ne semblaient vouloir se résoudre ni à demeurer sur leur papiers, ni à entrer complètement et clairement dans les profondeurs de mon esprit de plus en plus fatigué.

Un jour où le printemps commençait à faire chanter les oiseaux les plus téméraires, je remontais la pente, comme à l’accoutumée, et un rayon taquin d’un soleil que je voyais de moins en moins vint à la rencontre de mon œil. Bien que le myosis s’enclencha, mon organisme m’apprécia pas ce qu’il considérait comme une agression et plissa les yeux. Si un nuage bienveillant n’avait voulu, à cet instant, s’interposer entre le soleil joueur et mes yeux grognons, je serais peut-être passé à côté d’un grand bonheur. Je fus comme soudain frappé par la splendeur de ce que je voyais. Cela n’avait pourtant rien d’exceptionnel, mais ce n’était pas tellement la vue qui m’impressionnait. C’était surtout que mes pensées parasites avaient, l’espace d’un instant, disparu. Et, les yeux fixés vers le lointain, ce morceau de ciel et de verdure, j’avançais en laissant mes rêves prendre leurs aises dans ma petite boite crânienne.

Et quel rêve peut faire l’étudiant en médecine qui tantôt galère, tantôt croit que la réussite est possible ? Je me voyais en face d’un panneau où une foule se pressait, s’écrasait, jouait des coudes pour y lire quelques feuilles. Dans cette vision prodigieuse, les gens s’écartaient, sans m’adresser un seul regard, continuant de lutter les uns avec les autres. Mais un passage se formait devant moi. J’approchais, le cœur battant à tout rompre. Je voyais la fatale liste de nom avec, sur la même ligne, deux mots selon les cas : « Reçu » ou « Échec ». Mon doigt tremblant se posait avec délicatesse sur mon nom de famille, en vérifiant les lettres, le nombre de lettres, comme pour retarder l’instant où mes yeux, inéluctablement, viendrait à la rencontre du verdict. Et un mugissement de joie, bestial, explosif comme un feu d’artifice du 14 Juillet, illuminait mon cerveau, mon esprit et mon âme. A côté des quelques lettres qui me désignaient, le simple mot « Reçu » s’affichait en un vert flamboyant. Je tournais mon regard vers mon camarade de galère avec qui j’ai passé deux années difficiles. Et il me regardait, indéchiffrable. Nous avancions, l’un vers l’autre. Pas de baiser, non, mais un frémissement au coin de nos bouches. Un rire qui s’échappe, de l’un ou de l’autre. Et nous comprenions dans une embrassade chaleureuse que nous étions pris, que nous allions passer en deuxième année de médecine !

Et tandis que je rêvais tout éveillé, je montais la pente avec une peur irréaliste. Je me disais que si mon regard quittait le ciel, alors ce rêve ne se réaliserait pas. C’était difficile, car un escalier aux larges marches m’attendait à la fin du chemin. Mais comme un idiot, un croyant fou, un illuminé, je m’efforçais de ne regarder que le ciel, et les images que mon esprit animait. Et ainsi, chaque soir en rentrant chez moi, je faisais le même rêve. Chaque soir, j’arrivais chez moi l’esprit enjoué, motivé à travailler, comme si je venais de recevoir la promesse que c’était possible, que ça allait arriver.

J’ai échoué à 14 places du dernier pris, lors de ma première tentative. Déception. Envie de s’arrêter, de tout envoyer valser, de dire « non, stop, j’arrête, je n’en peux plus ». J’aurais presque pu en vomir tant j’étais dégoûté d’avoir tant travaillé, tant espéré, tant cru … pour rien. Et puis, au cours de l’été, je suis repassé par ce sentier. Et ce n’était plus vraiment la joie qui m’envahit lorsque l’habituelle vision rencontra mon esprit tourmenté. Et pourtant, j’ai décidé de tenter à nouveau ma chance. Quelle folie …

Permis en poche, changement de site pour suivre mes cours. Je ne passais plus aussi souvent par ce chemin, pour ne pas dire que je n’y passais plus du tout. Sauf très occasionnellement, pour aller complètement ailleurs qu’à la fac. Mais à chaque fois, la vision était plus forte, plus motivante. Et c’est une énergie combative, la « niac » comme ils l’appellent, qui venait faire bouillir mon sang.

La promesse n’était pas parfaite. Mon camarade n’est pas passé cette fois là. Moi si. Mais la joie, la véritable joie du véritable moment en était comme amputée d’un bon morceau de son essence. Un espoir subsiste toujours pour lui. Quand à moi, pas plus tard qu’aujourdhui, je suis à nouveau passé par ce chemin. J’ai levé les yeux au ciel, comme un bon vieux réflexe. Le vélo ne s’oublie pas. Les rêves non plus. Et puis, j’ai réalisé qu’il était réalisé. Et mon soupir s’est transformé en un bel éclat de rire …